Ne pas coincer la bulle

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Image de Très très court
La délicatesse était de mise durant cette manipulation. Il restait peu d'échantillons en la possession de Briha, le passage était on ne peut mieux gardé ces derniers temps, et son père ne perdait jamais une occasion de lui rappeler que son accès était interdit.
Elle récupéra un liquide jaunâtre qui se trouvait dans un tube à l'aide d'un compte-goutte, et alla le reverser sur une lamelle qu'elle déposa sur la platine de son microscope et fourra son œil sur l’oculaire, fit une ou deux mise au point, et aperçu les molécules qui dansaient les unes avec les autres. Cette échantillon ne lui apporta aucune découverte, alors elle passa au suivant. En faisant une mise au point sur celui-ci, ses sourcils se rapprochèrent.

- Eurêka !

Elle redoubla de concentration, tout en essayant de contrôler son excitation, pris un bécher contenant une matière blanche et y fit couler le reste du liquide qu'elle venait d'observer, mélangea à l'aide de son poignet, et fixa le mélange, sans cligner de l’œil. Au bout de quelques secondes des bulles se créèrent et éclatèrent presque simultanément. Briha laissa ses lèvres découvrir ses dents, ses yeux pétillaient d'exaltation.

- J'ai trouvé !

Emplit d'un trop plein d'émotion, elle se leva brusquement, le bécher à la main, se prit les pieds sans son sac et trébucha, laissant le verre se briser et le mélange s'éparpiller sur le sol. Elle prit un instant pour réaliser sa bêtise avant de se relever. Ni une ni deux, elle prépara ses affaires, pris le sac qui l'avait accompagné dans sa maladresse, pris une bouteille d'oxygène pleine pour remplacer celle qu'elle utilisait, qu'elle fixa au support de son casque récepteur, et se dirigea vers la porte de son atelier. En toute discrétion, elle tourna la poignet et passa de l'autre côté. Elle croisa fort les doigts, reteint sa respiration, et longea le long couloir qui menait à l'entrée de la maison. Le sol grinçait si fort qu'il ne laissait presque aucun doute à sa découverte. Arrivée au bout du couloir, elle tenta d'ouvrir la porte, mais celle-ci était fermée à clé.

- Tu recommence !

Dans un sursaut, Briha se retourna et aperçu son père, les bras croisés, l'épaule contre le mur.

- Papa, je dois y retourner !
- Non Briha, c'est dangereux !
- Mais papa, je l'ai trouvé !
- Ça suffit maintenant ! Tu ne te rends pas compte ?
- Tu ne comprends pas, je te dis que je l'ai trouvé ! Tu veux vraiment rester enfermé ici pour le restant de ta vie ?
- On est en sécurité, et on est pas si mal, tu as toute la place dans le secteur jeu, pourquoi aller là bas ? Tu ne veux pas arrêter tes caprices ?
- Ce ne sont pas des caprices... j'avais une preuve, je l'ai fait tombé, mais je l'ai vu de mes yeux vu ! La nature est forte papa...
- Il n'y a plus de nature ! Il n'y a que l'abri, et les survivants, et rien d'autre ! Quand pourras-tu t'en contenter ?
- Jamais ! Parce-que c'est faux ! Ils nous enferment pour mieux nous contrôler, ils veulent nous faire peur, mais je sais ce que j'ai vu, je sais que c'est possible d'y retourner, et d'y vivre !
- Maintenant tu arrête, tu vas dans ta chambre et tu oublies tes lubies et tes idées suicidaires !
- Papa !
- Briha ça suffit !

Découragée, Briha se dirigea vers le salon pour aller dans sa chambre. Tout était si petit, si clos. Les fenêtres lui manquaient. Une fois dans sa chambre, elle déposa son sac par terre et s'allongea sur son lit pour y réfléchir en s'endormant. Elle devait y aller. Elle trouverait un moyen. Elle ne se laisserait jamais oublier l'odeur d'une fleur ou de la pluie.

À peine elle eût ouvert les yeux que la conviction faisait battre son cœur à la manière d'un métronome. Elle sortit de sa chambre, vit son père assis dans un fauteuil en train de lire, qui leva les yeux et la regarda tristement. Elle ne lui adressa pas la parole et se dirigea vers son atelier. Elle prit un creuset qui lui servirait de casserole qu'elle garnit d'un peu d'eau, le mit sur une plaque chauffante, pris un flacon avec écrit sur l'étiquette « hypnotique », et un autre « pavot » et mis quelques gouttes de chaque dans l'eau bouillante, laissa mijoter quelques temps, et versa le mélange dans un éprouvette qu'elle bouchât d'un objet caoutchouteux. Son arme à la poche, elle sortit de son atelier et alla dans la cuisine, prépara du thé, deux tasses et versa le mélange dans une des deux. Elle apporta le tout au salon et proposa du thé à son père, qui prit la tasse sans sourciller. Elle s'assit sur le fauteuil près de son jumeau, essayant de contrôler sa tremblote. Son père buvait grâce à un tube sortant de sa combinaison, c'était comme boire à la paille. La jambe de Briha s'excitait.

- Je veux juste te protéger Briha.
- Je sais.
- J'ai peur de ne jamais te revoir quand tu t'en vas.
- Je sais.

- À peine la tasse vidée et déposée sur la table, le père de Briha commença à bailler et à somnoler. Il ne fallut que peu de temps pour qu'il s'endorme totalement.
- Je suis désolée papa.

Sur ces mots, elle récupéra son sac dans sa chambre, et les clés de la porte dans la poche de la veste de son père. C'était parti pour l'aventure. Une fois de l'autre côté de la porte, elle prit un instant pour regarder ces maisons qui encombrait l'abri. Ça ressemblait à un jeu de légos immense, mais en triste à mourir. Ce n'était qu'une centaine de cubes les uns collés aux autres et les rues étaient assez larges pour une personne. Les lumières vacillaient et l'ambiance était morne, laissant l'abri désert de toute vie, chacun préférant restait dans ce qui lui servait de chez soi. L'ennui. Elle pris un chemin qui se traversait à quatre pattes, et rampa pendant quelques minutes. Au bout de celui-ci, deux gardes discutaient en buvant ce qu'ils appelaient de la bière, qui n'en était plus du tout. C'était le bon moment, les autres avaient dû partir faire le tour pour voir si tout le monde « allait bien ». Elle se faufila derrière eux et entra dans un égout étroit et boueux. À nouveau plusieurs minutes plus tard, elle s'arrêta, se retrouvant face à une échelle. Elle y grimpa vigoureusement. À son sommet, une plaque métallique lourde fermait le passage. Elle l'ouvrit et fut ravit de retrouver l'extérieur. Ce n'était pas beaucoup plus lumineux, c'était principalement des décombres et un chaos monumentale, mais c'était grand, très grand. Vaste.

Après une bonne demi heure de marche, elle retrouva ce qui lui avait permit un mélange victorieux. Un champignon gris avec quelques rayures marrons, pas plus grand qu'une main, et certainement ce qui sauverait la terre. Elle ouvrit son sac et pris le nécessaire pour prélever un maximum d'échantillons. Puis elle fit ses préparations avec le liquide mystérieux qu'elle avait déjà depuis bien longtemps dans un flacon portant l'étiquette « oxyde ». Elle récupéra le mélange dans plusieurs seringues et en utilisa une dans la terre près d'elle.

- Voilà ton médicament.

La couleur de la terre s'éclaircit nettement. Ravie, elle continua sa mission. Elle injecta une bonne dose dans les arbres qui avaient plus ou moins survécus, et dans toute particule qui autrefois était vivante. Au bout de quelques heures, le ciel commença a se dégager. Elle avait parcourut des kilomètres pour donner un peu d'air à cette chère planète qui pouvait autrefois héberger la vie. Ça mettrait du temps pour se répandre sur l'entièreté du globe, mais si chaque humain faisait son devoir, la terre pourrait à nouveau abriter la vie. Si chacun ne refaisait pas les même erreurs, la planète serait saine, et l'humain aussi. Briha ne pouvait plus attendre. Elle retira son casque, serra fort les paupières, et pris... une bouffée d'air. Elle n'en croyait pas ses poumons. Elle respirait. Elle respirait l'air de l'extérieur. Elle sauta de joie, hurla, ria, dansa. La fatigue fit rapidement son apparition car l’oxygène n'était pas encore présente à son apogée, mais elle s'en fichait. Elle venait de sauvait la planète terre.
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Sarah De Guilhem · il y a
J'aime beaucoup, vous avez mon vote.
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Saperli Popette · il y a
Merci beaucoup ! J'irai lire votre oeuvre au plus vite (: