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Est-ce que je suis mort ?
Troublante question. Mais je suis obligé de me la poser. Mon corps est immobilisé mais je continue de penser. Une douleur vive parcours chacun de mes membres lorsque j'essaye de les bouger. Ma nuque me fait affreusement mal. Ma vision est brouillée. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas ce qu'il se passe. Mes fonctions cognitives m'auraient-elles abandonné ? L'ensemble de mon poids semble peser sur moi. J'ai l'impression que mes vertèbres sont écrasées. Impossible de me redresser. Un sifflement sourd et... mécanique règne autour de moi. Je sens le battement de mon cœur dans mes oreilles.
Soudain une brise d'air me parvient, caressant légèrement mon front et ma joue gauche. Je tourne doucement la tête et aperçois le dessous des sapins. Ma vision s'éclaircie lentement. Dehors, la neige a été balayée par quelque chose. Elle n'a plus l'aspect homogène et compacte que je pouvais apercevoir depuis la route. La route ?Où est-elle ? Pourquoi je ne la vois pas ? Mon inquiétude monte, irriguant à nouveau mes vaisseaux sanguins. Mes yeux recouvrent une vue correcte. La vitre par laquelle je regarde depuis quelques secondes a volé en éclats.
Un frisson de peur me traverse. Je comprends de mieux en mieux ce qu'il s'est passé... mais j'en suis effrayé. Mes lèvres obéissent néanmoins à un réflexe naturel, du moins je crois, car je ne suis pas sûr d'être complètement éveillé : j'articule des mots, appellent leurs noms... mais je n'entends pas ma voix. Pire encore, je n'entends pas les leurs. Je discerne seulement des petits bruits métalliques et... et... qu'est-ce que c'est ? J'entends un grésillement. Le même qu'on entend lorsqu'on ne capte pas de station. L'autoradio est encore en marche.
La peur... est là. L'angoisse, la panique... tout se mélange confusément. Mon regard s'agite dans tous les sens avant de comprendre que la voiture est retournée. Tout est inversé dans un désordre absolu. Je tourne la tête à gauche puis vers l'avant mais ne vois que du noir. Il fait trop sombre pour les voir. J'ouvre la bouche pour hurler, mais au moment où mon torse se soulève pour inspirer, une douleur me saisit. Je m'arrête net et serre les dents. Quelque chose coule de ma poitrine et descend vers mon cou. Ma chemise – hachurée à plusieurs endroits – laisse entrevoir mon sang, lequel ruisselle depuis une entaille au-dessus de mon téton droit. J'ignore si elle est profonde et je ne tiens pas à le vérifier.
Je tente par tous les moyens de retrouver une position convenable, mais mon corps est plié sur lui-même à cause du toit bosselé et d'une partie de la banquette arrière rabattue. Le temps d'une seconde, j'envisage de me faufiler à travers la vitre brisée ou d'enfoncer la portière avec mes mains. Mais l'espace est trop restreint, et de toute façon mon poignet gauche est fracturé, complètement violacé. Il n'y a rien à faire... je suis coincé et blessé. Nerveux comme je suis, je ne vais pas tarder à faire de l'hyperventilation, ainsi mes dernières forces seront bêtement gaspillées.
C'est fini... je vais mourir. Mon état de conscience ne tient plus qu'à un fil... Mais il ne faut pas que je me laisse partir. Non, pas maintenant. Même si je le voulais, je ne pourrais pas. Je dois encore m'assurer qu'elle est en vie. C'est ma seule préoccupation... la seule chose qui pénètre encore mon esprit. Allez Dany... quelqu'un va arriver... quelqu'un va nous sauver... À chaque seconde écoulée, mon cerveau semble un peu moins irrigué. Je le sens. Quelque chose en moi est en train de partir. Mes mains ne répondent plus. Mes doigts, eux, sont congelés, mais des pulsions continuent de les chatouiller. Je les sens encore... Mon cœur livre une bataille effrénée pour me tenir éveillé... J'arrive encore à le sentir, bien qu'épuisé, battre comme un marteau contre une enclume dans ma poitrine. Ma respiration s'accélère... Mon corps tremble... Mes paupières se referment... lentement. Je ne tiens plus.
Des lumières faiblardes... des voix... Elles m'extirpent juste à temps d'un sommeil plein d'incertitude. Je les vois, je les entends. Elles sont partout, elles m'encerclent. De la lumière jaillit soudain de tous les côtés, illuminant la voiture d'une puissance aveuglante. Une vision d'horreur s'offre alors à moi. Le pare-brise explosé. Le métal tordu. Les sièges – tâchés de sang – propulsés vers l'avant. Mais je ne les vois toujours pas. D'où je suis, je peux seulement distinguer les policiers s'affairant à créer un périmètre de sécurité avec des signaux lumineux. Les voix sont de plus en plus fortes. Les urgences médicales sont là, accompagnées des pompiers. Je n'avais jamais remarqué à quel point le bruit des sirènes est assourdissant. Sans doute parce que je suis habitué à être spectateur de ces véhicules prioritaires qui filent à toute vitesse.
Un fourgon d'ambulance apparaît brusquement et s'arrête à quelques mètres de là où je me situe. Les phares sont si proches que je suis obligé de fermer les yeux. Je les rouvre au bout de quelques instants et aperçois une silhouette derrière les sièges arrachés. Je ne vois pas son visage, mais je reconnais ses cheveux bruns. Mouillés et ensanglantés... La tête dissimulée derrière une masse chevelue en désordre et appuyée contre la vitre latérale côté passager. L'une de ses jambes forme un angle bizarre et la peau et le muscle arrachés laissent deviner la blancheur de l'os. Soudain... un bruit. Un râle rauque me donne la chair de poule. Le dernier souffle de quelqu'un avant de mourir. C'était le sien. J'en suis sûr. Ce bruit remet en alertes l'intégralité de mes sens. Je hurle aussi fort que possible. J'appel à l'aide. Je supplie les gens autour de se dépêcher. Je crie encore et encore jusqu'à m'en casser la voix... Et finalement je perds connaissance.

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Miraje · il y a
Haletant jusqu'à la dernière seconde.
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Andy. Un peu trop cousu de fil blanc à mon goût. Attention aux fautes d'orthographe. merci pour ce partage.
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Fabienne BF · il y a
cette reconstitution est pesante et douloureuse. on est dans l'angoisse, la terreur, la souffrance. Le drame.
Comme votre narrateur, on a vraiment l'impression d'y être.

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Andy · il y a
c'est un vrai boulot d'acteur... :) merci
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Irvinrtr · il y a
Un récit poignant et haletant. Bravo.
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Zurglub · il y a
Très bon ce texte Andy !!! Là, nous sommes d'accord ! Merci du lien !
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Pierre Lieutaud · il y a
On s'y croirait et l'angoisse nous étreint....Une réussite bravo
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Andy · il y a
merci beaucoup !
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Adriana · il y a
Une histoire poignante que vous avez su parfaitement nous faire vivre
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Dolotarasse · il y a
Saurons-nous la suite ?
L'angoisse de la mort est bien présente dans votre texte.

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Andy · il y a
oui possible ^^ merci
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Pénélope · il y a
Bien écrit. Récit simple et touchant d'un accident de la route vécu de l'intérieur. Un texte qui aurait facilement pu s'enchaîner après l'incipit:" L'impact des gouttes sur le métal.." donné récemment pour un Grand Prix du thriller et qui m'a donné l'idée d'écrire "D'eau,d'air et de feu".
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Andy · il y a
merci, je vais y jeter un oeil !
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Eddy Riffard · il y a
Eh bien, Dany, ce n’est pas brillant. Je parle de la situation de Dany bien sûr, le récit en lui-même est correctement mené. Le désarroi du personnage est bien rendu et la tension dramatique intense.
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Andy · il y a
merci beaucoup :)
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