Ne me quitte plus jamais

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Je possède une immense collection de rêves qui me poussent chaque jour un peu plus haut vers les étoiles  [+]

« Ne regrettez pas ce que vous quitter, regardez là-bas l'horizon briller. »


Peu a peu, j'ouvre les yeux.
La lumière filtre a travers la vitre double-vitrage de la voiture. Il fait encore nuit et j'aperçois de grands arbres au dehors. Je me redresse doucement et plaque mon front sur le verre froid. Mon nez qui souffle bruyamment fait apparaître de la buée. Je ne vois plus rien, alors je me rassoie lentement.

Un détail m'attire, sur le fauteuil devant moi, le caoutchouc s'est déchiré et l'on peut voir de la mousse jaune qui en sort. J'approche ma main et tire dessus. C'est coincé malheureusement. Je tire et tire plus fort, mais n'arrive toujours pas a capturer la mousse.
Je ne laisse pas tomber et je déchire d'un grand coup le velours du siège puis le caoutchouc pour pouvoir récupérer la mousse.
Le conducteur se retourne, a mon grand étonnement. Jamais il ne m'a parlé une seule fois lors de nos trajets.. Tiens ! J'y songe.. Jamais même il ne m'a regardé.
Suis-je invisible ou est-ce juste lui qui n'a pas envie de me voir ? Peut-être qu'il m'en veux parce qu'il est obligé de m'emmener là-bas chaque jours. Chaque nuit. Peut-être qu'il m'en veut parce qu'il est obligé de rester sur la droite de la ligne blanche et qu'il ne pourra jamais la dépasser.
Oh mais regarde-moi ! Ais-je choisis d'être là ?
Je t'en prie, fait un effort ! Vivons notre peine à deux, peut-être sera-t-elle plus jolie ?
Je le regarde dans le rétro et il ne daigne même pas tourner la tête.
Je place la mousse entre mon nez et mes lèvres et l'énorme moustache cache mes deux petites joues. Je louche mais il ne rigole même pas.
Bon.. Eh bien.. Tant pis.

Et puis, je laisse tomber la mousse, ça ne m'intéresse plus !
Je suis trop grande pour jouer a ça.
Je m'allonge sur le dos sur ma banquette bleue. Je plie les jambes et laisse retomber mes mains sur les pose-pieds. Je fixe le plafond de la voiture.
Il est gris sombre. Il est vide et sans couleurs. Il est nu et sans importance.
Pourtant, derrière ce pauvre toit de voiture, il y a le ciel. De belles étoiles et des avions. L'air léger et libre.
Il y a les grands arbres et leurs feuilles, peut-être que tu es là, toi aussi.
Et pourtant, il existe bien, ce plafond sans issue, comme une barrière inévitable, que l'on ne peut pas franchir. Et je ne verrais pas le ciel, dans sa splendeur, dansé dans sa soie bleutée, sourire a la pauvre fille que je suis. Je ne verrais pas ces étoiles filantes, je ne verrais pas ces signes qu'il m'adresse.
Alors, je ferme les yeux. Je ne dors pas, je pense. Je rêve.
Je rêve d'un long manteau, chaud et réconfortant, qui me prendrais dans ses bras quand j'en ai besoin. D'un monde où les gens se parleraient, souriraient, rêveraient autant que moi. D'une amie qui me comprendrais, me ferais rire, m'écouterais. Je rêve d'un monde où je ne resterais pas cloitrée dans une voiture pour aller au même endroit, a la même heure, chaque jours.
Un monde ou je pourrais me débarrasser de ma maudite vie que je porte sur mes épaules.
Je rêve de toi mais je ne le sais pas.

Un bruit me fait sursauter. Comme un crissement aiguë qui me vrille les tympans. Je me relève sur les coudes. La voiture a dévié de son chemin et s'est arrêtée en travers de la route. Mon cœur s'accélère. Le conducteur tourne le volant de droite a gauche, pris d'une peur évidente. Malheureusement, je sais qu'il a perdu le contrôle du véhicule.
L'angoisse monte en moi rapidement, aussi vite que l'accident se crée. Un violent choc me plaque contre la vitre, puis un deuxième, encore plus dur, qui fait rouler le véhicule sur lui même. Je tombe sur le sol de la voiture. En boule, je reste immobile, fermant les yeux le plus forts possible, comme pour arrêter le temps.
Les chocs me vrillent un bras et un débris de fenêtre me déchire la peau de la joue. Je me mords la lèvre inférieure pour ne pas crier. J'ai mal, j'ai peur. Mais pas le temps de réfléchir, tout se passe trop vite. J'entends un craquement et un cri du chauffeur. Un bruit sourd se fait entendre puis plus rien.
Le silence. Rien que le silence.
Lentement, je me relève. Tout autour de moi est.. Détruit. J'aperçois le visage du conducteur plaqué contre le volant. Il a les yeux fermé et de sa bouche coule du sang. Je ferme les yeux quelques secondes, comme lui. Puis, sans réfléchir, mes jambes me portent, m'emmènent. Je réussis a sortir de la voiture. Dehors, tout est comme.. suspendu. Rien ne bouge. Un véhicule a heurté le notre mais je n'ose pas regarder a l'intérieur s'il y a des blessés. Je ne peux pas.
Peut-être que je suis lâche.
Et je pleure, là, seule sur la route. Sans penser. Sans réfléchir.

Un violent sentiment m'envahit, comme une peur cachée dans l'ombre.
Je regarde le paysage désert qui s'étend à perte de vue.
Vas-y ! Vas-y ! Me crie une petite voix tout au fond de moi.
Alors je cours. Je regarde devant moi et les larmes ne coulent plus. Aucunes voitures ne roulent sur cette route. Je suis absolument seule.
Seule avec mon destin.

Chacun de mes pas claquent sur le béton froid. Chacun de mes pas m'emmènent loin de mon existence morne. Mes pensées divaguent vers toi, maintenant je te reconnais. Oui ! Tu m'avais été enlevée et maintenant je t'ai retrouvée.
Je te sens près de moi et tu me donnes la force de continuer. De courir et de ne pas m'arrêter.
La colère gronde dans mon ventre. Je t'ai rattrapé et je vais te garder près de moi.

Ne me quitte plus jamais,
Liberté.

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