Ne lève pas les yeux

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Hey, Je trouve cela plus facile de m'exprimer à travers des lettres écrite. Mes nouvelles me reflètent et je reflète mes nouvelles @ProjetPolais sur wattpad  [+]

Le regard braqué sur le sol, j'attendais le métro.

Les gens ne me regardaient pas, je ne sais même pas s'ils me voyaient, m'apercevaient. Moi, j'observais toutes ces chaussures qui m'entouraient, m'encerclaient.

Chacune, martelant le sol de leur semelles raides, claquant sur la dalle, avançant ou reculant pour boucler un itinéraire n'existant que dans la tête de leur propriétaire.

Une vieille paire de Dr Marteens reposait à ma droite pendant que des talons aiguilles claquaient dans mon dos.

Je ne lève jamais les yeux dans les endroits bondés. D'ailleurs ou que j'aille, je garde le regard rivé au sol, voûtée sous un poids invisible. Mais de toute façon, les chaussures en disent beaucoup plus sur les gens que n'importe quoi d'autre. Les chaussures racontent une histoire sans même ouvrir la bouche, il suffit d'une oreille attentive pour les écouter.

Tenez, celles-là, par exemple, vernies, bien lacées, on ne voit pas le moindre petit grain de poussière. Sûrement quelqu'un de sérieux.

Et celles-ci, des sandalettes en plein mois de novembre. Peut-être une panne de réveil ou simplement quelqu'un de décalé.

La vie est faite de " si " de " surement " et de " peut être".

On se demande tout le temps " et si ? ". Au lieu de se dire que c'est arrivé et que l'on y peut rien. Mais non, notre imbécile de conscience cherche toujours à comprendre, apprendre et analyser.

Chez certaines personnes, cela prend des proportions énormes, ils en deviennent malade. Pour chacune de leurs actions. Ils se torturent, à coup de questions dont il n'ont pas la réponse. Ils cherchent, recherchent mais ne trouvent pas. Alors ils continuent, insistent jusqu'à s'oublier eux-même. Ils tournent et retournent le moindre geste, pour obtenir tous les choix qu'ils auraient pu faire et qui auraient changé...changé quoi ?

Et voila, toujours plus d'interrogations. Tellement inutiles pour certains mais cruciales pour moi.

Je l'ai dit, " pour moi".

A ce moment là, il n'y a plus de " ils". C'est juste moi, oui, juste moi.

Moi, la folle qui ne regarde jamais quelqu'un droit dans les yeux, qui angoisse déjà en entendant le métro arriver, qui n'adresse jamais plus de quelques mots à quelqu'un et qui ne parle d'elle qu'à la troisième personne.Oui, cette fille, qui un jour, a croulé sous les questions, sous les regards qu'elle ne soutenait pas et sous les pensées des gens. Un tel poids sur de si frêles épaules. La vie est injuste et personne n'en ressort indemne. Non, personne, pas même elle.

Existe-t-elle seulement ?

Elle ne peut s'empêcher de se le demander, de se remettre en question et de se rabaisser sans même y faire attention.

Ce jour là, personne ne l'a écoutée car elle n'a pas parlé, personne ne l'a regardée car elle n'a pas souri et personne ne l'a retenue car elle n'était pas connue. Le wagon a crissé et la fille a sauté. D'un coup tous les regards ont suivi sa silhouette. Les gens se sont vite repris et sont entrés dans le métro, comme si elle n'avait jamais existé, qu'elle n'avait jamais été là.

Les gens s'en souviendront comme de celle qui ne prenait pas de place, qui n'ouvrait pas la bouche et qui se tenait tout le temps au bord du quai. Mais pas un ne lui adressera un dernier regard.

Car comme elle l'a dit,

On ne lève pas les yeux.
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