Naturelle

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Un matin, je me suis découvert plusieurs poils sur les seins. Ils étaient longs et très fins. Je les ai arrachés d’un geste sec et horrifié. Ils n’ont pas résisté.
Le lendemain, il y en avait davantage. Je leur ai fait subir le même sort, légèrement angoissée.
Et ça a continué comme ça. Ils étaient de plus en plus nombreux.
Ils ont atteint mon ventre, mon dos, mes épaules.
Je me suis décidée à aller voir une esthéticienne qui, ayant du mal à cacher sa répulsion, m’en a débarrassée au prix d’énormes souffrances et d’un trou conséquent dans mon budget.

Ils m’ont laissée tranquille quelques semaines. Je les avais presque oubliés, lorsqu’ils ont refait leur apparition, cette fois me couvrant tout le torse.
J’ai consulté une dermatologue. J’ai bien vu qu’elle luttait pour ne pas tourner de l’œil. Elle a parlé de tenter l’épilation définitive. Le problème ne pouvait pas être traité en une seule fois et elle a programmé toute une année de rendez-vous. Mais d’une séance à l’autre, ils étaient de retour, plus gros, plus noirs, plus vigoureux. Je sentais qu’elle n’en pouvait plus de me voir, que chacune de mes visites la mettait au supplice, qu’elle les redoutait, pire, qu’elle dépérissait. Alors j’ai eu pitié d’elle et j’ai abandonné.

Pendant ce temps, quelque chose dans le paysage changeait, mais j’étais trop préoccupée par mes poils pour y faire vraiment attention. D’ailleurs, j’osais de moins en moins sortir. Mais chaque fois que je regardais par la fenêtre, je ne pouvais que remarquer la végétation qui s’étendait.

Jusqu’au jour où ils ont vraiment gagné la partie. J’étais presque entièrement recouverte d’un doux pelage bien brillant, qui avait ma foi un certain charme. Mais je ne pouvais me résoudre à l’admettre.
Je suis retournée chez l’esthéticienne, la mort dans l’âme, ravalant ma honte, après avoir demandé un prêt à la banque par téléphone, avec difficulté, car le réseau était très mauvais. Les routes étaient de plus en plus étroites et j’ai dû abandonner ma voiture pour continuer à pied à travers une forêt que je n’avais pas remarquée la dernière fois. Au bout du compte, j’ai vaguement reconnu l’endroit, mais le salon d’esthétique avait disparu. Oubliant ma compassion pour la praticienne, en une ultime tentative désespérée, je me suis rendue au cabinet de dermatologie. C’était la même chose. Il n’y avait plus rien.

J’ai réussi avec beaucoup de mal à retrouver ma vieille maison qui se trouvait maintenant au centre d’une très jolie petite clairière. Mais insensible à la beauté du lieu, épuisée, je suis allée directement me coucher et je me suis endormie.

Ce matin, elle non plus, n’est plus là. Je me réveille au pied d’un arbre gigantesque, sur un lit de mousse. Le soleil filtre légèrement à travers le feuillage. Je n’ai pas froid. Une délicieuse brise parcourt mon pelage. J’ai faim. Je vais voir si je ne trouve pas quelques baies à cueillir par-ci par-là. Mais avant, je vais aller graver quelques mots sur ces rochers là-bas, en souvenir.
Demain, l’invention de l’écriture aura sans doute, elle aussi disparu.
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