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FINALISTE
Sélection Public

Il partait souvent sur le sentier des collines, le chevalet dans les bras. Mais parfois, il prenait le temps de s’arrêter pour admirer le verger, demeurait un instant pensif. Il posait alors son attirail, et face à la Sainte Victoire que chantaient les cigales, il s’extasiait. Il s’asseyait enfin pour croquer sur sa toile ce paysage enchanteur et le verger attendait, un peu curieux, un peu anxieux, sans oser respirer, les coups du Maître qui, il en était certain, le feraient passer à la postérité.

Aujourd’hui, la femme est venue, avec son grand panier d’osier, elle a fouillé les branches, nous a repérées, nous a soupesées et puis nous a arrachées à notre rameau vital, nous a cueillies, gorgées de soleil, sous l’œil attendri de Paul.
Son bras de paysanne ployait sous notre poids. Nous étions si nombreuses, si lourdes, si charnues. William, Beurré Hardy, Comice, Passe-Crassane. Même les pommes nos cousines ! Jaune, rouge ou verte. L’anse d’osier grinçait, lui sciant les doigts. Elle nous a ramenées à la bastide, a posé pesamment le panier trop lourd sur la petite table. Si pesamment que quelques unes d’entre nous lui ont joué un tour en sautant du panier sur la table ! Moi-même n’ai pu résister à la tentation. Vous me voyez... là, toute seule, toute jaune, au bord de cette table, retenue par la nappe blanche négligemment jetée là, la queue tournée vers vous, comme pour vous appeler. Au milieu des pots et tisanières de grés blanc décorés. Tout un désordre savamment orchestré, prêt à être immortalisé, comme je le compris un peu plus tard. Mais juste à cet instant, j’avoue que, quoique curieuse et surprise, j’éprouvais malgré tout une certaine crainte et je n’en menais pas large de me retrouver soudain loin de mon verger natal.
Mais je me suis enhardie, j’ai regardé autour de moi. Et surtout, j’ai senti, humé profondément cette odeur nouvelle ! La chambre respirait la peinture à l’huile, odeur peu agréable pour moi qui arrivais de la pleine nature ensoleillée.
C’est alors que je les ai entendus discuter, tous les deux. La femme a parlé de « nature morte », sur un ton que je sentis un peu méprisant. J’ai à nouveau regardé autour de moi, essayant de comprendre, me demandant qui pouvait être mort. J’éprouvais déjà bien du chagrin pour cet illustre défunt inconnu. Mais la chambre paraissait tranquille, armoire et chaise attendant le visiteur. Paul n’a pas apprécié la remarque parce qu’il a vivement répondu : « Mais non, une nature morte est toujours vivante ! » C’est alors que j’ai compris que c’était de nous qu’ils parlaient. Comme une intuition. Nous, si colorées, qui arrivions du soleil, qui sentions cette odeur de la garrigue, qui parlions entre nous, le Mistral nous l’avait conté, des champs de lavande au pied des collines et des bories de bergers.
Ainsi, nous étions devenues une nature morte ! Nature morte ! C’était donc cela, être cueilli ? Finir sa vie? Je me souvenais de toutes nos sœurs que la femme avait déjà prises les jours précédents et que nous n’avions jamais revues. Paressant dans nos branches, caressées de chaleur, inconsciemment nonchalantes, nous ne nous étions jamais demandé ce qui leur advenait. Et tout d’un coup, cette révélation... nature morte ! Je me révoltais déjà de cette pensée odieuse. Nous, des fruits !
Et pourtant... N’étions-nous pas des poires pour la soif ! Soif de dynamisme, soif de vie ! Non, je ne voulais pas mourir. Pas comme cela, tout bêtement, pour rien. J’étais décidée à me battre, à ameuter mes compagnes qui commençaient déjà à s’endormir, dans le panier ou sur le linge de la table. Il fallait essayer quelque chose, je ne savais pas quoi mais je ne voulais pas partir ainsi. Ou si réellement, tout était fini pour nous, il fallait que notre trépas serve à quelque chose, qu’il apporte cette douceur tonique de la vie qui était en nous, qu’il insuffle un souffle d’énergie.

Le Maître a-t-il intercepté la force de ma pensée ? Il a installé son chevalet. Il nous a croquées sur sa toile. Nous devenions immortelles.

PRIX

Image de Printemps 2019
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Liviu · il y a
Même après la date fatidique de la fin du concours, cela reste un très bon texte.
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Atoutva · il y a
Un commentaire qui me touche beaucoup ! Merci !
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Loodmer · il y a
Mes votes de dernière heure ne suffiront pas à te faire gagner des places, mais te diront que j'ai aimé ta nature morte immortalisée par "Cézanne"
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Atoutva · il y a
Faire plaisir, c'est déjà une belle victoire ! Merci !
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Thara · il y a
Bonne chance Atoutva et belle finale...
+ 5 voix !

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Atoutva · il y a
Merci pour votre vote ! merci pour votre souhait !
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Manodge Chowa · il y a
Histoire très originale. Tout est dans le regard. On vous montre que ce que vous avez envie de voir. Le regard a une maturité ou pas. Peindre quelque chose d'inert est tout sauf simple. Il faut créer la vie partout même dans la mort.
Bravo. +5 sans tergiversations. Je vous invite à lire Bonheur arc-en-ciel en finale de poésie. Bonne soirée de Maurice.

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Atoutva · il y a
Merci beaucoup pour ce commentaire de spécialiste ! ( et pour votre soutien aussi ! )
je vais voir votre page.

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Manodge Chowa · il y a
Merci pour le "spécialiste". En fait, on essaie de pénétrer votre univers à travers vos mots pour essayer d'en faire partie. Bravo à vous surtout !
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Atoutva · il y a
Merci !
Bonne soirée !

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Manodge Chowa · il y a
Idem de Maurice.
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Marc D'ARMONT · il y a
Joli texte plein de poésie. J'aime beaucoup la fin. Mes trois voix qui vous feront peut-être gagner une place.
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Atoutva · il y a
Merci pour votre visite. Et votre soutien n'est pas de refus !
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Arno · il y a
Bravo Atoutva... pour ce texte original, qui laisse voguer l'imagination entre la ...poire et le fromage!!!!... Je vous ouvre .... la voie.... pardon mes voix!... Avec vous au moins, la nature n'est pas morte!
Arno

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Atoutva · il y a
Merci de vous être arrêté à cette station et d'avoir apprécié le paysage !
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Paul Thery · il y a
Vive Paul et les poires !
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Atoutva · il y a
Et puis ma foi, les poires sont excellentes pour la santé !
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Atoutva · il y a
J'apprécie votre soutien !
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Beline · il y a
Quel texte original ! La nature morte à travers le regard de cette charmante poire ! Bonne chance pour la finale !
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Atoutva · il y a
Merci pour ce commentaire et votre soutien.
J'ai repéré votre page...

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Sylvie Franceus · il y a
L'immortalité est superbe ici, elle réconcilie quelque chose. C'est bien
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Atoutva · il y a
Merci d'avoir pris le temps de venir ! Merci pour votre soutien !
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Alphonse Dumoulin · il y a
Peindre au lieu de geindre. Ou comment couper la poire en deux.
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Atoutva · il y a
Excellente réponse ! Merci pour votre soutien !
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