Mystère dans la grand-rue

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etraité après une vie "d'expatrié" riches en bon moments et d'autres plus délicats à gérer.. Au gré des voyages et longs séjours sur plusieurs continents, l'écriture a été un moyen  [+]

Image de Eté 2016
C’est arrivé juste après le violent orage qui s’est abattu sur la ville en fin de soirée.
Le ciel s’était assombri en un instant. Une chaleur étouffante saturait l’air chargé d’électricité.
Soudain, dans un fracas épouvantable, un éclair aveuglant zébra l’horizon puis, à une vitesse extraordinaire, traversa la Grand-Rue.
L’étrange phénomène termina sa course dans une gigantesque gerbe d’étincelles multicolores ; digne d’un bouquet final de feu d’artifice.
Le lendemain matin, quelle ne fut pas la surprise des habitants, de constater de singulières anomalies :

La poissonnerie vendait des livres ! Non pas des livres de crevettes ou de bigorneaux, proposés au poids, mais bien des ouvrages de littérature ; assemblage de feuilles reliées ensembles et brochées. Ceux-ci étaient présentés alignés sur un lit de glace décoré de goémons ramassés sur quelques plages bretonnes.
Il va sans dire qu’en milieu d’après-midi, les précieux volumes commençaient à rendre l’âme. Le papier imbibé d’eau glacée perdait peu à peu de sa fraîcheur.
Les poissons et crustacés, épris de liberté, se jetèrent dans le caniveau où l’eau en furie les projetèrent, sans coup férir, dans l’échoppe du cordonnier.

Les passants, ébahis, découvrirent d’étranges annonces peintes sur la vitrine du magasin :
« ICI : nous ressemelons vos soles – Bar de lignes – Merlans frits
Cirage spécial pour Bigorneaux – huîtres – langoustines. »

Les chaussures, déboussolées, délaissées et lassées des manigances aquatiques, usèrent leurs semelles jusqu’à la boulangerie.
Mal leur en a pris. Le boulanger (que l’on ne roule pas dans la farine), les mit dans un pétrin croissant et les mena, derechef, à la baguette.
Gâteaux, petits-fours, pains en tout genre, bien contents d’échapper aux humeurs conjuguées du patron, de la matrone et du mitron, prirent la tangente en catimini.

Sous la conduite des babas – qui avaient quelque intérêt dans cette fuite – ils franchirent la porte du bistrot ; que certains accusaient, à tort où à raison, de n’être qu’un vil tripot.
Les babas s’enivrèrent de rhum, les religieuses, en un éclair, investirent la table de poker et défièrent les tartes qu’il ne fallait pas prendre pour des pommes. Les agapes durèrent toute la nuit. Alcools, vins et spiritueux, épuisés, décidèrent, d’un commun accord, de quitter les lieux.

La librairie semblait paisible et accueillante. Une bouteille de vieux rhum, s’appuyant sur une cane, fut envoyée en éclaireur. À travers la vitrine, elle constata que les rayons étaient vides. Quelques araignées folâtraient, de-ci de-là ; tissaient des toiles en étoile ; jouaient les funambules entre les étagères.
Le vieux rhum ouvrit timidement la porte de la librairie. Un effluve, mêlé de vieux cuir patiné, d’encre séchée et de papier imprimé, s’échappa, dans un feulement, par la porte entre-ouverte.
Le vent se mit à souffler, de plus en plus fort, L’odeur de la librairie se propagea dans la Grand-Rue. Un brouillard opaque envahit l’artère.
Puis, soudain, le soleil apparut, déchirant l’obscurité par lambeaux. Les boutiques avaient retrouvé leurs fonctions initiales :

Le poissonnier vendait des poissons.
Le cordonnier cajolait ses chaussures.
Le boulanger pétrissait.
Les livres étaient rangés sur les rayons de la librairie.

Il n y a que le patron du bistrot qui ne s’expliquait pas ce que faisaient une religieuse au chocolat défraîchie et un baba desséché sur une table de poker.

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