Parc Barbieux, un canard y fait trempette. Vilain, il ne l’était guère davantage que ses congénères. Petit, tout de même pas : disons d’une taille respectable. Seulement voilà, il semble se tenir à l’écart du groupe. Comme exilé d’entre les siens. Et s’il cancane, ce n’est jamais ni pour se plaindre ni pour ni critiquer. A croire qu’il a tout naturellement fait aller sa préférence à la solitude. Au bord du lac, où je suis assis, l’animal accoste, l’air de rien. Sur l’herbe à côté de moi, il s’occupe à délicatement poser son séant avec force cérémonies : madame la marquise qui s’assoit. Nous voilà donc tous deux, l’un près de l’autre. D’un naturel sans doute peu loquace, nous n’engageons pas plus avant la conversation. Et, dois-je admettre, nous n’échangeons pas énormément sur nos existences respectives. Et puis, à quoi aurait ressemblé d’imposer à un inconnu le récit de sa vie ? Question d’élémentaire décence... Au bout d’un certain temps, le canard se lève, visiblement ennuyé de ma présence muette, et sort ses pattes en table qu’on déplie avant de la poser sur ses pieds. Après quoi, c’est au lac qu’il s’offre. A ma place, je suis resté, songeant à ce canard, et regrettant de ne pas avoir été à l’initiative d’une discussion à coup sûre foisonnante en anecdotes. J’ai ensuite pensé à cette fille, avec qui j’avais partagé un banc non loin, quelques minutes auparavant. Je finis par lever le camp, fort de mes deux échecs, et me console, en chemin, à la perspective de retrouver au moins l’un des deux inconnus le soir, en conserve... On a les relations qu’on peut !
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