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Motus et bouche cousue

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Clémentine

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Tenir sa langue, coudre ses lèvres avec du fils rouge, fermer sa bouche à clef, voilà tout ce que l'on me répète, depuis bien longtemps.
Bavarde, je le suis, indéniablement. Pragmatique, aussi...

Alors que je n'avais pas six ans, j'ai pris une décision qui révolutionna ma vie: je connaissais la cachette de maman, celle où elle rangeait son fils avec les aiguilles. Je l'avais maintes fois vu recoudre une chaussette, ou bien un pull, et je pensais que ce n'était sûrement pas compliqué.
Avec mes précieux doigts, je mis le fils dans le chas. Du fils rouge, celui de la même couleur de mes lèvres, d'après maman. Je me suis concentrée, j'ai tenu ma langue, et ne l'ai pas dit à ma délicate maman. Et, tout doucement, avec le courage de l'enfant qui grimpe à l'arbre, je piquai la minuscule aiguille sur ma lèvre saignante, et transperçai ma petite langue. Ne pas souffrir, ne pas souffrir, me répétais-je... J'avais envie de crier, d'hurler toutes les souffrances du monde ! Mais je tenais bon. Minutieusement, devant le miroir de ma poupée, je perforai ma lèvre du haut. Du sang coulait sur mon menton, et mes lèvres gonflaient immanquablement, sans que je puisse faire quelque chose. Une larme coula sur ma joue rose. Je recommençai, cette fois, de haut en bas. Et puis, encore une fois, de bas en haut. C'est déjà suffisant, je me suis dit. Le sang attaquait mon cou. Un rapide petit noeud, et je courus sous la douche pour rincer tout ça.
Oui, j'étais fière, mais c'était une fierté douloureuse que je ressentais...
Je suis descendue en vitesse, voulant à tout prix raconter cela à maman. J'ouvris la bouche et, nan, pas à tout prix, j'avais déjà enduré bien des blessures. Mes lèvres s'écartèrent légèrement, mais la douleur me lançait vivement. Je renfermai rapidement mes lèvres, du peu que je les avaient ouvertes.
Et je pris conscience que ma mère était devant moi. Elle était bouché bée, et moi, bouche percée. Je voulus lui expliquer, mais comment me faire comprendre sans pouvoir parler ? Ma mère reprenant ses esprits, elle courus chercher ses fins ciseaux, affolée. En voyant sa réaction, je me mis à pleurer.

Avez-vous déjà pleuré les lèvres cousues ?
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Charles Duttine · il y a
Je suis venu par hasard sur votre page et je découvre ce texte fort et remuant ... Bravo pour certaines images et expressions. Je suis bien étonné que personne ne soit venu encourager ce beau texte !
Juste un petit bémol : attention à 2 ou 3 maladresses orthographiques ...

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