Mortelle évasion

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J'avais quinze ans à la publication de mes premiers textes. Ais je beaucoup changé depuis ? Sans doute, bien plus cynique, bien plus d'aversion pour le déballage de grands mots savants pour rien  [+]

Un morceau de ciel gris se détache du ballet de nuages noirs qui couvre nos têtes depuis plusieurs jours. Des jours ? Comment pourrais-je en être sûre ? Le soleil a disparu derrière ce manteau de tristesse qu'a revêtu le ciel en deuil. Il se terre sous nos pieds, les brûle, les mord, les crève, cet astre blanc de neige. Nos mains rougies par le froid semblent tomber.
D'un pas lent, épuisé, douloureux, nous avançons. Pourquoi marcher encore sous les fouets de l'hiver et du gardien, ces bourreaux sans merci ? Mon recueillement n'entend plus la douce nuit qui marche, mais qu'une lueur terne, rien qu'un halo d'espoir qui s'échoue dans le vent qui nous gifle. Un voisin, un squelette, mon semblable, se serre contre moi. Un rythme lancinant tourne dans mon esprit déserté par l'humanité, celui des crissements de la neige sous le poids de nos corps pesants. Derrière moi, devant moi, de temps à autre, cette partition morbide s'étoffe d'un fracas, celui d'une balle venue se loger dans une nuque choisie au hasard, choisie pour le plaisir de rompre une monotone et vaine tentative de survie.
Sous le regard indifférent de ses camarades spectres, il s'écroule et peut enfin sourire, le nez dans la boue, le crâne dans le givre, le ventre dans le froid, le cœur au ciel. Lui s'endort dans son cocon de fange, nous traînons encore nos misérables carcasses vers l'instant qui suit, celui où l'on pourrait mourir, vers un lendemain qui n'existe pas, qui n'existe plus, plus pour nous, plus pour personne.
O Mort ! Vieux Capitaine ! Si je pouvais voir la mer et embarquer avec toi, ma séduisante, ma délicieuse, ma chaleureuse Mort, je nous emmènerais vers un horizon de douceur. Mon vulgaire cadavre saoulé aux embruns du Styx resterait au port, évanoui dans la boue, oublié sous la glace. Et nous voguerons sur ces eaux pacifiques, côte à côte, et sous la voile blanche de mon linceul, sur un pont de marbre, je m'oublierais dans tes bras glacés.

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Miss Free · il y a
Très profond et poétique malgré la noirceur du sujet.
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JadeGo · il y a
Merci de votre commentaire touchant.
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Moeun Touch · il y a
Des courageux prisonniers qui prefèrent risquer la mort,même dans le froid,que de subir les tortures. Un beau récit qui me rappelle aussi les gens qui meurent encore aujoudhui en tentant de fuir leur pays où il n'y a plus d'espoir.
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JadeGo · il y a
Comme quoi Histoire et actualité sont indissociables... Merci de votre lecture et de votre commentaire
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Je pense à tous ces drames de la guerre et des camps de concentration, à tous ces gens courageux qui ont résisté et ont avancé mais qui devaient eux aussi, comme le héros rêver parfois à une mort libératrice.
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JadeGo · il y a
La justesse de vous commentaire me laisse sans mots...
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Soledad · il y a
Je suis très sensible à votre manière d'écrire, de dire...
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JadeGo · il y a
Je suis flattée de vous l'entendre dire.... Merci
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Dolotarasse · il y a
Un soldat à la guerre qui rêve d'une autre mort... enfin mon ressenti en lisant ce TTC.
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JadeGo · il y a
Je ne l'avais pas vu sous cet angle... Mais merci de le faire partager ^^
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Maimai · il y a
Je suis sans voix!!!!
Quelle profondeur !

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Fleur de Tregor · il y a
Paysage hanté.