Mort dorée

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Originaire de Dijon, je viens de franchir les cinquantièmes hurlants dans un silence assourdissant… Alpiniste et aventurier, j’aime les grands espaces, là où le regard porte loin. J’aime la  [+]

Elle l’enlaçait depuis 3 bonnes minutes déjà. C’était la cinquième personne depuis ce matin. Visiblement la pratique se répandait. Cette fois-ci, c’était une jeune femme gironde. On aurait cru qu’elle sortait d’un tableau de Botero. Il pouvait sentir sa chaleur corporelle le pénétrer.

Au début, il avait trouvé ça bizarre, il n’était pas vraiment habitué à tant de bienveillance.
D’habitude, il devait plutôt subir les coups de canif. Souvent même, on lui pissait dessus, c’était tout de même moins agréable.
Alors cette manifestation soudaine de tendresse, était assez inattendue.
Néanmoins, il n’avait pas trop à se plaindre. Certains de ces semblables, en campagne, avaient été abattus sans sommation pour trop de rectitude. Ici, ils étaient plus à l’abri et, en général, si la maladie les épargnait, ils vieillissaient plutôt bien.

Et plus ils étaient vieux, plus ils étaient beaux et plus on recherchait leur compagnie. Les cernes leurs seyaient à ravir.

Il en avait vu passé des hommes et des femmes qui s’étaient épanchés juste là, à ses pieds. Il en avait reçu des confidences et des secrets inavouables. D’aucuns s’étaient aimé sans pudeur devant lui, d’autres s’étaient déchiré pour mieux se retrouver, d’autres encore s’étaient battu et certains même s’étaient entretué ! Mais il restait de bois.

Dieu que les Hommes étaient futiles. Toujours les mêmes problématiques et cette incapacité à voir l’essentiel. Cette faculté, à se faire des nœuds dans la tête. Comment était-il possible, qu’ils fussent dotés d’une telle intelligence et d’une telle incapacité à s’en servir.
Si seulement il pouvait leur parler. Leur dire combien leurs préoccupations étaient vaines. Il aurait tant à raconter.

L’été agonisait. Il redoutait l’arrivée de l’Automne, période de son strip-tease imposé. De plus, l’Automne emmenait sa cohorte de mélancoliques et autres dépressifs en tout genre.

Un jour, c’était au mois de novembre sous une pluie battante, il reçut la visite d’un homme. Ce fût la seule de la journée. Mais l’homme resta là toute la journée et toute la nuit, suspendu, avalé par la nuit et par les limbes. Le lendemain, ils l’avaient trouvé là baignant dans la lumière dorée d’une matinée d’automne.

Il avait été le témoin et le complice malgré lui de ce funeste moment. Triste souvenir. Il ne voulait pas, une nouvelle fois, servir de gibet pour leurs macabres intentions. Il préférait encore se faire saigner. D’ailleurs, sur son flanc, il portait déjà de nombreuses cicatrices qui immortalisaient l’instant de leurs amours caducs. Le problème c’est que souvent les deux allaient de pair. D’abord on mêlait ses noms dans l’écorce puis, plus tard, on s’écorchait et on s’emmêlait la corde au cou. Ainsi allaient leurs amours !


La lumière commençait à baisser et une légère brise s’invita. Une feuille se détacha lentement et entama sa chute anarchique. Les prémices de l’automne.

Un de plus. Le 512 ème, mais il n’était plus très sûr il y en avait eu tant !
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