Montréal, 22 heures, Nuit sombre et sans issue.

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Auteur depuis 2012 avec une tentative de prix du quai des orfèvres en 2013. L'histoire, les voyages et les activités sportives peuplent mes temps libres. Deux romans policiers à mon actif (Prix de  [+]

Montréal, un mois d’octobre vers 22 heures.
Nuit sombre et sans issue.
Les escaliers bariolés de la Place des Arts sont occupés par des groupes de jeunes. Ils parlent, rient, s’apostrophent. Le parler québécois se fond dans le galimatias anglophone avec des mots arrondis, assouplis, dissous dans des prononciations qui m’échappent mais se ressemblent un peu. Devant, sur le parvis, une douzaine de jeunes filles ont entrepris une chorégraphie rythmée, sur une mélodie qui s’échappe de nulle part, qui appartient au vent, à des haut-parleurs et peut-être un peu au saxophoniste qui a placé sa sébile sur le trottoir, un peu à l’écart, de peur de gêner.
Il fait bon, les pulls sont bouclés autour de tailles parfois fines parfois marquées par l’abus de bière, les épaules sont nues ou à peine couvertes. Les lumières de la ville brillent de multiples couleurs.
On déambule au long des trottoirs, on s’arrête devant les vitrines, on y admire des objets que l’on n’achètera jamais, trop chers ou trop laids, trop quelque chose, ou pas assez.
Plus loin une épicerie, un « Couche-Tard », offre encore ses étals de fruits et de légumes, des conserves et des bouteilles de vin que de nombreux étudiants apporteront avec eux au restaurant et que le serveur débouchera sans sourciller et avec le sourire. Ailleurs une boîte de nuit déverse ses décibels sur le trottoir et les pousse jusque dans les oreilles des fumeurs sortis s’emplir les poumons ou se vider les tympans.
Il y a tant de monde sur les trottoirs, tant de vie et de sérénité malgré le bruit et les voitures, tant de jeunes à faire la queue devant les restaurants que l’on oublie que là aussi la misère est venue se nicher. Sans agressivité, résignée, soumise à un espoir ténu, celui de s’en sortir. Un jour... Quel talent s’est-il cru celui-ci ? Il jongle avec trois quilles que son ébriété fera choir. Quel drame familial a fui cette autre qui n’a que son chien et sa couverture ? Assise dans le renfoncement d’un commerce fermé, près de la boîte de nuit, elle regarde ces autres jeunes, elle les admire peut-être. Les envie-t-elle ? Elle seule pourrait le dire mais elle se tait. Son silence lui vaut quelques piécettes. Une jeune femme sortie d’une épicerie voisine lui tend un sac :
- Pour vous aider, pour vous en sortir demain peut-être, lui dit-elle.
Ici la solidarité est à tous les coins de rue, spontanée. Peut-être le lointain héritage d’une vie incertaine dans un pays hostile.
Moins astucieux ou plus résigné, un pauvre type est assis plus loin contre une façade, dans l’ombre. Il regarde passer les voitures. La plupart sont belles, Buick, Chevrolet, Cadillac, Porsche, Lexus, l’abondance mécanisée se doit d’être ostentatoire. Je m’approche. Il est ivre, sa tête balance. Deux pièces sorties de ma poche, sans que je sache comment, tombent dans son bol. Il balbutie un galimatias de mots que je ne comprends pas, se lève en titubant et va vomir le long du trottoir sur les roues du superbe coupé Bentley que je n’avais même pas remarqué.
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