Monsieur Monsieur

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Monsieur Monsieur,

Un monsieur se présenta ce jour-là à l’hôtel de ville. L’homme vivait un calvaire depuis qu’il était devenu un vrai monsieur. Avant, lorsqu’il était plus jeune, on l’appelait le petit, le bambin, ensuite vint le temps de la métamorphose, il était le jeune homme, le beau garçon. Pourtant son patronyme lui promettait un chemin de croix sans fin. Devenu adulte, le cortège des messieurs n’en finissait pas. C’était à tout bout de champ monsieur par ci, monsieur par là...
L’administration qui l’avait maintes fois persécutée était l’entité la plus entêtée. Résolu, il se présenta néanmoins un beau jour au guichet de l’état civil. Une dame du service administratif l’accueillit et lui demanda son nom de famille.

«  Monsieur Monsieur répondit Monsieur !
— Oui ! répondit la dame, mais je voudrai votre nom monsieur.
— Monsieur ! insista monsieur Monsieur.
— J’ai bien compris monsieur, je vous assure que mes états de services ne souffrent d’aucune remarque quant à ma politesse. Je vous demande poliment — monsieur — de bien vouloir me donner votre nom afin de vous enregistrer.
— Monsieur Monsieur répondit que c’était, Monsieur.
— La guichetière leva les yeux vers le ciel, pivota sur son fauteuil en direction du bureau de son chef hiérarchique dont la porte était entrouverte et lança un cri d’alerte.
— J’ai un problème ici avec un certain monsieur !
— Oui, rétorqua monsieur Monsieur, c’est bien ça, vous l’avez dit, mon nom est Monsieur !
— Monsieur, nous allons voir ça très vite, parce que je n’ai pas de temps à perdre avec un monsieur de la sorte. »

Arriva un petit monsieur dont les vêtements trop amples, pantalon, veste et surtout les manches, claquaient comme des drapeaux. La guichetière alla à sa rencontre et lui fit des messes basses. L’agent administratif regarda le monsieur de côté, l’air de rien. Prudemment, il s’approcha un peu hésitant, il ânonna, dut se ressaisir puis parla plus fort...

«  Bonjour, pouvez-vous s’il vous plait, madame, heu ! Mille excuses monsieur, juste nous donner votre....
— Pardon ! coupa monsieur Monsieur, presque égayé que l’on puisse l’appeler madame. Pouvez-vous répéter ce que vous venez de dire ?
— Je vous assure que je ne l’ai pas fait exprès, veuillez sincèrement m’excuser monsieur, j’ai ripé, cela m’arrive parfois, c’est sans conséquence, pardonnez-moi...
— C’est entendu, mais comment m’avez-vous appelé avant monsieur ?
— Monsieur, je suis confus, je vous donne ma parole que je ne voulais pas vous heurter, se justifia l’administrateur...
— Monsieur Monsieur voyant son interlocuteur si empêtré qu’il n’insista pas.
— Que pouvons-nous faire pour votre service, monsieur ? demanda le fonctionnaire.
— Je voudrais changer mon nom, s’il vous plait.
— Très bien ! Nous allons voir toutes les démarches. Ce sont des procédures qui peuvent prendre beaucoup de temps, vous savez. Pour commencer pourriez-vous me donner votre nom de famille, monsieur ?
— Écoutez, cela fait déjà plusieurs minutes que je m’efforce de vous indiquer mon identité. Pour que vous compreniez très vite, ma femme s’appelle madame Monsieur.
— Ah bon ! Ah oui ! Vous vivez ensemble ? Cela ne me regarde pas, mais c’est juste pour comprendre, vous êtes le monsieur et lui l’autre monsieur, enfin celui que vous appelé madame monsieur, la dame, votre, disons votre femme le monsieur ? Chacun est libre, je ne porte aucun jugement soyez-en sûr !
— Quoi ? Mais pas du tout ! S’offusqua monsieur Monsieur qui ressentit tout à coup une immense lassitude. Voulant se défaire de ce bourbier il tourna les talons vers la sortie. S’éloignant, il entendit dans son dos le porte-drapeau de l’État le saluer par un cordial.
— Au revoir cher monsieur. »
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Stellaria · il y a
Un vote ! Mille Mercis ! (qui dit mieux ? ) Une immense carrière d'écrivaine s'ouvre devant moi c'est certain... Grâce à vous.
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Geny Montel · il y a
Ils ne sont pas sortis de l'auberge !

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