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Mon voisin n’existe pas

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La ville de Guignicourt était bien tranquille ces temps-ci. Le calme du village de deux mille habitants n’avait été troublé que lorsque la maison voisine de celle de Ryan était en construction.
Ryan était un garçon de 13 ans. Son collège se situait à peine à 5 minutes à pied de chez lui. C’était un élève moyen ; ni trop mauvais, ni trop bon. Ses capacités auraient pu lui permettre d’être largement au-dessus de la moyenne, mais il n’avait pas envie de se fatiguer plus que ça.
Aux deux tiers de l’année, le vendredi 18 mars, comme d’habitude, il sortit de chez lui pour aller au collège. Il remarqua que ses voisins avaient fini d’emménager. Il avança plus loin dans la rue et vit un jeune homme d’à peu près son âge qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il continua sa route et arriva au collège. Dix minutes plus tard, la sonnerie retentit et il entra en classe.
<> annonça Madame Lejeûne. Ryan reconnut immédiatement le garçon qu’il avait vu dans sa rue. Le cours se poursuivit.
Quand l’heure de la récréation arriva, Ryan chercha le nouvel élève. Quand il l’eut trouvé, ils discutèrent ensemble et Ryan lui proposa de s’asseoir à côté de lui en cours. A la fin de la journée, ils rentrèrent ensemble et avant de rentrer dans leurs domiciles respectifs, une nouvelle discussion s’engagea.
< - Eh bien puisque tu me le proposes, c’est d’accord, euh... comment déjà ?
- Nils.
- Ah c’est vrai, excuse-moi ! Je n’ai pas une bonne mémoire des prénoms. »
Le lendemain, à quinze heures tapantes, on sonna au portail du 5 rue de Proviseux. Nils arriva et ouvrit à Ryan. Le jardin était vide. Seul le gazon égayait les murs blancs et uniformes. Normal pour des gens qui venaient d’emménager, se dit ce dernier. Ils entrèrent dans la maison. Nils lui dit que ses parents n’étaient pas là, qu’ils travaillaient tous les deux. Il lui fit faire le tour du propriétaire et Ryan remarqua qu’il avait oublié de lui montrer une pièce. Nils lui dit que ce n’était qu’une pièce vide qu’ils transformeraient sûrement en bureau.
L’après-midi et le soir défilèrent à toute allure. Vers vingt-deux heures trente, l’heure de dormir arriva. Ils éteignirent la télévision et montèrent se coucher. Juste avant de s’allonger, Ryan revit la porte de la pièce vide et sombra dans le sommeil... Deux heures plus tard, il n’arrivait toujours pas à se rendormir. Il était trop obnubilé par cette porte. Sa curiosité l’emporta sur la raison. Une force mystérieuse l’attirait. Il se retrouva devant la dite porte. Il tourna lentement la poignée et vit... une pièce vide. Rassuré, il s'approcha de la fenêtre pour observer la nuit, mais le plancher se déroba sous ses pieds.
Il se retrouva au centre d'un couloir dont il ne voyait aucune des extrémités. Des deux côtés, il y avait une infinité de portes. Il sentait une présence devant lui. Elle dégageait une aura mystérieuse et lugubre qui l'effrayait. Il se rapprocha d'une porte, l'ouvrit et vit une forêt avec de grands arbres de plus de dix mètres de haut. Il remarqua que la forêt s'étendait sur au moins un kilomètre carré. Il en déduisit que la porte d'à côté menait aussi à cette forêt. Il voulut vérifier son hypothèse et cela ne fit qu'aggraver la situation. Devant lui se dressait un géant de métal. Il referma la porte juste avant que son poing d'acier ne s'écrase au sol avec la puissance d'un séisme. Une de ces portes menait sûrement à une sortie. Il fallait juste qu'il la trouve parmi les milliers qu'il voyait.
Ryan les essaya une par une, tantôt se cachait une créature, tantôt un paysage. Il y avait des forêts, toutes différentes, des personnes qui lui paraissaient réelles, et sa découverte la moins effrayante fut quand il rencontra ce garçon roux, cette fille bizarre et ces deux autres avec des lunettes dont l'un avait des cheveux de couleur cuivrée flamboyants. Ces quatre énergumènes jouaient aux cartes ensemble. Porte après porte, il sentait la présence se rapprocher. Il remarqua alors à cent mètres de lui un épais brouillard pourpre surmonté de deux lueurs blanches, comme des yeux. Il se précipita dans la salle la plus proche. Après avoir fermé la porte, il se retourna et vit le brouillard au fond de la pièce ; il le suivait toujours, partout où il allait.
Ryan ne bougeait plus. La brume était aussi immobile que lui. Il se leva, fit un pas, puis un autre. Il remarqua que tant qu'il ne bougeait pas, le brouillard restait immobile aussi. En fait, chaque fois qu'il avançait, cette brume avançait aussi mais un tout petit peu moins, ce qui faisait qu'elle se rapprochait. Il en déduisit que son nombre de pas était limité. Pendant qu'il réfléchissait, les petites lueurs le fixaient toujours. Un rapide calcul lui annonça qu'il lui restait quelques centaines de pas. Sûrement pas suffisant pour tout ce qui lui restait à explorer. Il essayait donc de parcourir le moins de distance possible entre chaque porte, mais cela ne fut plus vite possible. Le brouillard sombre l’ empêchait de voir quoi que ce soit. Il n'était plus qu'à 5 mètres de lui. Il pouvait en distinguer tous les détails. Les yeux luisants semblaient surmonter une forme humaine plus sombre que le reste.
Ryan marcha les derniers pas qu'il lui restait pour atteindre la dernière porte. Il l'ouvrit lentement et devant lui se trouvait un précipice dont on ne voyait même pas le fond. On aurait dit la bouche d'un démon. La fatigue l'emporta sur lui et il se laissa tomber.
Il était sûr que personne au monde n'avait jamais vécu une chute aussi longue. Pendant dix minutes, il ne sentit que du vent et ne vit que du noir. La température commença à monter. Le trou semblait s'éclairer de plus en plus par des flammes. On se serait cru aux enfers. Pendant un instant il crut voir le fantôme de Jules César qui devait sûrement essayer de remonter depuis deux mille ans. La chute sera encore longue, pensa-t-il. Il se trompait.
Sa chute s'arrêta net. Il flottait en l'air, toujours avec le vide sous ses pieds. Le brouillard le retenait. La forme humaine et ses deux yeux approchèrent. Ils le scrutèrent pendant de longues minutes. Puis ils se mirent face à face et en une fraction de seconde, Ryan fut aspiré , absorbé par le brouillard.
Dimanche matin, à dix heures, Ryan se leva. Il descendit les escaliers pour prendre son petit-déjeuner. Dimanche... Cela lui rappelait quelque chose, mais il avait la tête dans le brouillard ce matin là. C'est ce que lui dit sa mère. Un éclair de lucidité frappa son esprit. Il se souvenait de tout. Nils l'avait invité, il avait exploré un labyrinthe , puis il s'était fait aspirer par du brouillard. Juste un rêve, se dit-il. Nils l'avait sûrement invité pour la semaine prochaine et pas aujourd'hui. Il remonta pour s'habiller et dit à sa mère qu'il allait voir le voisin. Elle acquiesça d'un air amusé. Il ouvrit la porte, regarda à gauche et ce qu'il vit, où plutôt ce qu'il ne vit pas, était ce qu'il avait vécu de plus effrayant de toute sa vie.
La maison de son voisin avait disparu.
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