Mon sauveur

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Michel ALOMENE michel.alomene@base.be Naguère instituteur Maintenant, tâcheron laborieux de l’écriture Arpenteur de l’imagination J’écris pour tuer le temps et pour le plaisir de  [+]

Image de 2016
Je dévalais la rue quand Boris et Sacha Krasnik se jetèrent en travers de ma route. De trouille, je restai tétanisé, cul collé à la selle, avec un pied posé sur le trottoir et l’autre bien à plat sur la pédale. - T’as un sacré beau vélo, fit le plus jeune. J’ai bien envie de te l’emprunter... Je fis non de la tête et je sentis mes yeux s’embuer. - Papa est à la maison, couinai-je en désignant du doigt la villa de l’autre côté de la rue. - Alors pourquoi tu l’appelles pas, gloussa Boris en m’expulsant de la selle. Je ne sus que répondre, de père, je n’avais jamais connu et jusqu’à présent, il m’avait semblé que c’était aussi bien comme cela. Devant ma mine de chat perdu, les deux brutes éclatèrent de rire et Sacha me riva le clou d’un ironique : «  Je crois bien que t’es comme nous, le nabot. T’en as pas de père ou bien t’en as trop », puis il cracha par terre et se dressa sur les pédales.
- Eh, oh, les mômes, maintenant ça suffit ! Eberlués, nous nous retournâmes. Relativement petit, mais costaud pour sa taille, un homme au visage bizarrement inexpressif avec la peau tendue comme un tambour emprisonnait le porte-bagages entre ses mains gantés. - T’es qui toi ? lança Sacha. L’homme le fixa de son drôle de regard de poisson crevé et un silence de plomb s’abattit sur nous. Puis comme obéissant à un ordre muet, mes tourmenteurs s’esquivèrent. L’homme me fit alors signe de récupérer mon vélo avant de s’éloigner d’un pas alerte.
Le soir même, je revis mon sauveur. Assis derrière une très longue table, il semblait adresser des directives à des hommes en uniforme. - C’est lui, c’est bien lui, criai-je en trépignant sur le divan. - Lui qui ? me demanda maman. Je lui racontai tout, ma promenade, les deux brutes, l’homme au visage inexpressif. Maman regarda l’écran, me regarda avec un air catastrophé, regarda à nouveau l’écran. - Ne me dis pas que c’est Vladimir Poutine qui est venu à ton secours, siffla-t-elle entre ses dents. J’ai déjà tout entendu de ta part, mais celle-là c’est vraiment la meilleure. Tu ne te rappelles pas ce que je t’ai promis si tu continuais à me raconter des sornettes.
- Le v’là, ton Poutine, me fit maman le lendemain en me tendant le journal. Un gros titre barrait la 5ème page: «  L’homme au masque de Poutine frappe à nouveau : 3ème supérette attaquée en moins d’un mois. » Puis elle m’embrassa avant de me serrer dans ses bras.

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