Mon rêve aux ailes brûlées

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21 ans. Une tête pleine de rêve. De mondes à explorer. De tapis à faire voler. D'histoires à raconter. Toujours par écrit. Les mots sont tellement plus beaux sur papie  [+]

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Je cours. Vite. Toujours plus vite. Pour échapper aux cris indignés de la grosse dame. Et aux policiers qui ne manqueront pas de rappliquer. Je cours.
Depuis que je suis arrivé, il y a trois jours, je ne fais que ça. Courir. Pour échapper aux uns et aux autres. Je ne voyais pas les choses ainsi. Nous ne voyions pas les choses ainsi. Nous. Maman et moi. Nous voulions quitter l’Irlande. Papa était mort, nous n’avions plus d’argent. Il nous restait le rêve américain. A cette époque, nous savions encore rêver.
Il y a d’abord eu la traversée. Au fond d’une cale, avec des centaines d’autres personnes. Tous poussés par le même rêve. Nous étions heureux. L’espoir donne des ailes. Il nous a permis de faire face à la faim et au froid. Mais pas à la maladie. Plusieurs personnes sont mortes au cours du trajet. Pas nous. Maman toussait un peu, c’est vrai. Mais il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Elle me l’a répété plusieurs fois. En souriant. Alors je l’ai crue.
Nous sommes arrivés. Nous étions vivants. Je pensais que nous avions réussi. Que nous avions enfin atteint New York. Mais ce n’était pas New York. C’était Ellis Island. L’ultime étape. L’île des cœurs brisés. Car traverser l’Atlantique ne suffit pas. Il faut être accepté par les autorités. Maman le savait. Elle me poussa vers une autre femme. Je ne compris pas. La femme si. Elle me prit par la main. Je me tournai vers maman. Elle me sourit.
La femme fut acceptée. Moi aussi. Mais pas maman. Elle était malade. Trop malade pour devenir américaine. Elle le savait. La réalité avait rattrapé le rêve, l’avait détruit.
J’ai atteint New York. Seul. Car la femme avait lâché ma main. Je l’avais perdue dans la foule. Qu’importe, ce n’était pas maman.
Seul, j’ai erré dans le port. J’avais faim. J’étais triste. J’étais harassé. C’est la fatigue qui l’a emporté. Je me suis couché dans un hangar. J’ai été réveillé par des injures. Et j’ai commencé à courir. Pour ne plus m’arrêter. Courir pour survivre. Car pour survivre il faut manger. Pour manger il me faut voler. Et courir. Pour ne pas me faire arrêter. Courir tout droit, toujours tout droit. Qu’importe où je vais, je n’ai nulle part où aller.
Jusqu’ici, j’ai eu de la chance. Je n’ai pas été pris. Mais la grosse dame à qui j’ai arraché le sac crie plus fort que les commerçants. Elle pousse de véritables hurlements. Alors je cours. Encore plus vite. Toujours plus vite.
Pas assez vite.
Cette fois, il y a les policiers. Ils ont de longues jambes. Bien plus longues que les miennes. Je n’ai que 12 ans après tout. Mais je serre les dents. Je cours. Plus vite qu’eux. Il n’y a pas que l’espoir qui donne des ailes. La peur aussi.
Les ailes suffisent pour échapper aux hommes. Pas pour échapper aux balles. J’entends la détonation. Puis je tombe. Mes jambes ne me soutiennent plus. Je ne sens rien. Les policiers accourent. Tentent d’arracher le sac que je sers contre mon cœur. Je me recroqueville. La douleur m’étreint. J’ai été touché à la jambe. Je gémis. Les policiers me hurlent de lui rendre le sac. Je le sers plus fort. Alors ils frappent. Ma tête, mes bras, mes jambes, mes mains. Tout ce qu’ils peuvent atteindre. J’ai mal. Partout. Je sens mes forces s’en aller. Je dessers mon étreinte. J’abandonne le sac.
Je ferme les yeux. Les policiers ont disparu. Je vois le sourire de maman. Bienveillant. Elle m’ouvre grand les bras. Elle ne tousse plus. Je m’abandonne à son étreinte.

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Virgo34 · il y a
Que c'est beau ! Cette course folle vers ce qu'on pense être le bonheur. Mais que c'est triste ! Cet enfant séparé de sa mère qu'elle retrouve dans un monde meilleur dans un espace inconnu.....
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Miss Free · il y a
Je découvre tardivement ce TTC très touchant. +1
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Madeleine Duval · il y a
bravo c'est très encourageant pour vous
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Marilou Rytz · il y a
Je viens seulement de voir vos commentaires... Mais merci infiniment, ça me touche beaucoup !
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Virginie Colpart · il y a
très beau texte. Je vous souhaite aussi de gagner.
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Elena Lmr · il y a
Je vois cette mère pousser son enfant vers une inconnue, j'entends le coeur de ce môme qui bat, sa course de le pavé d'une ville rêvée, je suis sur l'île des coeurs brisés. Des phrases courtes, le souffle court, un texte court, un espoir court, tout ça en 6000 caractères. Une perle - tu as mon vote et mon soutient, et bonne chance à toi dans cette finale qui nous entraîne tous sur le même bateau doré !
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Guest · il y a
J'entends le coeur de ce môme qui bat, je vois sa mère le pousser vers une inconnue, je résonne de sa course sur les pavés d'une ville rêvée. Je suis sur l'île des coeurs brisés avec eux.
Tu as mon vote, et mon soutient... Bravo, c'est magnifique ! A bientôt à Paris ? ;)

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Fred Panassac · il y a
C'est un récit poignant dont le style est agréable. On est plongé au cœur de l'action. Je vote et vous souhaite bonne chance dans cette finale.