Mon Régime

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Le Franprix en face de mon immeuble n’est pourtant qu’une supérette banale qui se fond sans distinction dans un paysage de commerces mais il tient dans mon quotidien une place considérable car il alimente tous mes fantasmes et obsessions culinaires. Non que je sois vissée à mes fourneaux mais je compense les contrariétés de la vie par des rêveries compulsives qui me procurent momentanément apaisement et félicité. Tout commence avec la vision lointaine de son enseigne lumineuse rouge, un cœur qui ressemble à une tomate triangulaire. Je dresse intérieurement, tel le chien de Pavlov, une liste imaginaire : des oursons chocolatés à la guimauve moelleux et fondant , du fromage blanc à la noisette Michel et Augustin onctueux conservé dans un pot d’un demi litre promettant des cuillères généreuses, des bouchées apéritives fraiches de poivrons grillés arrosées d’huile d’olive et garnis de fromage frais.... Malheureusement, cet espace de rêveries se transforme de moins en moins en panier de courses. Je poursuis le programme de remise en forme Weight Watchers depuis quelques mois. Raisonnablement, j’apprends à équilibrer mes repas à l’aide d’un carnet qui attribue à chaque aliment un certain nombre de points. Je m’emploie à ne pas en consommer plus de 30 par jour pour maigrir. Il me reste 15 kilos à perdre. Difficile combat pour une gourmande car la profusion de ce magasin me perturbe : mes reflexes réapparaissent immédiatement lorsque je passe ses portes automatiques. Je papillonne dans les allées le cœur léger traversée par un sentiment d’aise : cacahuètes, blinis, tazikisti, saumon fumé, tagliatelles à la carbonara.....et si je m’autorisais à oublier ce contraignant régime pour une fois. Une mini orgie un soir seulement. Je consulte par précaution l’application WW sur mon smartphone qui affiche automatiquement la quantité de points de tous les aliments référencés en rayons (ou presque). Ma mine s’assombrit, quel désastre ! Leur nombre ahurissant apparaît sur mon écran. J’accuse le coup. Honnêtement, je n’apprends rien mais je suis sonnée. Je m’arrête et j’observe avec jalousie ces inconnus qui se servent machinalement sur les étagères de ces produits convoités et caloriques, je me demande s’ils réalisent leur chance. Quel cauchemar de courir derrière une ligne de jeune fille ! Courageusement, je me traine vers les fruits et légumes. L’insouciance laisse la place à la soumission. Terminé l’oasis généreux. Mollement, je me saisis d’un sac de pommes, d’une dizaine de tomates sans beaucoup plus d’entrain, et de quelques endives. J’ajoute un pain complet et un pack de yaourts nature 0 %, un peu de viande du riz et des pâtes. Dieu merci, à la frustration passagère mais pénible suit la fierté d’avoir su résisté à des écarts qui m’auraient couté cher en kilos et la perspective dans ce contexte de monter sur ma balance s’annonce prometteuse. Dans l’ordre des obsessions, elle talonne de près la supérette. Suivant les évènements meilleure amie et ou pire ennemie, elle tient une place cruciale dans mon objectif de perte de poids. Je ne compte plus le nombre de mes pesées journalières : je vis sur ma balance. Je jubile à chaque perte de poids et me projette immédiatement en maillot de bain taille 36 sur la plage ou portant une petite robe d’été marquant ma taille de guêpe ! Quelles perspectives ! Mais, quand malgré mes efforts, je prends quelques grammes, ou pire un kilo, accablée, j’abandonne ce marathon exigeant quelques heures, et je me console avec un dernier paquet de gâteaux qui traine dans le placard de la cuisine « quitte à prendre un kilo, pourquoi pas deux ! ». Bref, l’histoire n’est pas terminée....
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