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Vers le crépuscule, ce jour-là, j'ai décidé de retourner à Tondikoirey. Déjà ça faisait un sacré bout de temps que je n'y avais pas mis pied. Il faisait frais et j'empruntais cette grande rue présidentielle.

De Yantala à Goudel où longeaient ça et là, les différentes ambassades des pays Européens. Le marché de Yantala était toujours animé. Les éventaires de marchands se dévoilaient à coup de chapeau, sans compter les étalages de bouchers. À première vue, une odeur piquante de viande vous tient à la gorge.

Alors, dans la voiture qui me ramenait là-bas, j'étais coincé entre deux colosses. De temps en temps, celui de ma gauche crachait par la vitrine du véhicule Peugeot avec indifférence. Je me suis mis à les haïr, sans causes ni lois.

Enfin, nous faisions escale à Losso-Goungou où l'autre colosse celui de ma droite, descendit, cédant sa place à une sublime beauté. Elle était d'un teint marron, très frappant. Dès qu'elle s'asseyait à mes côtés, je lançai dans un français clair:

— Oh, je suis foutu, ce gars m'a vraiment eu, que faire maintenant ?
Cette petite fleur s'est mise à me regarder d'une de ces regards qui vous fait trembler, toute mon âme vibrait. Je pensais que c'était le coup de foudre, mais je n'étais pas sûr. Elle leva un peu son menton, je me suis mis à sentir son odeur, son aura de femme, en un moment donné, j'étais ivre. Je la voyais déjà dans mes bras, l'embrassais et la serrais. Elle m'a encore regardé, je souris, nage, plane, saute, sursaute, il a fallu un lourd klaxon pour m'arracher de ce rêve. Un camion venait de nous doubler à toute allure.

— Comment tu t'appelles, ma jolie? Dis-je à cette fille en minijupe. Ces jambes étaient claires et son visage fin, des joues avec des fossettes, elle était d'une beauté rare.
— Je m'appelle Binta, dit-elle finalement, sa voix était suave.
— Que faites-vous dans la vie?
— Je suis élève, je fais la quatrième...

Je mordus un peu les lèvres, en détournant le regard. Je ne m'attendais pas. Je pensais que j'étais plus mature qu'elle.
— Et vous, monsieur ? Me jeta-t-elle à la figure.

J'aurais voulu lui mentir parmi tous ces passagers. Le chauffeur remonta le volume de la radio auto, ça divulguait une chanson blouse. J'ai saisi cet instant pour prendre les commandes.

— Je cherche le BEPC cette année... Dis-je sans broncher, je la fixe du regard pour qu'elle sente que je ne lui mens pas. Elle sourit, j'ai compris.
— Je vais à Tondikoirey pour voir ma tante, reprit-elle, tout son âme inspirait la confiance.
— Ça tombe à pique, j'y vais aussi pour passer le week.

À l'arrêt du véhicule, vers 20h, tout le village baignait dans le noir. Tantôt des crapauds qui coassent, des hiboux qui chantent, des pigeons qui roucoulent. Ici un âne qui braie, un chien qui aboie. Seule l'ampoule de la maison des jeunes scintillait à travers un couloir.

En cours de route, je la taquinais en la pinçant au dos, dans le noir. Elle prit plaisir à ce jeu de peur, de nostalgie mêlé à l'ironie, à la belle étoile.

Nous étions seuls, à respirer l'air frais. Arrivés chez sa tante, juste à la porte, j'ai pris la main de Binta dans la mienne, ses yeux brillaient dans l'obscurité, son visage resplendissait. Elle sourit, je la serre un peu dans mes bras, son jeune corps frisonnait, vibrait, amorçait. J'étais aux anges, je crois que je suis amoureux.
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Miraje · il y a
Une spontanéité adolescente ...
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Boubacar Mamoudou · il y a
Effectivement Miraje, cette espèce de coup de foudre qui nous donne envie d'aimer.
Merci !

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Mary Benoist · il y a
C'est charmant.
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Boubacar Mamoudou · il y a
Merci Mary!
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