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Mon petit lapin...

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Cyrano

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J’émergeais avec peine dans une pièce obscure dans laquelle je ne distinguais rien. Un bruit de goutte à goutte rompait un silence de mort. Pieds nus, je sentais sous mes plantes un liquide visqueux et collant. L’atmosphère était lourde, humide et il y avait comme une odeur de sang dans l’air. Je ne savais ni où j’étais, ni comment j’y étais arrivé.
J’essayais de me lever, de bouger mais quelque chose retenait mon pied droit. En tâtonnant, je découvris avec effroi qu’une chaîne me retenait. Pris de panique, j’hurlais et criais à l’aide à m’en exploser les cordes vocales.

Soudain, une voix sortie de l’obscurité se mit à chanter : « Mon petit lapin, s'est sauvé dans le jardin, cherchez moi ! Coucou, coucou ! Je suis caché sous un chou... ».
- Bonjour mon lapin, bien dormi ? reprit la voix sur un ton bienveillant.
- Mais qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ?
- Calme-toi, tout va bien se passer.
- Pourquoi je suis là ? Où est Hugo ?

A ces mots, j’entendis un clic puis le bourdonnement de néons qui s’allumèrent et je le vis devant moi, empalé sur un crochet tel un morceau de viande. Son visage trahissait la douleur qu’il avait ressenti. Du sang ruisselait le long de son corps et tombait par gouttes.
J’éclatais en sanglots et en reculant devant cette vision d’horreur, je glissais sur une mare de sang mi-fraîche, mi-coagulée.
- Pourquoi ? Pourquoi vous avez fait ça ?
Ignorant mes questions, il me répondit calmement en souriant.
- Tu cherchais ton ami...le voilà...j’espère que tu es content de le retrouver.

Sur ces mots, il éteignit la lumière et claqua la porte. J’étais pétrifié. Hugo était mort, embroché comme un porc et je ne savais pas quel sort m’attendait.

J’essayais de reprendre mes esprits, de me rappeler de ce qui avait pu se passer avant. Mes plus anciens souvenirs me ramenaient au « Holly Moon », un bar du centre dans lequel nous avions nos habitudes... La fille, oui Laura, celle qu’il avait branchée. Elle nous avait ramenés chez elle, nous avait servi des Whisky...je me souviens en avoir bu... après plus rien...le blackout.

Après un moment, mon geôlier revint et directement ralluma la lumière. Equipé d’un long fusil de chasse et tenant en laisse un grand berger allemand, il me regardait en souriant. Le corps sans vie d’Hugo me faisait face. Je n’osais y croire, je n’osais le regarder.
- Je manque à tous mes devoirs mon lapin, tu peux m’appeler Jager. Grâce à Laura ma fille, tu es ici pour jouer à un petit jeu. Les règles sont simples, je te laisse t’enfuir, si tu réussi à m’échapper, tu auras la vie sauve et tu gagnes. Mais si je te rattrape, oh oh oh, c’est moi qui gagne et je te laisse imaginer la suite. Pigé ?

Je n’en revenais de la légèreté avec laquelle il disait ça.
- Pourquoi vous faites ça ? dis-je en pleurs.
- Pour le plaisir, s’exclama-t-il avec un éclat de rire. Je vais te laisser une avance de sept minutes pour plus de challenge, mais cours vite car Zoltan, ici présent, sera derrière toi.
- Vous êtes fou ! Je refuse d’être votre jouet, criais-je.
- Mais tu l’es déjà mon lapin. Fais comme tu veux mais réfléchis bien. Ton ami n’a pas voulu joué, il n’a pas voulu tenter sa chance et regarde le résultat. A toi de décider. Je vais te détacher...pas de gestes brusques.

Il me détacha et s’éloigna tout en pointant son arme vers moi. Il me parlait avec un calme et une sérénité à vous glacer le sang.
La petite cinquantaine, rasé de près et bien coiffé, il ressemblait à monsieur tout-le-monde. Le parfait et aimable voisin qui s’avère être un assassin. Rien ne trahissait le sadique-psychopathe qu’il était. Il pointa du doigt une direction.
- Pour la sortie, c’est tout droit mais dépêche toi mon lapin, tu n’as que sept minutes.

Sans attendre, je détalais à toute vitesse et j’entendis son chien grogner. La sortie déboucha dans une épaisse forêt. Il faisait nuit noire mais je me mis à courir. Je ne savais pas depuis combien de temps j’avançais mais à un moment j’entendis des aboiements derrière moi. Zoltan était sur mes pas et malgré mes efforts acharnés pour le semer, il me suivait à la trace. D’un bon, il me saisit le mollet et je m’écroulais. Derrière, Jager lui criait de me mettre en pièces. Je me débâtais pour sortir de son emprise mais cette puissante gueule me tenait comme un piège à ours.
Il me lâcha pour s’attaquer à mon flan et à ce moment je saisis une lourde pierre à ma portée et lui assena un violent coup à la tête. Il s’effondra et j’en profitais pour continuer à le frapper de toutes mes forces. Son corps convulsait à chacun de mes coups. Je continuais jusqu’à ce qu’il fut totalement immobile. Des jets de sang et des morceaux de cervelle éclaboussaient mon visage et mes vêtements. Je m’arrêtais et devant moi, à la place de cette gueule effrayante se tenait une bouillie informe. Immobile quelques secondes, je réalisais ce que je venais de faire.

Je repris ma folle course et plus loin sur ma route, le cri de Jager me parvint. Il venait sans doute de découvrir la dépouille de son chien. Ce jeu venait de prendre une nouvelle tournure. Maintenant, j’étais sûr qu’il me traquerait jusqu’au bout du monde. Je devais continuer à avancer malgré ma blessure.

A bout de souffle, je m’arrêtais un instant pour respirer à grands poumons et me remettre les idées en place. L’image du corps meurtri d’Hugo me revint à l’esprit. Pour lui, je devais m’en sortir pour que cette pourriture paye pour ce qu’il lui avait fait. Avec l'énergie du désespoir, je me remis en marche.

Le jour se levait, je n’avais pas dormi, seul ma survie comptait. La forêt dense de départ laissa finalement place à une zone moins arborée dans laquelle au loin je vis une maison. L’espoir renaissait, j’avais là la chance de trouver de l’aide.
Une femme m’aperçut et s’avança vers moi.
- Ça va monsieur ? Vous allez bien ? Vous avez besoin d’aide ?
- Par pitié aidez-moi, il y’a un fou qui me poursuit. Appelez la police, ils doivent l’arrêter...il a tué mon ami...
- Mais qu’est-ce que vous racontez ?
- Pitié, vite, il est juste derrière.
- Mais, je ne vois personne.
- Croyez-moi, il n’est pas loin. Votre téléphone s’il vous plaît !
- Il est à l’intérieur, suivez-moi, me dit-elle sans grande conviction. Elle ne semblait pas effrayée. Sans doute que mon état pitoyable suscita chez elle de la pitié.

Je la suivi dans sa grande maison.
- Vous êtes seule ici ?
- Pour l’instant oui, ma famille est absente. J’appelle la police et vous leur raconterez votre histoire.

Elle me tendit son téléphone et j’entendis : « Allo ! Police secours... ». Un soulagement indescriptible m’envahit. Je leur racontais mon histoire mais je sentais de l’incrédulité. Je raccrochais, rassuré mais encore sous le choc. Elle me regardait avec un air interrogateur. Malgré tout, une patrouille allait être envoyée.
- C’est bon, ils vont envoyer quelqu’un, mais je ne pense pas qu’ils m’aient cru.
- Vous savez c’est un coin calme ici. Il n y a jamais d’histoires et la vôtre n’est pas commune.
- Je vous assure que c’est vrai. Vous avez des armes ? Repris-je avec empressement.
- Dieu du ciel, non ! Vous me prenez pour qui ?

A travers toutes les fenêtres, je guettais l’arrivée prochaine de Jager. Je m’étais procuré un couteau de cuisine et était prêt à l’accueillir. Le regard de mon hôte avait changé. Au départ totalement indifférente, elle était maintenant terrifiée.
Il y avait de l’agitation dans les fourrés environnants. Des nuées d’oiseaux s’envolaient par endroits. Je me disais qu’il n’était pas loin, qu’il m’observait et attendait le moment idéal pour surgir et attaquer.
Nous restions un long moment sans parler. Moi sur le qui-vive et elle totalement décontenancée.

Soudain, une voiture se gara près de l’entrée. Je me précipitais à la fenêtre et reconnu une voiture de police.
- Ils sont là ! s’écria-t-elle avec soulagement.
Je m’associais à cet état et couru vers la porte d’entrée. Promptement je l’ouvris et devant moi, l’agent se tenait triomphant, sourire aux lèvres.
- Je t’ai enfin retrouvé mon petit lapin...

PRIX

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Georges Marguin · il y a
Belle chute, j'ai bien aimé;
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Jean Calbrix · il y a
Bravo, Cyrano pour cette histoire bien dans le thème. Vous avez le don d'entretenir le suspense et la chute est aux petits oignons ! Je clique sur j'aime.
Vous avez aimé mes textes et je vous en remercie. J'ai en ce moment un sonnet en finale automne si cela vous tente : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/me-chienne-ianna-dans-les-dunes

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Mireille.bosq · il y a
Quand le noir se fait noir de noir, pas de pitié! j'en frissonne encore
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JACB · il y a
Eh! Bien le crime ne vous a pas posé de lapin dans votre NOIR! Frissons garantis!
Viendriez-vous aussi CYRANO frissonner dans mon COURT et NOIR ? Je vous invite !

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Topscher Nelly · il y a
Texte bien angoissant. Mes voix
Mon texte vous plaira peut-etre ?

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Florent Paci · il y a
Une histoire de prédateur qui n'est pas sans rappeler "Shining" de Stephen King. Mes votes, c'est réussi ;)
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Aurélien Azam · il y a
Brrr cette poursuite est sans fin ! Une brochette deplus... ^^'
Merci pour ton texte, Cyrano :)
Si tu le souhaites, n'hésite pas à aller lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Hippolyte59 · il y a
Comment peux tu ne pas aimer la viande saignante ! !!! Chapeau pour le lapin.
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Fou Korrigan · il y a
une histoire qui nous tiens en haleine ... a voté !!!
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Julos · il y a
histoire trépidante, beau travail...
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Cyrano · il y a
Merci Julos, ce thème m'a bien inspiré et je suis ravi que le texte vous ait plu.
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