Mon joli mois de mai... 1968

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La science et la technique ont accompagné toute ma vie. Mais comment s’en évader parfois si ce n’est par l’écriture ? Raconter pour faire rêver, réfléchir, partager, laisser une petite  [+]

Il en est de mai 1968 comme de la période de l'occupation: Tout le monde était résistant !
Quelqu'un qui a furtivement contourné un barrage de CRS ou qui s'est simplement baissé pour déplacer un pavé gênant sur son passage est à présent un authentique révolutionnaire.
Même ceux, très nombreux, qui étaient empêchés de travailler en raison des piquets de grève annoncent aujourd'hui fièrement qu'ils étaient "en grève".

En mai 1968, je terminais ma première année de BTS à Strasbourg, et mes parents qui venaient de vendre la maison de mon grand-père récemment décédé avaient offert un cadeau à chacun des enfants.
Pour moi ce fut un petit magnétophone portatif à cassettes, qu'on appelait alors un "minicassette" de marque Philips...
Quand les "évènements" ont éclaté, comme la plupart des provinciaux, je considérais que ce n'était ni plus ni moins qu'un défoulement de jeunes parisiens. Je ne comprenais pas ce qui se passait.
J'avais 12 ans en 1958 et donc 22 ans en 1968. Autant dire que mon éveil à la politique s'est fait en même temps que les débuts de la cinquième république.
Et j'avais l'impression de vivre une époque de grands bouleversements: Changement de régime, redressement économique, stabilité politique, décolonisation, fin de la guerre d'Algérie... La TV et le frigidaire arrivaient dans les foyers et c'était le plein emploi. De Gaulle se liait d'amitié avec Adenauer et on voyait s'éloigner le spectre de l'éternelle guerre franco-allemande. La guerre était encore proche et on en parlait souvent à la maison.
Je disposais de plusieurs brevets militaires et me préparait à devenir aspirant dans l'artillerie de campagne lors de mon service national. Une autre opportunité fit que j'obliquai au service de la coopération. Ce qui changea bien des choses d'ailleurs. Mais c'est une autre histoire.
Pour moi, dont le père était gaulliste et avait été au maquis, tout ce remue-ménage était de nature à briser ce bel élan national. J'allais dire ce "redressement national".
C'est pourquoi, muni de mon magnétophone en bandoulière je partis enregistrer les assemblées générales d'ouvriers où, sans autre vote qu'à main levée (Comme au soviet suprême ou à l'assemblée du peuple à Pékin, ou chacun peut observer ce que fait son voisin), les syndicats appelaient les "camarades" à la poursuite de l'action. J'entendais autour de moi les ouvriers ruminer leur déception devant ce semblant de démocratie, d'autant qu'ils n'étaient plus payés.
Après un appel des leaders syndicaux aux responsables des usines, et alors que le grand patron des gaullistes du secteur, soigneusement caché derrière une fenêtre, observait la cour pleine d'ouvriers en grève et se gardait bien d'apporter la contradiction, je compris que le courage n'était pas sa première qualité.
Plus tard il reçut en grandes pompes le président Pompidou et n'hésita pas, ce jour là à se mettre largement à son avantage. Il dispose d'une place à son nom dans le village voisin.
De ce jour j'ai toujours détesté le pouvoir des foules et les harangues qui entrainent ces dernières vers des actions irréfléchies, ainsi que le manque de courage des responsables quand l'heure est grave.

Donc, tout le monde chez moi attendait un signe venu du ciel.

C'est Dieu lui-même qui nous répondit, sanglé dans son uniforme de général de brigade... "Je ne me retirerai pas", puis "Je dissous l'assemblée nationale"...
Galvanisés, nous sortîmes alors des drapeaux à croix de Lorraine d'on ne sait où, nous partîmes en voiture, tous oriflammes émergeant des fenêtres, et tous klaxons hurlants en direction de Montbéliard pour la grande manifestation des "comités de défense de la république".
Il y eu un monde fou, comme à Paris, puis une élection qui procura au général une majorité écrasante. Autant sans doute par dévotion gaulliste que par peur du changement.

Avec le temps, j'ai évolué, muri...
Tant et si bien qu'aujourd'hui, au seuil de la vieillesse, et sans renier mon passé, je suis revenu à ce qui m'a toujours motivé: La science, l'éducation, la raison, l'homme, les pauvres, les opprimés, les réfugiés...et les réformes.
J'ai découvert que derrière les "comités de défense de la République" de juin 1968, se cachait sans doute la glauque officine qu'était le SAC (Service d'Action dite... Civique)?
Coopérant de 1968 à 1970 au Gabon j'ignorais alors la françafrique (La françafric...) avec les présidents potiches, les valises de billets, les intérêts obscurs des hommes d'affaires qui continuent à coloniser l'Afrique que j'ai aimé.
Aujourd'hui, j'ai pris du recul, j'ai beaucoup lu.
Entre les insoumis de Mélenchon et Génération·s· de Benoit Hamon mon cœur balance... Au point que je prends presque comme un compliment quand on me traite de "communiste".

C'est dire le chemin parcouru !

Mais le plus grand évènement de cette année 1968 se déroula en plein mois d'août, juste avant mon départ pour l'Afrique, et ce fut sans conteste... mon mariage !
Dont nous fêterons les cinquante années cet été...
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Sylvie Neveu · il y a
Trois minutes pour dire des pans de vie et partager des militances et conclure sur l'essentiel : un vrai bonheur. J'ai bien aimé votre récit bien écrit
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Demens · il y a
J'étais beaucoup trop jeune en mai 68 pour aller dans la rue. J'y serais allé bien sûr, comme je suis allé à toutes sortes de manifestations plus tard pour tout et souvent n'importe quoi. Aujourd'hui, terminé. On ne me verra plus. Quand on est plus que deux, on est une bande de cons, comme disait Brassens. Très intéressant ce texte, j'ai beaucoup aimé.
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Paul Arche · il y a
C'était et ce n'est pas toujours facile de se faire une opinion , mais évoluer avec le temps et la réflexion est chose souhaitable et peut-être ce qui nous rapproche le plus d'une vision des choses meilleure , en tous cas je l'espère .

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