Mon idole

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Notre histoire a commencé il y a fort fort longtemps. Non pas que je sois si vieille, mais les années passent malgré tout, et si j’y réfléchis, si je compte bien, les dix doigts de mes mains ne suffisent pas... En effet, cela fera bientôt quarante ans. Quarante années rythmées par ses mots, ses mélodies, ses balades, sa poésie.

Tout a commencé, un matin. Un samedi. Je m’en souviens car je n’avais pas école. C'était en 1981. J’avais rassemblé quelques pièces dans mon porte monnaie rouge, celui que j’avais eu pour mon huitième anniversaire. J’ai dit à ma maman que je voulais l’accompagner faire les courses. J’avais tout prévu. Arrivées au supermarché, je lui dirais « vas-y ! je te rejoins » et je me dirigerais directement au rayon livres et disques, celui que j’affectionnais le plus (avec celui bien sûr des tablettes de chocolat). Aujourd’hui encore, ce sont mes rayons préférés. Mais à présent maman, ce sont mes enfants qui me disent « allez file, on te rejoint » !
Ma maman a donc filé vers les fruits et légumes, tandis que j’ai pris la première à gauche. J’ai pas eu à chercher bien longtemps, je l’ai vu tout de suite. Il trônait en tête de gondole. Il était depuis peu en haut du hit parade. On ne pouvait pas le manquer. Je l’ai saisi dans mes petites mains potelées, et j’ai rejoint, le sourire aux lèvres, ma maman pour finir les courses, à la hâte ; en effet, il me tardait de rentrer, rejoindre ma chambre et mon lecteur K7, pour enfin l’écouter ! Ça faisait quelques semaines que j’écoutais en boucle le même titre, celui qui passait à la radio et que je m’étais appliquée à enregistrer. Tout un art. Appuyer sur la touche « enregistrement » pile à la fin de la publicité pour ne pas rater le début du titre, et sur la touche « stop » juste avant que l’animateur radio ne reprenne la parole. Ceux de mon âge comprendront de quoi je parle !
Bref, mon album en poche, j’ai hâté ma maman de finir ses emplettes, et nous sommes rentrées. Je me revois monter les marches quatre à quatre (bon d’accord, deux à deux, je n’ai jamais été très sportive, je l’avoue !) et me voilà assise, face à mon lecteur, prête à lancer la musique, après avoir enfin réussi à déballer mon petit paquet (je vous parle d’un temps où l’ouverture facile des blisters n’existait pas !).
Puis enfin quelques notes démarrent,
Une voix inimitable commence,
... « il suffira d’un signe »...
Il ne lui a suffit que de quelques mots pour m’embarquer.
Ce jour là, il est devenu mon idole. Le seul. J’ai bien eu quelques coups de coeur pour un Roch Voisine de passage ou pour un Johnny Depp sexy et rebelle, mais aucun n’a réussi à le détroner. Aucun n’a pu rivaliser avec son talent, sa simplicité, son charme.
Il m’a accompagné toutes ces années, à chaque moment de ma vie. Ses chansons me rappellent toutes un instant, une époque, des vacances, ou des chagrins, elles ont toutes pour moi une résonance.

Alors cette petite K7 que j’ai écoutée en boucle, dans ma chambre, ou dans mon Walkman, casque vissé sur les oreilles, m’a donné envie de me rapprocher un peu plus de lui, et c’est ainsi que trois ans plus tard, en avril 1984 plus précisément, j’ai assisté à mon premier concert. Quelle claque ! Cette osmose, ce sentiment de vivre un moment suspendu, à part, presque comme un tête à tête mais en étant des milliers. Ce fut le premier concert d’une longue série. J’ai assisté à chacun de ses passages dans ma petite ville. J’ai fait le déplacement à Paris pour le voir, lors de son dernier concert, sa dernière tournée. Je ne savais pas que ça serait la dernière, car il a arrêté un peu sans prévenir. Je n’étais pas prête. Il me manque...

Que de souvenirs avec lui !
Avec lui j’ai « veillé tard », j’ai pleuré, j’ai aimé, j’ai souri, j’ai rêvé, j’ai dansé,
Et aujourd’hui encore, malgré son absence, ses chansons sont toujours là, omniprésentes. Lorsque je ne vais pas bien, je lance un de ses albums, et je me sens mieux. Sa voix, quarante plus tard, me fait toujours le même effet... lorsque je l’entends me chuchoter ses mots doux,
j’ai à nouveau dix ans, dans ma chambre de petite fille,
ou bien 15 ans, avec mon baladeur et mon sac US, dans le bus qui me mène au collège,
voire 20 ans, à un de ses concerts avec mon amoureux,
j’ai 30 ans, enceinte, et son dernier album comme un cadeau d’adieu en boucle à la maison.

Alors s’il y a une définition au mot idole, je crois que la mienne est là.
Avoir l’impression qu’il fait partie de « ma famille ».
Partager tant de choses avec lui, « par procuration ».
Avoir envie de le remercier pour tout ça.
Avoir envie de le revoir, de l’entendre à nouveau susurrer encore et encore des mots doux, « Belle on ira », « je te donne » « des bisous voyous dans le cou »,
Avoir envie de lui dire « puisque tu pars » « je marche seul(e) »,
Avoir envie de le supplier « envole moi » « au bout de mes rêves »,
Avoir envie de lui avouer « juste après » « tu manques »,

Jean-Jacques « je voudrais vous revoir » « et l’on n’y peut rien ».
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