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Mon grand-père...

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Nicoadam8

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Tu es parti trop tôt selon la formule consacrée...
Et pourtant, je ne peux me résoudre au fait que tu n’es pas simplement passé dans la pièce d’à côté. D’ailleurs c’est peut-être cela finalement, la mort : passer dans la pièce d’à côté et s’y égarer au point de ne jamais en revenir. C’est ce que je me dis pour me convaincre que la mort n’est pas grâve ; que ta mort n’est pas irrémédiable.

Quand je t’ai vu pour la dernière fois, il y a quelques jours, je me suis inquiété pour toi pour la première fois de ma vie. Je dois te l’avouer : je ne m’étais jamais inquiété pour toi : Après tout, on s’inquiète pour les pauvres roseaux que nous sommes mais pas pour les chênes de ta trempe. Je ne m’étais jamais inquiété parce que je te pensais insubmersible, parce que je te savais indestructible ; fais d’un bois qui n’existe plus.
Je ne me suis pas inquiété de ta mine harassée, ni de ton souffle essoufflé. Je ne me suis pas inquiété de ta voix blanchie ni de tes yeux lessivés. Après tout, à 94 ans passés, tu as le droit à tout ça. Je me suis inquiété parce que pour la première fois de ma vie, je ne t’ai pas vu rire. Ton rire inimitable, inoubliable, indélébile : ces yeux qui se plissent à n’en plus finir, puis chaque centimètre carré de ton visage qui jubile et enfin, une saccade d’épaules unique et lumineuse... Ces épaules justement, tes épaules... que je n’avais jamais vu si larges que ce jour-là... Sûrement se préparaient-elles à devoir accueillir nos peines.

Pour la première fois, depuis 36 ans que je te connais, nous nous sommes vu et tu n’as pas ri... J’ai compris que cette fois, c’était sérieux puisque tu l’étais enfin devenu.

La vie élague irrémédiablement les branches de l’arbre généalogique et nous voici tous en train de contempler notre chagrin. Mais il viendra vite le temps où nous n’aurons plus qu’à cajoler nos souvenirs... Et ils sont multiples quand on a la chance d’avoir eu pour père, grand père ou arrière-grand-père un homme tel que toi. Quelle sacrée prouesse d’être d’avant sans être daté, d’être d’hier sans un être désuet, d’être du passé sans être passéiste. Alors, nous voici réuni pour pleurer un garnement de 94 piges, pour regretter un espiègle de 94 barreaux, pour adjuger l'hiver éternel survenu au 94ème printemps...

Non, ca ne peut être que cela, tu es seulement passé dans la pièce d’à côté. Mais finalement, que tu sois dans la pièce d’à côté, à la cave, au grenier ou dans un endroit qu’on ne connaît pas, nous allons devoir faire sans toi. Parce qu’au fond, on peut faire « avec » ta mort mais il sera plus dur de faire sans toi...
Avouons-le: La mort n’est rien, mais l’absence...
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