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Tous les bons livres sont pareils, ils sont plus vrais que l'aurait pu être la réalité. Ernest Hemingway  [+]

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Chère amie, j’ai bien reçu ton texte. Tu as sollicité mon avis, le voici.

Certains passages sont bien documentés, plein de petits détails qui apportent du réalisme à la narration (d’une manière générale, il me semble que tu t’es largement inspirée de ta vie).
Les vacances en Tunisie, par exemple. On suit sans déplaisir les tribulations de ce couple de Français dans cet hôtel 3 étoiles.
En revanche, on comprend mal toutes les critiques adressées aux autres touristes qui ont choisi cette formule : « Des beaufs adeptes du tout compris et des sorties organisées. » Le couple est censé se démarquer uniquement par le fait d’avoir opté pour la demi-pension. À mon sens, ça ne suffit pas à le rendre plus aventurier que les autres.

Je pense aussi que le texte manque parfois de recul, notamment en ce qui concerne ces histoires de salle de profs. On sent bien que tu as essayé de mettre du suspens vers la cinquantième page, je ne peux que t’encourager dans cette voie, ça peut – sait-on jamais – donner au lecteur envie de poursuivre. Mais brûle-t-on vraiment de savoir si c’est le voyage en Espagne plutôt que celui en Italie qui sera finalement voté au prochain conseil d’administration ?
Même remarque pour la querelle entre les enseignants de langues anciennes (et tout ce long monologue intérieur sur la réunion annulée sans que la narratrice en ait été prévenue).
Et puis tous ces sigles, c’est vrai que ça fait bien Éducation nationale. Toutefois, garde toujours en tête que le lectorat moyen ne sait pas faire la différence entre une HSE et une HSA (je t’assure).

Je trouve que tu aurais pu accorder plus de soin aux personnages secondaires. Ceux-ci ne sont en fait que les faire-valoir de la narratrice.
Le personnage du mari est un peu cliché. Forcément, il n’est pas assez attentif, ce qui justifie un peu vite les aventures extraconjugales de l’héroïne.
Ses collègues sont tous médiocres ; quant à ses copines, elles ne semblent exister que pour lui dire à quel point elle est belle et talentueuse (exemple du passage qui va de « J’entrai sur scène […] » à « […] Chloé et Morgane, ébahies, applaudissaient à tout rompre. »).

Le style n’est pas toujours très soigné, je pense que lorsque l’on manque de maîtrise, il est préférable de s’en tenir à l’indémodable « sujet-verbe-complément ».
Évite de faire des phrases qui se terminent par « ou bien » ou alors « oui, mais ».
Tu reprends aussi souvent les mêmes formules. Par exemple, j’ai noté quarante-deux « Pas grave ». J’ai bien conscience que c’est ce qui fait toute ton originalité, mais franchement, on n’y comprend rien ; même Gavalda n’aurait pas osé.

Enfin, ton texte manque, à l’évidence, de fluidité.
Tu m’as souvent dit ce que tu pensais du découpage en chapitres, trop académique. Tout de même, je m’interroge, ces quatre-vingt-cinq pages auraient peut-être mérité un peu de structure.
Tu m’avais également avertie qu’il y aurait de longs passages répétitifs, à la limite du compréhensible, cette logorrhée verbale étant censée décrire le chaos de ta pensée débridée. Soit. Une question de goût, certainement.

Avant de terminer là mon commentaire, j’aimerais m’attarder un peu sur la « meilleure amie ».
Tout d’abord, je trouve l’appellation un peu puérile pour des presque quarantenaires.
Ensuite, le personnage y est décrit comme une intello fadasse qui passe son temps à faire des siestes et à boire des tisanes. Elle semble par ailleurs n’exister que pour freiner la narratrice dans son exploration du monde. Par exemple, cette virée à Londres où l’héroïne voudrait sortir dans un pub avec des punks rencontrés dans la rue, quand sa copine souhaiterait rester un peu plus longtemps au musée d’art contemporain.
Je pense qu’il vaudrait mieux que tu fasses l’impasse sur ce personnage.

Tu peux le rayer de ta vie, par la même occasion.

Sur ce, je te laisse.
Ta « meilleure amie » a une verveine sur le feu.

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Un petit mot pour l'auteur ? 9 commentaires

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Denis Infante · il y a
Je ne sais plus qui disais : « Seigneur garde moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ! »
Oui, mais, peut-on s’en passer, ou bien ?

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Camille Berry · il y a
Ah! Vraiment c'est excellent! Bravo! J'aime beaucoup!
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Vero. La Comete · il y a
Je découvre ce texte malicieux et je m'abonne.
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Alicia Bouffay · il y a
Merci Véro !! j'ai un texte en finale, si ça vous dit ;-) https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/on-en-travaille-pas-en-psy-par-hasard
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Laurence Debril · il y a
Je suis tombée dessus par hasard et bravo ! Super idée parfaitement menée ;)
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Fred Panassac · il y a
Ah, un vrai morceau d’anthologie, je le relis avec un plaisir immense, et je re-clique pour embêter les pirates !
Je me réabonne en même temps à votre page.

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Alicia Bouffay · il y a
oh merci Fred !!!! :-)
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Mary Benoist · il y a
Je découvre ! Nombreux sont ces manuscrits où la narratrice se sublime mais j'ai remarqué que ce sont plus souvent les hommes qui usent de ce stratagème.
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Alicia Bouffay · il y a
oh merci de commenter ici, ça réchauffe le cœur, maintenant que tous les commentaires ont disparu -:/

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