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MOMON ET LES AUTRES (CHRONIQUES DIEULEFITOISES)

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Quand vous passerez par Dieulefit, prenez le temps de flâner à travers le bourg. Commencez donc par sa rue principale, très judicieusement nommée... la rue du Bourg. Profitez-en pour faire connaissance des commerçants.

Tenez, Momon, par exemple. Sa faconde vous enchantera. Avec l'église, le temple et la mairie, c'est une institution. Mieux même, puisque lui, il rassemble toute les confessions, y compris laïques. Son grand magasin préside Chateauras, la place à coté du Temple. Les affaires y sont meilleures que vers l'église. Sur trois étages, sans compter les caves et les greniers, on y trouve de tout, même l'improbable.

Le fils, Claude, est toujours là, prêt à vous narrer les milles secrets du village, passés et présents. Selon son humeur, il vous racontera l'une des vraies origines du nom de Dieulefit, les industries qui firent jadis sa richesse, les figures emblématiques qui continuent d’en exprimer l’âme. Puis s’enquerra de vos besoins. Parce que, tout de même, il faut bien vivre, n'est-ce pas ? Ses réserves semblent inépuisables. Quelque soit votre demande, il vous trouvera l'objet convoité, fut-ce trois centimètre d'un galon style art-déco des années vingt. Surtout, il vous le vendra avec le sourire, vous donnant l'impression que vous lui faites une immense faveur en lui achetant ce fabuleux ruban.

Et Jean Nathan, donc ! Le droguiste quincaillier.On vient de kilomètres à la ronde pour s'approvisionner chez lui. Et on y trouve de tout, des clous, du fil de pêche, des appâts, de l'outillage de jardin, des poêles à bois, même de l’électro ménager. A la question : « avez-vous de...? », sa réponse est invariablement la même : « J'en ai plus... mais j'en attends». D’où son surnom : Jean Nathan ! Les habitués passent outre en filant directement dans l'arrière boutique où ils dégotent sans peine l'objet de leur recherche. Jean Nathan, l’inventeur du libre service, bien avant les américains.

N’oubliez pas les artisans ! En règle générale, alors que vous les attendez depuis des mois, ils débarquent début juin ou fin novembre : avant les vacances d'été ou les cadeaux de noël. Nos modernes technocrates appellent ça « l’optimisation des flux ». En ce domaine, le plombier polonais ou son compère chinois ne sont pas près de les égaler. Mais, outre leurs compétences, réelles, leur principale qualité est ailleurs : ils sont là. Essayez donc de convoquer un électricien roumain un dimanche matin de janvier.

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Dolotarasse · il y a
Les petits bourgs et ses artisans. Hélas tout cela disparaît plus ou moins.
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Alphonse Dumoulin · il y a
A ma naissance, on le qualifiait de "village des potiers". Puis les touristes sont venus et avec eux les artefacts chinois. Ainsi que le disait ma tante : "les souvenirs, plus c'est moche, mieux ça ce vend".
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Fred Panassac · il y a
Agréable chronique, je vous retrouve avec plaisir sur le site ! Je lirai la suite !
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Alphonse Dumoulin · il y a
C'est décidément bien agréable de renter chez soi.
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Fred Panassac · il y a
Oui c’est bien sympathique !
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Francine Lambert · il y a
Votre chronique donne vraiment envie de découvrir Dieulefit Alphonse, un lieu comme on n'en fait plus, dommage que la Drôme soit si loin ! Au plaisir Alphonse !
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Partner · il y a
Dieulefit et Dumoulinlenarra
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un instantané ô combien juste des commerçants des bourgs surtout à la campagne. En ville, ils ont disparu au profit des supermarchés sans âme.
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