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Moi j'ai le droit

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Mona Ressac

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Moi, je suis un paradoxe ambulant qui ne répond qu’à l’odeur de l’horreur.

Quiconque existe est libre de choisir ce qu’il souhaite donner de soi au monde qui l’entoure. Certains vivent à peine, comme si leurs pas étaient trop instables pour avancer, leurs cœurs trop fragiles pour s’affirmer pleinement. D’autres surjouent, faisant de leur existence un show continu, adulé ou méprisé, mais toujours regardé. Il y a donc d’une part ceux qui craignent la véritable existence à tel point qu’ils osent à peine l’effleurer, et de l’autre, ceux qui ont oublié que se nourrir du regard des autres ne rassasie jamais autant que de vivre pour soi.

Moi, je ne suis ni l’un ni l’autre, tout simplement parce que je ne me pose pas la question. J’ai tous les droits, et particulièrement celui de les interpréter selon mon bon vouloir.

J’ai le droit de croire en Dieu, et d’en tirer ce que je veux. Si sa puissance absolue se glisse en moi pour y infiltrer quelques pulsions meurtrières, aussi sordides soient-elles, n’ai-je point le droit de tendre l’oreille ?

Moi je suis une fille, j’ai le droit d’aimer les garçons, mais pas n’importe lesquels. J’en voudrais un qui me protège quand la nuit tombe, parce que moi, je suis plutôt trouillarde. J’ai toujours eu peur du noir. Apparemment il traîne dans les rues, un couteau sous les doigts, pour manger à sa faim, tuer à sa guise, et goûter à tous les corps qu’il trouve alléchants. Je ne suis pas raciste mais j’ai encore le droit de choisir quelle couleur je préfère.

Moi je prends du plaisir à contempler les belles choses, mais j’ai le droit de détourner mon regard de ce qui me fait du mal. L’homosexualité par exemple. Ça me retourne le ventre jusqu’à me filer la nausée, mais j’ai appris à être courtoise, et à ne pas dire « j’aime pas » mais plutôt « cette maladie n’est pas à mon goût ».

Aussi, je ne me réjouis pas de la vue des personnes sans domicile fixe. Si la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, alors je demande à ce qu’ils soient écartés de mon chemin pour ne plus avoir à subir cette odeur insupportable qu’ils promènent avec eux.

Heureusement, j’ai le droit de m’adonner librement à mes loisirs, et de prendre un peu de plaisir à mon tour. Alors, parfois, lorsque je passe devant l’un de ces mendiants qui m’a causé du tord, je donne un petit coup de pied dans le gobelet qui lui sert de compte en banque. Le déchet et les trois pièces qu’il contient s’étalent sur le sol, presque déjà sous ma chaussure. Et, bien entendu, le clochard n’est pas le seul à aimer l’argent. Mais moi, je suis française, je ne vole pas. Même s’ils sont sur une propriété publique, je lui laisse les soixante centimes.

Moi, mère de famille, je me suis faite agressée deux fois par un étranger. J’ai donc le droit de succomber au principe d’induction, et de certifier à mes enfants que tous les étrangers sont dangereux.

Si j’étais un père, j’aurais le droit d’aimer mon enfant et de me soucier de son plaisir, et mon enfant, quant à lui, aurait le droit d’aimer jouer avec ce qu’il y a entre mes jambes.

Moi, grâce à l’éloge de la différence, j’ai le droit d’avoir mon propre humour. Et moi, ce qui m’amuse le plus, c’est la graisse abdominale de mon collègues, le nez tordu de ma voisine et la démarche atypique des handicapés.

Si j’étais un homme, j’aurais le droit d’être sensible aux traditions, fidèle à mes racines et nostalgique d’un temps que je n’ai presque pas connu. J’aurais donc le droit de laisser une emprunte sur la joue de ma femme si elle osait prendre la parole.

Mais moi je suis une femme, consciente des injustices dont on a hérité, et désireuse d’atteindre enfin l’égalité des sexes. J’ai donc le droit d’être contradictoire dans mes convictions, et de vouloir inverser les rôles en souhaitant que les hommes, tous idiots et machos de naissance, subissent ce que les femmes ont subi.


Moi, puisque je ne sais pas être humaine, je me suis emparée du droit d’être un monstre.

PRIX

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Mona Ressac  Commentaire de l'auteur · il y a
Ce texte déforme tous les droits humains avec horreur. Ainsi que le montrent clairement la première et dernière phrase, il s'agit de points de vue horribles, inhumains et monstrueux QUE JE NE CAUTIONNE EN AUCUN CAS, et c'est bien pour cela que j'ai voulu les dénoncer !
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RAC · il y a
Un texte qui interpelle ; un sujet traité avec un certain recul, très pertinent, compliments !
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Mona Ressac · il y a
Merci beaucoup pour votre commentaire !
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RAC · il y a
Je vous en prie, c'est mon point de vue et je me le partage avec moi-même ! LOL ! A bientôt chez vous ou chez moi...
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CHEUCHE · il y a
https://www.youtube.com/watch?v=5QwfC6FBXV8
A tout moment la rue ! En live c'est mieux ! A écouter en lisant mon texte bien sûr !!!!

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CHEUCHE · il y a
Beau texte et beaux commentaires. N'hésitez pas à lire mon texte Humanités (auteur CHEUCHE) en écoutant la chanson de Romain Humeau (Eiffel) "à tout moment la rue". Des espoirs avides et des rêves capables…..sans obligation. Exister, pour vivre libre et en paix. A diffuser largement !!!!
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Mona Ressac · il y a
Merci ! c'est avec plaisir que je viendrai lire votre texte, dès que j'ai un peu de temps :)
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Lélie de Lancey · il y a
Moi j'ai le droit... Une originale façon de dénoncer tant de choses. Belle idée, belle écriture.
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Mona Ressac · il y a
Merci beaucoup pour votre lecture et votre aimable commentaire !!!
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Pherton Casimir · il y a
Bravo... Bonne chance à vous ! Toutes mes voix !
Je vous invite à me supporter https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/friendzone Friendzone, une très belle histoire.
Merci !

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Mona Ressac · il y a
Merci !! Je viendrai lire votre histoire avec plaisir !
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François Duvernois · il y a
Déstabilisant, original et au final décapant. Toutes mes voix.
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Mona Ressac · il y a
Merci beaucoup François, ça me touche beaucoup !
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François Duvernois · il y a
Mais de rien ! Si le cœur vous en dit et si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir "Chanter, c'est respirer". Bonne soirée.
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Mona Ressac · il y a
Volontiers, je vais aller découvrir votre texte de ce pas !
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Fred Panassac · il y a
Eh bien moi...moi je trouve que vous n’aviez pas besoin de mettre d’avertissement et que votre texte est bien clair : un plaidoyer par l’absurde, pour les véritables droits. En même temps vous rappelez ironiquement que certains pensent ainsi au premier degré, et parfois ce n’est pas inutile à rappeler, dans un monde que l’on serait tenté d’idéaliser en estimant que de telles opinions auraient été éradiquées. Or on est encore loin du compte.
P.S. Il n’y a pas plus déplaisant que cette phrase « moi j’ai le droit » que l’on entend souvent pour justifier ceci ou cela : le titre annonce bien la couleur, on ne peut s’attendre à de bien belles choses.

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Mona Ressac · il y a
Merci beaucoup pour votre commentaire ! Je suis rassurée et ravie de voir que vous ayez interprété mon texte exactement comme je l'ai pensé en l'écrivant ! Comme vous dites, beaucoup pensent au premier degré, à tel que point que ça peut nous sembler absurde voire impensable, alors que c'est malheureusement bien réel ! Et oui, la phrase "moi j'ai le droit" est d'une part très égoïste, et permet bien trop souvent de justifier les choses les plus horribles sans ne jamais se remettre en question ! Merci encore pour votre lucidité ! Bonne journée !
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Adibro · il y a
J'adore!!! Au début, j'ai été surpris puis petit à petit, je me suis dit : "Je vois où elle veut en venir et c'est très malin" ;), déboncer tout ça avec du second degré, c'est très bien joué, ça montre qu'être un "monstre" est d'autant plus ridicule
Super Mona ;)

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Mona Ressac · il y a
Merci !! ça me fait très plaisir que tu aies compris ce que j'ai cherché à dénoncer !! Exactement, comme tu dis !! Très bien vu :)
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Adibro · il y a
Ça me paraissait bizarre qu'un texte aussi méchant au pemrier degré est autant de lecteurs et ça s'est avéré justifier :)
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Mona Ressac · il y a
Merci d'avoir dépassé les premières apparences ! je suis rassurée, car je voulais démontrer que tous ces crimes (moquerie, racisme, sexisme, etc) sont l'opposé absolu des droits de l'homme !
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Adibro · il y a
Moi je trouve que c'est très clair puis même si ce n'est pas clair, la conclusion nous montre ce que tu veux dénoncer
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MCV · il y a
Mais où donc voulez-vous en venir?
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Mona Ressac · il y a
le texte essaye de démontrer toutes les horreurs que certaines personnes peuvent faire ou penser. C'est une sorte de dystopie
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MCV · il y a
Etrange démarche. En tous cas la lecture laisse le champ libre à bien des interprétations...
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Mona Ressac · il y a
quelles interprétations? Honnêtement je vous avoue ne pas comprendre, la critique me parait plus qu'évidente! le parle quand même de racisme, d'homophobie, de sexisme, de pédophilie, de meurtre, et même d'inceste. pensez-vous réellement que je considère que cela sont des droits humains? Pour démontrer que tout cela est l'opposé même de l'humanité et de ses droits, j'ai volontairement écrit "puisque je ne sais pas être humaine, je me suis EMPAREE du droit d'être un monstre"
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MCV · il y a
Je ne parle pas, bien sûr, de ce que VOUS, en tant qu'auteur, pensez. Mais de ce que votre texte suggère (ou ne suggère pas).
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Mona Ressac · il y a
D'accord merci pour cette réponse qui me rassure un peu.
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