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Charieau

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Sous la lampe du salon, à l'abri des regards, elle parcourut le billet qui était tombé de la poche de Justin. Les phrases étaient courtes mais très explicites, et ne laissaient aucun doute quant à la destinataire et la rencontre qui devait se faire. Le visage blanc de déception, elle inspira fortement pour contraindre son cœur et ses poumons à respirer. Elle releva la tête et fixa froidement la lampe dont le verre poli, donnait à la pièce un ton orangé. Elle fit passer ses doigts sous les franges de perles et leur imposa une danse disgracieuse et désordonnée. Le cliquetis des perles se heurtant les une aux autres lui extirpa un sourire, comme si elle avait eu entre ses mains, le cœur de Justin. Ne s'étaient-ils pas promis fidélité ?
La soirée battait son plein, les invités et leurs rires agaçants se glissèrent sous la porte et envahirent le salon brutalement ; Elle trouva tout cela soudainement grotesque. Quelques larmes de rage et de désillusion gonflèrent ses joues et ses yeux, mais elle les réprima d'un revers de main et d'un sourire sarcastique.
Elle se leva, s'admira dans le miroir, tamponna doucement ses yeux humides, redonna de la prestance à son chignon, puis regagna ses hôtes.
Elle chercha Justin des yeux et le découvrit en pleine discussion près du bar, elle le contempla un instant et se rappela pourquoi elle l'avait épousé. Pour son charme fou bien sûr, pour son élégance naturelle, pour son intelligence aiguisée aussi. N'avait-il pas séduit ses parents par ses belles paroles ? N'avait-il pas conquis son âme et ses réticences par quelques mots justes et bien placés ? Comme elle se sentait ridicule, naïve, et bien attachée à tant de choses futiles. Blessée au plus profond d'elle-même, elle se mit en quête de Cécile, cette femme pour laquelle son époux foulait au pied leur mariage. Cette dernière était, Dame funeste joua en sa faveur, assise seule sur l'un des divans, un peu à l'écart des autres. Promptement, elle marcha droite et fière jusqu'à elle, le billet bien serré dans sa paume. «  Ma douce Cécile » lui dit-elle animée d'une joie indescriptible, laissant sa rivale étonnée. « Voici pour vous un billet qui j'en suis sûre, vous fera grand plaisir » conclut-elle glissant prestement le message dans la main de la pauvre jeune femme interdite. Puis, pour ne rien perdre de son effet, elle l'abandonna incontinent, enlevant au passage un des invités et l'entraîna dans une valse piquée de satisfaction. Et tandis que les lustres tournoyaient sur la musique enjouée de l'orchestre, par-dessus l'épaule de son partenaire, elle vit Cécile livrée à une honte larmoyante. Elle se mit alors à rire, elle tenait-là, sa vengeance.
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JLK · il y a
Plus tard, elle pourra chanter :
Ma pauvre Cécile,
J'ai soixante-quinze ans.
Justin et ses frasques,
C'est loin à présent.
On a de l'arthrose,
Et je ne t'en veux plus
C'était autre chose
Quand j'étais cocue...

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Ginette Vijaya · il y a
Tout-à- fait dans le ton des liaisons dangereuses !
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Charieau · il y a
c'est exactement ça
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Agnès BERGER · il y a
Une vengeance bien menée. Beau texte,, qui décrit bien les sentiments de cette pauvre femme bafouée.
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Charieau · il y a
Elle tient sa revanche, elle a coupé l'herbe sous les pieds de son mari. Quelle jubilation! merci pour votre passage.
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Joël Riou · il y a
Une vengeance au goût amer cependant !
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Charieau · il y a
Amer certes, mais elle s'en remettra.
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