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Mission sauvetage !

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Sylvie Vannucchi

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8 heures pétantes, chapeau cloche vissé sur la tête, Madeleine est prête. Caddie à roulette, plan du RER, adresse, tout est vérifié. Depuis hier, elle tourne en rond, s'impatiente, enfin le grand jour. Dernier regard sur son étagère, dernier tour de clefs, c'est parti. Madeleine, mémé Madeleine pour les gens du quartier, file sur le trottoir direction la gare RER de St Germain-en-Laye. Madeleine pétille, oubliés ses 74 ans, aujourd'hui elle en a 15, le cœur battant et l'âme aventureuse.

Premier obstacle : les escalators. Impossible de descendre les escaliers avec son chariot, elle n'a pas le choix. Grande respiration, concentration, attendre le bon moment pour poser son pied, Mémé spécule, agrippe son caddie d'une main, la rampe de l'autre et s'élance dans le vide défiant la gravité... Gagné ! Enfin la terre ferme ! Madeleine jubile !

Elle se coince dans la file d'attente du guichet un peu intimidée.

- Bonjour Madame, un aller-retour pour Gif-sur-Yvette, s'il vous plait.

- Ah mais ce n'est pas la porte à coté, descendez à Châtelet-les-Halles ensuite RER B. Passez du côté des poussettes je vais vous ouvrir la porte ça sera plus facile pour vous avec votre chariot.

- Merci, vous êtes bien gentille, bonne journée !

Madeleine est sur le quai. Elle repense aux conseils de M. Ramirez, son gardien d'immeuble, quand elle lui avait demandé s'il avait un plan de Paris à lui prêter.

- Attention, Madame Madeleine, Paris c'est la jungle, c'est pas fait pour les vieilles dames, c'est racaille et compagnie. Des jeunes à capuches qui vous bousculent, des mendiants à tous les coins... et puis votre sac faudra vous l'attacher, parait qu'ils vous l'arrachent en deux secondes.

Madeleine avait hoché la tête pour lui faire plaisir.

- Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas pour moi c'est pour mon petit-fils.
Pas question que ce curieux vienne fourrer son nez dans ses affaires !

Elle monte dans le RER, s'assoit sur un strapontin près de la porte, plus commode avec sa carriole, direction Châtelet-les-Halles. Des semaines que Madeleine prépare son plan scrupuleusement, depuis sa rencontre avec Guylain Vignolles, un samedi de Février à la "Résidence les glycines". Il était venu faire une lecture à la demande des sœurs Monique et Josette Delacôte. Madeleine avait avalé chacun de ses mots, à s'en remplir la tête de souvenirs. Elle l'avait abordé avant son départ, comme une midinette à la sortie d'un concert. Elle voulait en apprendre plus sur la provenance de ses textes, ses pages arrachées porteuses de sentiments. Guylain l'avait écoutée et comprise. Il ne s'était pas mis à rire comme les autres quand elle lui avait parlé de sa collection, au contraire, il l'avait prise à part lui glissant un petit mot en mimant le silence d'un doigt sur sa bouche.

- Madeleine, si vous savez rester discrète alors nous pourrons faire affaire tous les deux.

C'est à ce moment précis que tout avait commencé...

Dédales de couloirs, fourmilière humaine, Châtelet-les-Halles. Ça grouille, s'agite, chassé-croisé de touristes, travailleurs, familles, jeunes... multitudes de couleurs, d'odeurs, de parfums... en tout cas rien qui s'apparente à la jungle décrite par son gardien. Non. Juste la vie. Ensemble.

Madeleine tire son chariot sur les pavés noirs et brillants, cherche son chemin sur les panneaux... un vrai labyrinthe, une épreuve d'orientation à la manière de "Koh-Lanta". Son petit-fils Adrien, en est fan, elle regarde souvent avec lui le vendredi soir quand ses parents sont de sortie. S'il la voyait aujourd'hui affronter la foule, il serait bien surpris. Direction RER B, elle vient de localiser la pancarte. Elle approche du but.
Encore des escalators mais Madeleine les enchaine avec fierté. Elle repère Gif-sur-Yvette sur le panneau éclairé ! Elle sautille d'impatience comme une gamine en attendant le RER. Elle s'engouffre dans la rame, entrainée par le flot des voyageurs pressés. Elle jette un coup d'œil vers les places assises mais tout est pris. Elle s'agrippe à la barre, son caddie coincé près d'elle. Une femme l'interpelle et lui propose sa place. Madeleine s'assoie. Près d'elle, une jeune femme à la peau caramel et au parfum épicé. Elle ferme les yeux, embarque en direction d'une île paradisiaque où la mer turquoise vous lèche les orteils... Elle qui n'a jamais quitté son modeste appartement, se sent tellement différente aujourd'hui, si chanceuse d'avoir croisé le chemin de Guylain... Elle se sent vivante comme jamais !

Au prochain arrêt "Gif-sur-Yvette". Madeleine ne tient plus en place, elle agrippe sa charrette et se prépare à bondir de la rame dès l'ouverture de la porte.
Enfin arrivée ! Elle découvre avec plaisir une petite gare de province. Elle sort son plan, passage du Moulin c'est là qu'elle a rendez-vous, elle suit scrupuleusement l'itinéraire.

Elle est en place, l'impasse est déserte, elle a bien vérifié, aucune caméra de surveillance, pour l'instant tout se déroule à merveille.
Au loin elle aperçoit un homme, un géant au visage taillé au couteau, le teint mat, de larges épaules. Madeleine frémit, son cœur bat la chamade.

- Madeleine GRINSEC ?

- Aldo CANTONI ?

L'homme lui remet le carton, elle le range prestement dans sa carriole, tout en vérifiant que personne n'est témoin de leur échange. L'homme s'éloigne sans un mot.
Elle attend quelques minutes avant de repartir que son cœur se calme, puis détale avec son caddie, direction la maison.

Le retour est plus rapide, Châtelet lui semble plus familier, elle pense bien à baisser la tête pour éviter d'être repérer par les caméras de la gare, au cas où, Guylain lui a précisé de faire attention.

Au prochain arrêt "Saint-Germain-en-Laye" !

Elle referme la porte de son appartement. Impatiente, elle ne retire même pas son manteau pour déballer son carton. Ils sont là, les quinze livres soigneusement emballés, flambants neufs destinés à un déchiquetage meurtrier à l'usine de recyclage PAPREC, les quinze premiers ouvrages de la collection HARLEQUIN.

Madeleine a réussi son opération sauvetage de haut vol !

PRIX

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Arlo · il y a
Excellent récit fort bien construit. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir son poème "j'avais l'soleil au fond des yeux" en finale de la matinale en cavale. Bonne chance à vous.http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux
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Pascal Depresle · il y a
Ce n'est pas sans me rappeler un film dont je n'arrive pas à retrouver le nom ... Bien écrit. Je vote. Aimerez vous 7h24, Tropique, L'invitation ou toute autre chose de mon univers ?
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Partner · il y a
Pour elle, le résumé du dernier best seller de la collection, vous ne trouverez pas ça sur Short, c'est sûr.

Vicious. Le nom qu’il s’est choisi parle de lui-même. C’est un homme froid, cruel… et immensément riche. Ce qui veut dire qu’il a le monde à ses pieds. Millie ne fera plus jamais l’erreur qu’elle a commise dix ans plus tôt, quand elle a cru qu’elle pouvait se mesurer à lui, répondre à ses provocations, lui rendre coup pour coup. Ils n’étaient que deux adolescents, et pourtant il a détruit sa vie, l’a forcée à l’exil, loin de sa famille et de tout ce qu’elle connaissait. Alors, le soir où il surgit dans le bar de Manhattan où elle travaille à présent, adulte, plus beau et plus… dangereux que jamais, Millie sait qu’il n’y a qu’une solution : fuir. Mais elle ne se fait pas d’illusions, si Vicious est venu la chercher, rien ne l’arrêtera. Une menace autant qu’une promesse…...

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