Mise en jambe

il y a
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Et voilà le travail ! Excellentes lectures autour d’un thème qui, au-delà de m’inspirer énormément, parlera au plus grand nombre. Je profite de cette page pour remercier toutes celles et  [+]

Je pourrais rester là des heures, tranquille, dans cet univers intemporel coupé des chiffres et des mots. Quel calme... De nos jours, comment imaginer qu’il puisse encore exister de tels endroits ? Les gens parlent tellement... Ici, loin des discussions stériles, des mascarades et du brouhaha ambiant, je viens me ressourcer, seul. Enfin, seul.

A travers mes paupières mi-closes, je visualise la photo, absolument parfaite. Une vraie photo de carte postale : au zénith, la lumière crue inonde le banc de sable. Et moi, je suis assis bien confortablement sur ce banc ivoire, les mains plaquées sur les oreilles, pareilles à des coquillages de chair à l’intérieur desquels la mer balance. Je me laisse bercer par le clapotis des vagues sur les rochers, fouetter par l’iode des embruns. Ça sent aussi les huîtres... Pas vraiment de la dernière fraîcheur, du reste. Mon esprit ne cesse de vagabonder, impossible de le retenir, je ne suis plus là. Tiens ? Voilà qu’un petit zef se met à exhaler ce parfum que je reconnaîtrais entre mille : l’immortelle du Cap Fréhel.
Comment dire... Bien. Oui, c’est le mot : ici, je suis bien.

Mais brusquement, mon cœur bondit dans ma poitrine et tout s’écroule : les embruns, les huîtres et le Cap Fréhel avec. Un vacarme métallique, causé par un phénomène dont on pense à tort qu’il n’est réservé qu’à la gente féminine, m’arrache à mes pensées : à côté de moi, quelqu’un a glissé sa main dans le dévidoir et fait tourner à toute vitesse le rouleau de papier dans un sens, puis dans l’autre, pour tenter de faire descendre un carré de molleton.
Je me retrouve avachi sur la cuvette émaillée des WC « hommes-handicapés», saucissonné dans mon deux-pièces gris tourterelle, les coudes calés sur les cuisses et la cravate pendante. Le bruit de la chasse d’eau voisine me fait sursauter. Tandis que mes semelles s’ancrent dans le carrelage ivoire, je me déroule péniblement, un bourdon géant dans le cerveau et une vilaine odeur d’immortelle imprégnée dans les fibres de mon costume.

C’est affreux. Je dois y retourner et la journée ne fait que commencer.
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JACB · il y a
La chute...est prosaïque !!!!
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M. Iraje · il y a
... Et le vacarme devient assourdissant ... !
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Napoléon Turc · il y a
Bonjour,
Très bon. Et au sain siège, le pape y est ?

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Steph · il y a
« Une odeur d’ immortel » j’ adore, quand à l’ histoire du rouleau papier j’ y pense puisque la, c’ est le moment... heureusement j’ ai mes lingettes. Euh pardon je rabat la lunette je tire la chasse, je laisse la place.... il y n’ a pas de sent bon dans les toilettes public, et parfois des bruits étranges raisonnent heureusement sur mon IPhone, j’ ai short édition...
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Granydu57 · il y a
Surprenant, une lecture captivante qui fait rire... Une écriture avec des odeurs, oui cela sort de l'ordinaire.
Une seconde lecture me fait planter le décor et décrypter les sensations de notre narrateur !!!

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Utilisateur désactivé · il y a
Ah ah ! (c'est pourtant vrai que l'on appelle ça un petit lieu d'aisance. Et on y est bien.)
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RAC · il y a
J'ai mangé mes dernières huîtres du Cap fréhel justement hier soir...et découvre votre texte à l'instant...OUF !
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Chateaubriante · il y a
à l'école, on fume dans les toilettes
au bureau, on y vole quelques précieuses minutes de rêve

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Rafiki · il y a
Une chute plutôt inattendue et un changement brutal de décor... Un petit texte relaxant au début et drôle à la fin.
Une invitation pour "L'ocre de la terre" si vous avez le temps. Joyeuses fêtes