Miracle

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Une pensée à la fois, mais tout au long de la journée, le reste des mots revient au silence à dire ou écrire. Sorte de moteur de vie pour exister autrement  [+]

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Les sœurs rougeole et varicelle sont de pauvres petites innocentes donnant de la fièvre et des boutons à gratter. Bon, d’accord, ce n’est pas de leurs fautes.

On ne gagnait rien d’autre à les fréquenter que de rester au lit, la tête dans le polochon à lire des BD comme Zembla, le fils caché de Tarzan.

Le Fantôme du Bengale avec son collant rouge et sa bague tête de mort, marquant à jamais les méchants qu’il punit de son poing vengeur, les premières aventures de Tintin et d’autres illustrés qui sommeillaient dans un vieux coffre le reste du temps.

Ou alors, à comptabiliser comme un imbécile heureux tous les défauts du lambris du plafond.

A attendre, comme l’araignée, sans bouger un cil, la dingue de mouche revenant de pondre ses futurs asticots dans les tripes encore chaudes du dernier lapin, se faire prendre au piège dans la toile gluante.

A écouter, les tympans coquillages bourdonner, comme s’ils étaient emplis d’eau de mer après le passage du rouleau qui entraîne au large, à fermer les yeux pour sentir la respiration du corps qui monte et qui descend, la pompe actionnée 24 heures sur 24 heures par les lutins spécialisés du coeur qui ne dorment jamais, contrairement aux autres, ceux des doigts des mains et des pieds et tout ce qui devient mou lorsqu’on part au pays des songes.

Les songes, j’avais regardé dans le dictionnaire, le petit Larousse : esprit songeur. Lorsque je dormais, je volais ou je rêvais, je ne réfléchissais pas ou alors ce n’est plus moi qui commandais ma maison.

Grand-père m’avait dit que les cheveux poussaient d’un centimètre et demi par mois, ce qui expliquait le travail intense du coiffeur, mais pas les épis et les mèches rebelles, des lutins jardiniers myopes devaient biner mon champ du cuir chevelu tout de travers.

Oui, vraiment malade, on peut entendre pousser ses cheveux, mais, il ne fallait le dire à personne, car, on ne coupait pas au diagnostic implacable, la fièvre qui rend fou et qui fait dire n’importe quoi, résultat, la fusée-suppositoire arrivait à vitesse grand V.

A écouter, sur mes tympans, les coquillages bourdonner, comme s’ils étaient emplis d’eau de mer après le passage du rouleau qui les entraînent au large, à fermer les yeux pour sentir la respiration du corps qui monte et qui descend, la pompe actionnée 24 heures sur 24 heures par les lutins spécialisés du coeur qui ne dorment jamais, contrairement aux autres, ceux des doigts des mains et des pieds et tout ce qui devient mou lorsqu’on part au pays des songes.

Vraiment malade, car, on ne coupait pas au diagnostic implacable, la fièvre qui rend fou et qui fait dire n’importe quoi, un rhume de l’hiver insidieux avec ses eaux qui n’en sont pas réellement. Pas de quoi en faire une montagne.

Mais, impossible de me lever, de parler, Madame la Toux avait fauché mes cordes vocales et me voilà, donc, au lit. Clouté, trempé de fièvre.
Le Père Aspro, le lait chaud sucré et les autres sirops ne me faisaient aucun effet, pas plus que le gant de toilette mouillé et froid sur mon front, appliqué par ma grand-mère toutes les deux heures.

La solution ultime était l’infâme Suppo, issu des forges de Satan.

J’ai vu, dans une state d’agonisant, surgir d’une boite paraffinée, un bout pointu, l’autre carré.

De derrière, on ne distingue rien, mais, on sent à venir une étincelle, une explosion nucléaire, un truc dans les intestins qui explose, qui se dissout dans son corps en des myriades d’enzymes féroces.

Je serrais les fesses à tour de bras en criant.

Trop tard, l’engin était dans mes entrailles.

Le lendemain.

Le soleil était revenu.

Un miracle.
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