Minuit à sonné

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C'est comme si l'absence de couleur permettait aux détails de se manifester. Pourquoi le pingouins et les manchots sont-ils noir et blanc ? La réponse est quelques part cherche la  [+]

Il fait nuit, la lune brille dans le ciel, les arbres bruissent doucement sous le vent, je peux sentir l'air frais glisser sur mes bras nus.
J'ai mis mon pantalon noir, ma casquette marron, et mon t-shirt gris décoloré à la javel, à cause des taches.
Voilà une semaine que chaque soir je me rends à l'orée de la forêt, vêtu de la même tenue. Je sais que ça peut paraître étrange mais je viens me cacher ici, derrière ces trois grands arbres dont les courbes parfaites dissimulent aisément un homme. Car chaque soir, à la même heure, il y a cette même fille, magnifique, blonde aux reflets dorés, gracieuse, aux formes harmonieuses, une petite poitrine arrondie avec un regard profond et envoûtant, sublimé par la couleur marron de ses iris.
Et chaque soir, à la fin de son jogging quotidien, elle vient s’asseoir sur le banc juste devant la falaise, en face des trois grands arbres d'où je l'observe se perdre dans ses pensées.
Je n'ai toujours pas réussi à m'approcher d'elle.
Elle est tellement belle et à l'air si intelligente, j'ai peur qu'elle ne me trouve répugnant à la découverte de mon allure de clochard.
C'est ce qu'elles disent toutes !
Je pourrais l'attendre sur le banc mais elle n'a sûrement pas envie de s'asseoir à côté de moi, je crains de lui gâcher son moment. Alors je reste là, caché, ému par une telle beauté si prés de moi.
Soudain, un craquement m'extirpa de mes pensées.
Qui est là ? Je me suis fait repérer, quelqu'un approche !
Les lilas derrière moi se mirent à frémir, et un chat noir en sorti tout ébouriffé.
Quelle frousse !
C'est le chat de la vieille dame qui habite la petite maison derrière, à quelques pas d'ici.
Elle est morte la semaine dernière, personne n'a encore découvert son corps. Alors, quand la jeune blonde sur le banc s'en va, je viens m'occuper de son chat. J'aurais pu le prendre chez moi mais quand ils auraient trouvé le corps ils se seraient demandé où est le chat.
Cela doit faire maintenant une bonne heure qu'elle est assise sur le banc.
Je la vois qui commence à se lever pour partir.
C'est sûrement le meilleur soir pour agir, je me sens prêt.
De plus, si je me débrouille bien et que je traverse rapidement les bois, je devrais arriver à temps pour la croiser sur le chemin du haut, celui qu'elle emprunte pour rentrer chez elle.
Je cours le plus vite possible à travers les bois et déboule sur le chemin du haut pile au moment où elle passe. Je me retrouve juste derrière elle.
Elle n'a pas dû m'entendre, elle a ses écouteurs dans les oreilles.
Alors je m'approche discrètement pour ne pas l’effrayer, c'est excitant d'en être aussi près.
Elle sent si bon ! Une fraîche odeur de savon émane d'elle, comme lorsque l'on sort de la douche. Le jasmin a toujours été mon parfum préféré.
Je sens l'adrénaline monter, j'attrape son cou, si fin et si fragile entre mes mains épaisses et raides. Elle tente de s'accrocher, faisant remonter ses bras le long des miens. De petits sons étouffés sortent, tant bien que mal, de sa gorge. Elle essaye de dire quelque chose, alors je lui susurre à l'oreille : « N'aies pas peur ! Je suis là ! Laisse toi aller, tu verras, c'est si bon. ».
C'est sans doutes grotesque mais, c'est comme si je l'avais rassurée.
L'ensemble de ses muscles se relâchèrent et elle pesa de tout son poids contre moi. Je m'assois lentement sur le sol, son corps contre le mien, sa tête contre mon torse, et je sens, au creux de mon cou, sa respiration haletante, aussi légère soit-elle.
Son corps tout chaud contre le mien, l'envie, l'excitation, l'euphorie, se bousculent, je perds pieds. C'est exaltant ! Mon corps n'est plus contrôlé ! Je me lève brusquement, la tête blonde heurte le sol. J'attrape le canif dans la poche arrière de mon pantalon, et d'un coup sec, le plante dans son ventre, sa chair est tendre comme du beurre. La sensation est si forte que je recommence, encore et encore. Le contrôle m'échappe, je ne sais plus ce que fais, où je suis. La chair tendre et claire se déchire sous ma lame qui rencontre le délicat de sa peau, bronzée et tendue. Mes gestes s'accélèrent, le souffle court, la chaleur m'envahit, le spectacle de sa peau qui se déchire avec précision sous ma lame, m'hypnotise, et je m'épuise au fil des coups de couteaux.
C'est tellement puissant, d'une beauté sanglante que le couteau glisse sur le bitume imbibé de sang.
Cette sensation de bien être, au coeur de l'épuisement me saisit. C'est la première fois que c'est aussi exaltant. Même la semaine dernière, quand cette vielle dame s'est lentement éteinte sous cette même lame, la sensation n'avait rien de comparable à ce soir. Le corps était plus raide, moins délicat et moins beau que celui-ci. Et puis elle sentait le caramel... pas le jasmin.
Assis à côté du corps sans vie, le t-shirt maculé de sang et tout transpirant, je l'observe, elle est encore plus belle que dans mes rêves.
Il commence à être tard je devrais aller nourrir le chat.
Est ce qu'il me reste de la javel ?
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