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Migrators

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Chasseur dans l’âme, Frank se remémore son dernier carnage, rictus sardonique à l’appui. C’était l’année précédente à la même époque. Comme à l’accoutumée, il était venu, avec son casse-croûte, son fusil et ce qu’il faut de munitions pour contenter son commanditaire, le restaurant « La Vênerie ». De son côté, ce commanditaire se montrait toujours exigeant car il devait satisfaire tous les anciens combattants de la région à l’occasion de leur banquet annuel. Frank s’était assis sur son pliant, un avant-bras sur la cuisse et l’autre assurant les rotations de bouffées sur les clopes qu’il enchaînait les unes après les autres. Après cette phase de concentration, il avait méticuleusement essuyé le fusil à pompe avant de le charger minutieusement et loger les cartouches de réserve dans son ceinturon de treillis. Il s’était ensuite savamment positionné sur ses appuis. La position optimale, il l’avait travaillée et il se savait capable de la tenir des heures.

Connaissant par cœur la trajectoire hivernale des oiseaux migrateurs, il lui avait suffi d’attendre l’instant fatidique sur ce pas de tir qui n’appartenait qu’à lui, à l’orée du bois des Bouillants, à proximité de la berge nord du marécage dit de « La Crapaudière ». Le signal, il l’avait eu la veille, d’expérience, en observant le comportement de la faune alentour, en particulier les mouvements désordonnés des espèces volatiles des Bouillants. Le jour j, le soleil était radieux et le ciel d’un azur profond, comme celui produit par les premières belles matinées de la fin février. Quand la masse migratrice a pris son envol dans sa classique formation en V, Frank était en joue. Il a machinalement mitraillé les salves de poudre les yeux mi-clos, appuyant nerveusement sur la gâchette comme si sa vie en dépendait. Brutalement, il a cessé le feu mais le vacarme du massacre des oies cendrées s’est poursuivi quelques minutes encore. Le butin avait été à la hauteur de ses espérances et il se souvient de la joie procurée, joie renforcée par les félicitations du restaurateur.

Si ce jour Frank revient sur le lieu de ses exploits, c’est pour le repérage habituel. Pourtant, cette année, la météo est moins favorable et un épais brouillard mange le paysage pour lui donner l’allure lugubre des forêts hantées par les génies du mal. Frank n’en a cure, il connaît le lieu par cœur et y a toujours joué celui du prédateur. Ce n’est pas la vouivre légendaire pouvant surgir du marécage qui l’inquiète mais ce manque de tenace de visibilité. Pour la première fois en vingt ans, sa chasse miraculeuse risque d’échouer. Tous les animaux semblent tapis dans leur ombre et aucun indice n’annonce la migration des oies. Le seul bruit audible est celui du frémissement des feuilles sous ses pas déterminés. Il ne reste plus que trois jours avant le banquet et cette purée de pois pourrait tout faire annuler. Sur le coup des onze heures, le brouillard fait place à une brume plus légère presque vaporeuse. De toute façon, le chasseur croit en son étoile. Et son étoile, c’est l’astre solaire, astre de confiance lui ayant toujours donné la lumière et le coup de pouce dont il avait besoin. De repérage à carnage, il n’y a qu’un pas, un pas qu’il est prêt à franchir. Sous la pression de l’échéance, il est venu armé jusqu’aux dents et déterminé comme jamais.

12h30. La brume se fait encore plus légère et le disque solaire fait timidement une pâle apparition. Frank est prêt à en découdre, il commence ses gestes rituels même si aucun signe avant coureur ne lui est transmis. Il dépose son barda, s’assied sur son pliant, sort son paquet de brunes et grille sa première cigarette en effectuant les moulinets de bras dont il a le secret. Soudain, le ciel s’assombrit et un nuage surprend Frank sur ses arrières, en traître. Il se retourne et ce qu’il pense distinguer est effarant. Si les lieux avaient une magie, il aurait bien imaginé des carpes volantes s’extirpant des marécages avec des crapauds sur le dos ou des chauves-souris géantes dirigées par des hiboux à lunettes. S’il est pris d’une hallucination, il n’en aime pas le présage : il a au dessus de lui une formation pléthorique d’oies sauvages en position stationnaire, formation rappelant plus la vengeance que la fuite à tire d’ailes. Le plus stupéfiant est que l’une d’elle prend voix humaine, et qu’au lieu de cacarder, le nuage de migrateurs semble attendre les ordres de cette meneuse :
« Mouillage des tectrices, glandes uropygiennes prête à l’injection de mélanine. Rectrices pointées vers la cible, rémiges à trente battements minute. Feu à volonté !!!! »

Le regard médusé de Frank ne freinera pas ce vol de plumes fendant la brume. Décochées dans sa direction comme des flèches, elles viennent se planter dans son corps et le percent comme une outre. Gavées d’une encre noire qui se mêle au sang jaillissant des multiples geysers formés sur son ventre, elles vont l’empoisonner dans un bain luciférien. Avant de le laisser à sa pitoyable agonie, la meneuse va battre le rappel puis envoyer sa propre plume afin de revendiquer le geste de son escadron sur le front du malheureux : « Migrators ».

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Lalili · il y a
Magnifique fantasmagorie pour cette expédition plumitive !
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Brennou · il y a
Un peu tard, mais... le fusil à pompe est autorisé à la chasse. Quant au paquet de brunes avant de tirer, il plus problématique, la chute d'autant d'oies aussi ! Et les plumes assassines, quelle aubaine pour les militaires ! ! !
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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Pac · il y a
J'aime cette idée mais j'ai d'autres projets en ce moment. Bonne chance!
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Richard Laurence · il y a
Merci ! Bonne chance à vous dans vos projets...
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Pac · il y a
Merci
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JHA · il y a
Très bien, je n´aime pas la chasse, bien écrite la nouvelle
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Didier Caille · il y a
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...

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Pac · il y a
Merci et merci pour la proposition...
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Pascal Depresle · il y a
Finalement tel est pris qui croyait prendre. Certes au fusil à pompe, c'était inévitable, sinon par la gendarmerie. Mes voix. Peut-être aimerez vous "L'héroïne" "Tata Marcelle" ou "Le Grandpé".
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Pac · il y a
Merci, je vote Tata Marcelle et les taiseux mystérieux
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Pascal Depresle · il y a
Un grand merci
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Coraline Parmentier · il y a
Joli écrit , vous avez mes voix et mes sincères encouragements !
Si mon royaume embrumé vous intéresse pour continuer votre voyage, c'est par ici... (au cas où vous ne l'auriez pas lu)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Pac · il y a
Merci
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Abi Allano · il y a
Un bon texte, toutefois je confirme les doutes de Patrick...je vous déconseille franchement le fusil à pompe pour ce type de gibier. (-:
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Pac · il y a
Merci et j'ai répondu à Patrick qu'il avait raison de douter.
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Patrick Peronne · il y a
Un très bon texte qui garde le lecteur en haleine du début à la fin de ce récit maîtrisé et prenant. Si vous m'y autorisez, deux questions : je ne suis pas chasseur donc la présence d'un fusil à pompe (légal ?) m'intrigue... et le chasseur, pour ne pas attirer l'attention, peut-il se permettre de griller des brunes ?. En attendant, bravo et mon vote !
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Pac · il y a
Merci... Effectivement, j'ai appris à chasser avec les inconnus et j'ai l'impression que cela se voit
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