Mieux vaut respirer sous l’eau, même si notre esprit rêve

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La mer d’étoiles semblait encore plus calme cette fois-là. Alors que la plupart fermait leurs yeux pour espérer rejoindre Morphée, je profitais de la sérénade que m’offrait cet endroit. Le bleu de l’eau s’habillait de milles et un reflet, s’apparentant même à quelques endroits à de l’émeraude pur et soyeux. L’arbre sur lequel j’admirais la vue semblait tout chaleureux de ce spectacle. M’enlaçant et dansant doucement au rythme des étoiles filantes qui quittaient la mer, ou bien la rejoignaient.
Des papillons brillants tels des lucioles s’amusaient entre eux et s’effaçaient parfois dans le lointain brouillard de nuages qui entourait cet endroit. On ne distinguait jamais trop loin, et surtout pas l’horizon. La place où je me situais n’était pas très haute, me laissant sentir l’eau accueillir le bas de mes jambes. Après quelques instants supplémentaires à admirer cette ambiance si familière, je me disais qu’il était peut-être temps de se promener un peu.
Je m’agrippai solidement à ce qui se trouvait autour de moi, me rapprochai doucement du bord, pour finalement me hisser pour plonger dans l’eau. Son toucher de satin sur mes joues et tout mon corps me fit sourire bêtement. Distinguant à peine la luminosité de cette scène, le fond marin m’attirait jusqu'à m’aspirer toujours plus profondément, et je le suivais, sans une once d’étonnement. La tête la première j’utilisai mes bras pour faciliter la nage.
Il ne fallut que quelques secondes pour enfin apercevoir à nouveau une luminosité, et d’autant plus claire que celle précédente. Je ressortis de l’eau, à peine essoufflée de cet effort mental. Le paysage s’offrant alors était beaucoup plus verdoyant. Une plaine recouverte de fleurs et de ruisseaux qui rendait cet endroit multicolore et apaisant. Même si l’odeur des fleurs ne me parvenait pas encore, cela restait à améliorer. Mais malgré ça, le sommeil et les rêves étaient devenus depuis peu mon terrain de jeu. Tellement de découvertes quand nos capacités nous le permettaient.

Je passais tranquillement entre les chemins qui se dessinaient, appréciant le soleil s’éparpillant en confettis au point où il n’était possible de le percevoir vraiment. Les couleurs se mêlaient et s’entremêlaient, se confondant à la matière iridescente et fantasmée du rêve. Je m’égarais des chemins et me mis à découvrir d’autres paysages similaires et tous plus féériques les uns que les autres. J’étais d’humeur vagabonde, aventurière ; que peut-il se cacher un peu plus loin dans cet univers ?
Ce n’est qu’au bout de nombreuses enjambées que je remarquai le changement qui s’opérait alors. L’air s’était rafraîchi et le ciel ne semblait plus aussi clair. Le champ avait beau être dégagé, je me sentais chancelante, presque suffocante, comme accablée et encerclée d’un étau se resserrant. Je me rendais compte d’arbres m’entourant sans qu’une transition ne se fasse consciemment. J’avais l’impression d’un sort que lancerait une fée ou même un lutin, je ne serais étonnée de voir un feu follet. Mais je n’avais pas l’habitude de cet état bien trop confusionnel.
C’est alors que j’entendis des voix, entendre, cela peut paraître fou. Mais peut-être étaient-elles déjà présentes depuis un moment, comment ne pas y avoir prêté attention ? Les voix étaient si basses, comme des chuchotements, et ne me semblaient pas avoir de sens. Je ne me sentais pas sereine, et la peur ne semblait plus être très loin. Partir. C’est ce qui me semblait le plus logique, fuir au plus vite. J’espérais en être toujours capable. Imaginer quoi que ce soit pour rejoindre un endroit sûr.
Je me concentrai pour faire apparaître une porte, la première chose qui apparaîtrait dans mon esprit, sans penser à ce à quoi elle pouvait me mener. La précipitation n’était pas mon fort, et passé la porte je ne reconnaissais aucune des choses m’entourant. La porte, fermée, du bois tout autour de moi. Une pièce plutôt grande ressemblant à une entrée et un plafond cathédral amenant la lumière d’une unique fenêtre. C’était calme, je retrouvais mes esprits, et c’était l’essentiel. L’unique porte se trouvait à l’étage, avec un escalier pour y accéder. J’avançai, toujours sur le qui-vive pour ne plus me laisser surprendre.
À la moitié du chemin, j’entendis le bois craquer, tout commençait à se compresser tandis que des morceaux arrivaient déjà sur moi, aussi infimes soient-ils. J’avais beau vouloir courir, mon corps se mouvait à peine, et mon esprit n’arrivait plus à moduler quoi que ce soit malgré ma tentative de faire apparaître une sortie plus proche. Je me sentais happée, ou comme réduite au silence étant indésirable. Une seule solution semblait me venir, forcer mon esprit à changer d’endroit.
Un blanc, ou plutôt un instant sombre, un trou noir, quelques secondes interminables durant lesquelles je ne m’imaginai même plus respirer. Je rouvris les yeux, presque impatiente même si inquiète de ce que pourrait être ce nouvel environnement.
Le même froid qu’auparavant me parcourait l’échine sans que je puisse le décrire ou même le comprendre. Je me retrouvai dans un endroit sans trop de bruit, même si un fond sonore dérangeant semblait se dérouler. Je remarquai une personne de dos, assise sur le sol de dalle, sans rien l’entourant. Je n’arrivais pas à la distinguer bien que ce soit la seule chose se trouvant ici. Fatiguée, je ne voulais pas fuir à nouveau, pas tout de suite.
Sans que je n’y fasse attention, la personne se retrouva plus proche de moi, toujours de dos. Des sentiments étrangers et lourds me parcouraient au plus la personne semblait proche. Je décidai d’approcher, ne pensant rien risquer. Je ne comprenais pas, mais cela ne me semblait pas agressif pour autant. Je me dirigeais peu à peu vers cette personne dont je ne distinguais aucune appartenance, peut-être juste une forme de tristesse.
Lorsque ma main arriva enfin à se poser sur son épaule, sa tête fit volte-face. Aucun visage, la peur me frappa et je fus propulsée sans m’en rendre compte, le noir m’enveloppant. Je compris que ce n’était pas un simple rêve comme je pouvais en avoir l’habitude, non, c’était le rêve d’une autre personne. Ou qui sait, quelque chose d’autre.
En ouvrant les yeux, tout me frappa sans crier garde. Je me retrouvai en pleine mer pendant qu’une tempête faisait rage. Aucun moyen de m’orienter ou de récupérer un semblant de cohérence. L’eau m’étouffait presque tandis que je voyais, non si loin, un navire ayant autant de mal que moi. Toujours lucide, mais perdant mes moyens, la panique commença à accaparer chaque parcelle de mon esprit. Je décidai de faire fi de tout et de plonger plus profondément, n’arrivant pas à refaire définitivement surface.

Des branchies et une queue de sirène poussèrent, me permettant plus facilement de me mouvoir. Je me retrouvai très vite devant des choses qui m’étaient enfin familières. Des vestiges de navires et sous-marins, le corail et les plantes aquatiques les recouvrant. Je pouvais enfin me réfugier dans un endroit où je me sentais à l’abri. Les ombres dont je pouvais sentir avant la présence semblaient s’éloigner au fur et à mesure que j’avançais. Et puis le matin arriva subtilement, le soleil s’était levé il y a peu. Il était enfin l’heure de respirer.
C’était la première fois qu’elle rendait visite à quelqu’un sans permission de franchir le seuil.
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Ozias Eleke · il y a
Excellent. J'ai adoré.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

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DEBA WANDJI · il y a
J'ai sincèrement aimé vous lire!
J'adhère et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Eric diokel Ngom · il y a
Bravo bonne continuation J'ai bcp aimé ..un texte original et bien structuré.. une maîtrise des mots .. un style particulier merci de m'aider à progresser en donnant un commentaire à mon texte je suis nouveau
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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo Sylphus, j'adore votre style! Très beau, vous avez ma voix!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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Utilisateur désactivé · il y a
mes voies
svp votes pour moi !!!

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Jean Calbrix · il y a
Un texte offrant un agréable moment de lecture en même temps qu'une promenade aquatique. Bravo, SylphUs ! Vous avez mes cinq voix.
Je vous invite à lire mon poème : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/la-rose-la-bouteille-et-le-baiser Bonne journée à vous.

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Yanis Auteur · il y a
Mes 5 voix je propose mon histoire en lien pour le concours adolescent
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lhomme-10

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Cyrille Conte · il y a
Bravo, un texte très poétique jouant sur tous les sens. Une peu d'air avant une plongée vers une autre vie.
Je vous propose la lecture de mon récit : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-sale-petit-bruit-de-mort-1
Encore bravo. Mes voix bien entendu.

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Lole · il y a
Joli ! Vous avez mes voix, ainsi que mon soutien ! :)
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Hany · il y a
Un beau moment de lecture ! Mes voix ! Si vous voulez lire mon récit, https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/parfois-on-a-besoin-dun-peu-dair