Miel et confiture de framboises.

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Vagabonde, rêveuse, tricoteuse de mots et d'histoires. Aime les chats, les éléphants, les grands espaces, le thé vert, les tartes au citron. Me suivre : http://www.sellierlielieauteure.f  [+]

Miel et confiture de framboises.



La veille, le dictateur qui régnait sur le pays, avait donné l’ordre de brûler la forêt. Ainsi ses gardes pourraient capturer Leila la magnifique panthère noire jusque-là insaisissable. Il la voulait dans son palais. Durant la nuit, le conseil des vieux sages s’était réuni.

Le lendemain matin, le dictateur El Rundo était en train d’avaler un gargantuesque petit déjeuner. La libellule était affamée, assoiffée. Du miel, de la confiture de framboise, tout ce que j’aime. Dans quel étrange pays luxuriant et triste, venait –elle de se poser ? Elle n’aimait pas le régime alimentaire de ses congénères composé de moustiques, de mouches. On la surnommait l’originale. Elle profita de l’état de béatitude du gros monsieur qui rotait les yeux fermés pour se poser sur le rebord du pot de confiture de framboises. Elle lapa quelques bouchées, quel délice ! Elle passa au pot de miel. Cachée derrière un bosquet, Leila observait la scène. Quel courage ! À sa connaissance, aucun animal ni aucun humain n’avait jamais osé approcher si près du sanguinaire José del Rundo. La nuit dernière, les vieux sages avaient annoncé l’arrivée d’un sauveur. Était-ce cette libellule ?

Les vieux sages se tenaient autour d’Oscar. En frottant l’écorce de leur ami, ils virent la libellule tout près del Rundo. Ils avaient fondé en elle tous leurs espoirs. A l’aube alors qu’elle était endormie, Alban avait fabriqué un songe :
– Viens dans notre pays petite libellule. Tu y trouveras de la confiture de framboise et du miel à volonté. Il suffira que tu chantes une chanson quand le gros monsieur que tu vas rencontrer, s’agitera devant toi.
Les yeux toujours fermés, del Rundo s’octroyait un moment de détente, il rêvait qu’il traversait la forêt pour atteindre la plage et plongeait dans la mer. Il avait tellement grossi qu’il n’aurait pas pu aller très loin. Adolescent, il avait été un beau jeune homme svelte, sportif, enseveli depuis sous des couches de graisse. Le dictateur ouvrit les yeux, le soleil à son zénith l’éblouit. Quand il découvrit la libellule, rouge de colère il abattit avec violence sa grosse main sur le pot de confiture. Comment ce vulgaire petit insecte osait-il s’inviter à sa table ?
Alertée par son sixième sens, l’originale s’envola juste à temps. Ainsi le gros bonhomme voulait la supprimer. Elle était habituée, les humains la pourchasser souvent avec une tapette pour l’écraser. Les insectes étaient accusés d’être porteurs de tous les maux alors que les scientifiques indiquaient qu’ils étaient nécessaires à l’écosystème, à la biodiversité.

Elle était fatiguée de toujours voyager. Que demandait de plus à la vie que du miel et de la confiture de framboises ? Au fil des mois, l’originale réalisa de nombreux loopings afin d’étourdir les gardes. Et commença à chanter. Le dictateur se leva brusquement de sa chaise. Leila se tint prête à bondir.
– Ecoute les arbres parler. Ils te raconteront la plus belle des histoires, ta venue au monde.
Les paroles trouvèrent une résonnance dans la mémoire du dictateur. Ses seuls souvenirs de tendresse, d’amour profondément enfouis sous des couches de haine s’éveillèrent. Les vieux sages dictaient à la libellule les paroles de la chanson emportées par la brise d’été.
– Tu étais le plus beau des bébés. Ta grand-ma te berçait.
Durant son enfance, sa grand-ma Rosa au grand cœur lui murmurait à l’oreille tout son amour. Il y avait ce chant, son préféré trouvant toujours en lui une sonorité intérieure. Depuis bien longtemps, il avait perdu les paroles. Des larmes perlèrent sur les joues del Rundo. La libellule se posa sur son nez, il ne la chassa pas. La promesse de passer toute la durée de sa vie en ayant à volonté du miel et de la confiture de framboises avait effacé toute peur. Les vieux sages applaudirent, leur aîné Alban savait en la choisissant qu’elle ne faillirait pas.
Personne ne sut jamais vraiment comment un petit insecte réussit à transformer un sanguinaire dictateur en un homme nouveau à l’écoute de son peuple. La forêt ne brûla pas. Entourée de ses nouveaux amis, la libellule y vécut heureuse dans une petite cabane, dégustant à volonté ses mets préférés, qui suffirent à son bonheur quotidien.

Lielie Sellier
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