Meurtre à Birmingham

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Chut ! Ne le répétez pas, mais ma seule obsession, c'est une belle chute  [+]

Image de Été 2021
Je me présente, Sam, détective privé à mes heures perdues.
Ça fait un bout de temps que je traîne par ici, que j'arpente les tables mal famées, faut croire que j'aime ça. On m'appelle à l'occasion, parfois quand ça tombe bien, mais plus souvent quand ça tourne mal.
Ce jour-là, c'était un samedi soir, 21 h, pizza de chez Mary's tout juste avalée. J'avais accouru aussi vite que possible, l'odeur du meurtre, sans doute, mais l'envie de briller dans la haute société, aussi.

Le manoir Tudor.

Grande bâtisse, style victorien, neuf pièces immenses, de quoi se perdre facilement. Le propriétaire, M. Lenoir, manquait à l'appel, ou plutôt répondait présent dans le rôle du cadavre. Médecin, la quarantaine, il avait le profil de celui qui possède tout, peut-être même un peu trop.
Tout s'était passé quand les invités piochaient dans le buffet, un verre à la main et apparemment les yeux dans les poches. Le personnel non plus n'avait rien vu. J'abandonnai ce petit monde un instant, je les interrogerai plus tard, la nuit allait être longue.

Petit saut à la salle à manger, avant tout s'imprégner de l'ambiance des lieux, imaginer la place de chacun, repérer les traces de rouge à lèvres sur les verres, relier les mégots aux fumeurs, noter la forme laissée dans chaque fauteuil. Je sortis mon carnet et commençai à noter, pas question de rater ces premiers indices, ils étaient périssables.

Soudain, lumières à l'extérieur, phares de voiture, coup d'œil rapide par la fenêtre. Merde, Tony. Qu'est-ce qu'il foutait là ? L'enfoiré avait résolu la dernière affaire sur laquelle on s'était croisés. Il avait sa propre idée de la justice. Avec lui, tous les coups étaient permis, surtout ceux qui croquaient à pleines dents dans l'illégalité. Deux privés sur place, la famille ne voulait pas que ça traîne. J'allais devoir la jouer serrée.

Je retournai voir ma brochette de suspects et commençai par interroger la jeune femme en robe rouge, pur hasard. Vingt-cinq ans, française, actrice, elle cochait toutes les cases de la séductrice et elle le savait. Elle connaissait très bien la victime, elle me confia que sa mère l'avait fréquentée dans sa jeunesse, aussi, elle le considérait un peu comme son père. Jouant avec son porte-cigarettes, elle m'avoua espérer que les tabloïdes parleraient de cette affaire, une publicité gratuite, ça ne se refusait pas.

Du coin de l'œil, j'observais Tony qui s'affairait avec un homme au visage rude et au regard direct, j'aurais parié sur un ancien agent de sécurité ou un militaire à la retraite. Le genre de mec qui puait l'embrouille, que je gardais d'ordinaire à distance.

Je m'intéressai à l'arme du crime, visiblement un objet « contondant » comme on dit, le crâne défoncé valait l'authentification de n'importe quel médecin légiste. Cela éliminait quelques hypothèses, mais le champ restait large, le tueur ou la tueuse avait pu utiliser n'importe lequel de ces objets d'art qui traînaient un peu partout...

Je me rendis à la cuisine, j'y trouvai la gouvernante. Elle semblait très affectée, elle travaillait pour les Lenoir depuis plus de vingt ans. Je l'écoutai dresser un portrait flatteur de ses employeurs, mais le trait me parut un peu trop forcé, elle me baladait. Je décelai dans son œil une sorte de satisfaction à ce châtiment soudain.

En repartant, je vis quelques traces de sang sur le carrelage, effacées à la hâte, mais partiellement. Je marquai un temps. Pour paraître naturel, je me retournai et lui posai une dernière question façon Colombo. Elle m'orienta vers l'ami d'enfance, archéologue.

Je croisai de nouveau Tony dans le hall, en grande discussion avec une femme mûre, un brin fanée. Je volai des bribes de conversation en passant, elle semblait avoir un passé trouble, trois fois veuve, et trois fois avec de riches hommes d'affaires. Tony n'allait pas la lâcher facilement, toujours avec son sourire en coin, il allait l'amener où il voulait et c'était généralement dans les cordes.

Le spécialiste en Égypte ancienne m'attendait dans la bibliothèque, livre à la main et lunettes au bout du nez, un vrai cliché. Séduisant, c'est sûrement dans l'âme des femmes qu'il devait avoir l'habitude de lire. Il avait son idée sur l'identité du meurtrier, m'exposa une théorie frôlant le complotisme, renforcée à grand coup de symboles et de chiffres. Soit il était à moitié fou, soit il se foutait entièrement de ma gueule.

Un peu perdu, je me posai.

Qui avait eu le temps de s'éclipser aux yeux de tous ? De se saisir d'une arme de fortune et de frapper le maître des lieux ? Préméditation ou opportunisme ? Chacun des invités pouvait avoir commis le meurtre et en même temps, tout cela sonnait faux. Je me rendis dans une dernière pièce pour en avoir le cœur net.

Et banco !

La vérité pouvait enfin éclater au grand jour.

Je me lançai :
— Le Colonel Moutarde, dans la cuisine, avec le chandelier !
Tony se jeta sur l'étui, sortit les trois cartes réponse, et dépité, les jeta sur la table.
— Enfoiré, j'étais à deux doigts de trouver, il me manquait plus que le lieu.
— Eh, eh, encore une affaire résolue par l'inspecteur Sam ! Et tu vois, quand tu triches pas, c'est plus dur ! On s'en refait une ou tu veux arrêter le Cluedo ?
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Nelson Monge · il y a
Un "classique" revisité. Belle ambiance et écriture nerveuse à souhait.

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