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Métamorphose

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Greg_Dcrx

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Le monotone bruit de roulement du train berçait les passagers, conduits vers leurs destinations. La routine quotidienne avait relâché l’attention de ces travailleurs, pressés et préoccupés, dont leurs objectifs étaient autant d’oeillères sur le monde.
Pourtant, ce matin, ce soporifique train voyagera dans un espace qui brisera le rythme de l’ennui.

— Maman, maaaamaaaan ! C’est quoi dans le ciel ?
— Des nuages, Henri. Fais attention où tu mets les pieds.
L’enfant était figé, incapable de détacher son regard de ce ciel, si étrange.
Éléna se rendit soudain compte que son fils ne la suivait plus. Elle était tellement absorbée par les notifications de son smartphone, qu’elle ne pouvait comprendre son enfant.
— Qu’est-ce que tu fais ? Viens, on va être en retard.
— Mais, maman, regarde, il y a la maison du Père Noël dans le ciel. Dit-il, en pointant du doigt, la brume qui se confondait avec l’horizon, et glissait vers le sol comme une lourde vapeur. D’immenses bâtiments surplombaient cette étrange brume. Une immense ville dans le ciel les observait.

Le monde se couvrait lentement d’une lourde cape, qui fit entrer l’humanité, dans une expérience étrange.

Le train s’enfonça subitement dans la brume.
Les corps furent secoués d’une puissante détonation, puis s’en suivi une chute, rapide, violente, intense, qui retourna les coeurs, et d’un coup, éveilla les âmes dans un univers inconnu. Tout était brillant. Le wagon était éclairé d’une si puissante lumière que les passagers n’avaient d’autre choix que de mettre leurs mains devant leurs yeux, pour éviter d’être aveuglés, comme si le soleil avait pris place dans ce voyage.
L’agitation fut rapidement remplacée par une forme d’apaisement. Le silence était surprenant. Le vide était à présent, le maitre des lieux. Tous se regardèrent, étonnés, ils étaient incapables de parler. Du moins, aucun son n’était émis de leurs cris terrorisés, lorsqu’ils virent disparaitre devant eux, certains de ces inconnus qui peuplaient ce wagon.
Certaines se consumèrent dans des éclairs de feu, alors qu’un petit groupe d’enfants, blottis ensemble dans le fond du train, disparu dans le scintillement d’une étoile naissante dans le firmament du ciel.

C’est alors que la brume se dissipa, et le paysage qui se découvrit, fut celui d’un autre monde, bien étrange.
Le train continuait à se déplacer, sur des rails qui n’étaient plus. Il flottait dans l’air, en silence. Autour de lui, se dessinait un décor contrasté, où deux mondes semblaient cohabiter, et les passagers naviguaient à leur frontière.
Tous comprirent en un instant, où les voyageurs disparus avaient été emportés; car d’un côté brûlait un paysage, tout droit issu de l’Enfer dantesque de la Divine Comédie, et de l’autre, son exacte opposé, où le vert intense de la nature se mêlait à l’uniforme perfection du dégradé de bleu qui teintait le ciel.
De part et d’autre, volait des êtres mystérieux, parfois beaux, souvent terrifiants; et lorsque l’un d’eux croisait le regard d’un des passagers trop curieux, il se produisait invariablement le même phénomène. Ce voyageur se figeait alors dans sa position, et la pupille de ses yeux grandissait tellement, que ses globes en devenaient noir, comme le vide astral. L’âme et le coeur étaient ainsi sondés, et lorsque le jugement était réalisé, cette victime disparaissait, emportée au loin, dans le monde qui lui était destiné.

Pendant ce temps, les habitants de la planète vivaient le même jugement.
La course des aiguilles de l’âge était alors arrêté, suspendu à l’action de cette brume, qui faisait descendre sur la Terre, un monde effrayant pour la plupart de ses habitants.

Soudain, tout s’arrêta.

La brume disparu comme elle était arrivée, silencieuse et inattendue.

De son passage sur Terre, la brume n’avait rien modifié ni détruit, sauf les être humains. Quelque chose de profondément terrifiant s’était imprégné au fond de ces êtres, dont la vocation première était de consommer, au détriment de la vie.
Seuls ceux dont la noirceur était si prégnante, ne revinrent du voyage dans la brume. Leur absence était devenu le témoignage de ce qui venait, et qui ne pourrait être combattu, ni évité.

Il était ainsi entendu, que la vie des Hommes devait être reconsidérée dans son fondement primordial. Chacun avait désormais pour responsabilité, de revoir sa façon de vivre, s’il souhaitait perdurer sur cette planète, car tous ressentirent cette même urgence, et cette menace lancinante et intensément vécu dans les chairs. Les excès égoïstes valaient-ils la douleur de l’éternité ?

Étrangement, des métamorphoses intervinrent sur ces êtres les plus malsains. Il était ainsi sanction plus grande, que l’enfer de la Divine Comédie. La douleur de rester debout les frappèrent intensément. Ils n’avaient d’autre choix pour se déplacer, que de se mettre à quatre pattes, tels des animaux sans fourrure. Alors, des attributs surgirent, et en remplacèrent d’autres, avec force et douleur. Des pieds de cochon poussèrent aux goinfres, des queues de rats aux avares invétérés et des groins de phacochères aux fornicateurs. Quant aux médisants, ils se virent offrir l’étrange bouche des poissons, puis devinrent muets, alors que les voyeurs, eurent droit au masque des taupes, devenus aussi aveugles qu’elles.
Le monde se peupla alors d’un étrange bestiaire, où cette thérianthropie ne pouvait être renversé que par la correction des actes les plus néfastes des Hommes, sans quoi, l’animal ainsi transformé, finirait ses jours dans la torture de son vice le plus grand.

Toutefois, l’Homme avait un égo tel, que la Nature reprit peu à peu ses droits, et du souvenir de ce jour brumeux, les enfants, rendus maîtres de la planète, eurent pour obligation de respecter les animaux si nombreux qui les entouraient; car une légende racontait, qu’il fut un temps où ces êtres étaient humains, mais que leurs penchants pour les vices les plus grands, les avaient rendus comme des bêtes.

C’est ainsi que la Terre fût offert aux êtres les plus sensibles et les plus purs, qui n’auront de cesse, de respecter la Nature et de voir en l’autre, autant de frères et de soeurs, alors que les animaux n’auront de cesse de pleurer leur condition d’infortune, tout en perdurant dans leurs vices qui les avaient conduits à leur perte.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition avec une brume brumeuse ... :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Elena Hristova · il y a
un texte très instructif au rythme haletant qui nous sert des morceaux de paysages impressionnants.. je me suis bien servie, merci Greg!
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Greg_Dcrx · il y a
Merci beaucoup Elena.
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Greg_Dcrx · il y a
Je vous remercie pour votre commentaire, que j'accepterais plus détaillé ;)
Je viendrai vous lire avec grand plaisir.
Mes voeux les plus chaleureux vous sont également partagés.

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Richard Laurence · il y a
Votre texte s'articule nettement en deux parties bien distinctes : La première est le récit de l'apparition d'une brume mystérieuse coiffée d'une cité céleste dans le ciel et de la mésaventure des passagers d'un train lors de cette apparition. La deuxième, beaucoup plus abstraite, est une sorte de réécriture du texte biblique de l'Apocalypse : une description du jugement dernier. Au fond, on voit bien le lien entre les deux textes, mais il n'en reste pas moins que vous avez deux textes : un récit concret, avec des personnages et une action qui se déroule dans un lieu précis (un train), et la description globale d'un phénomène surnaturel à l'échelle planétaire. Cela crée une rupture de ton très brutale et il me semble que vous auriez dû choisir de raconter votre histoire soit sous forme de récit (1ère partie) soit sous forme d'une description générale (2e partie) mais pas les deux. Personnellement, j'ai préféré la deuxième partie, au style prophétique, car vous avez semble-t-il un certain talent pour ce genre-là, plus que pour la narration...
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Greg_Dcrx · il y a
Merci d'avoir pris le temps de commenter mon texte avec tant de précision.
Je pense que la contrainte du nombre de mot m'a bridé dans le glissement entre ces deux textes, ce qui provoque ce côté abrupte dans la rupture.
Je retiens votre conseil et vais m'essayer à la réécriture de ce texte sous ce second format que vous me conseillez.
Je vous remercie encore chaleureusement pour votre excellent commentaire. Merci mille fois.

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Richard Laurence · il y a
Ravi d'avoir pu vous être utile ! Et merci pour ces remerciements chaleureux... Il me semble, en effet, que ce texte serait mieux sous la forme d'une longue description apocalyptique mais sachez tout de même que les lecteurs préfèrent bien souvent les récits aux descriptions : ils aiment qu'on leur raconte des histoires ;). Bon courage, en tout cas !
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Pascal Depresle · il y a
Un très joli conte. Mon soutien. Si le cœur vous en dit mon univers vous est grand ouvert (L'héroïne - Tata Marcelle).
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Greg_Dcrx · il y a
Merci Pascal, je vais arpenter votre univers.
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Greg_Dcrx · il y a
Je vous remercie, je vais venir vous lire ;)
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Christopher Olivier · il y a
Très belle histoire
Poursuivez votre route dans la brume :http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/reservoir-dogs-les-chiens-du-lac-artificiel

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Johan Jacqueline · il y a
Oui trés bien construit, et puis belle reference que la Divine Comédie de Dante. Je vote. Je vous invite sur ma Brume à moi
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Greg_Dcrx · il y a
Merci beaucoup.
La référence à Dante m'a semblé fondamentale puisqu'elle a façonné l'humanité sur cette peur.
Je viens vers votre Brume ;)

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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce conte fantastique et fascinant ! Mes votes ! Mon récit, “Croisière”, est en lice pour le Prix 2017 Imaginarius. Une invitation à faire le voyage si vous ne craignez pas la brume épaisse en mer. Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Greg_Dcrx · il y a
Merci beaucoup. La brume épaisse de la mer est une invitation au voyage que je ne sais refuser. Je vous accompagne avec un immense plaisir.
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Sylvie Franceus · il y a
Bravo parce que, c'est vrai, le rythme de l'ennui a été brisé par votre récit qui ressemble à un conte fantastique. La fraternité est joliment présentée alors, merci.
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Greg_Dcrx · il y a
Merci pour votre encouragement, et pour votre compréhension de mon voyage.
Au plaisir de vous lire.

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