Mes maîtresses

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Mes maîtresses, lorsque je vais les visiter, ne m'attendent jamais.
J'aime les surprendre en pleine nuit, allongées au cœur du plus profond des sommeils. Ma démarche est celle d'un rat d'hôtel, mes gestes si doux que personne encore ne m'a jamais dérangé dans mon entreprise amoureuse, et jamais non plus aucun éclat de voix n'a déchiré le silence murmurant des muqueuses et des gorges.
Je me glisse comme une ombre dans le couloir désert, ma présence fantomatique passe toujours inaperçue.
Me voici arrivé devant le 217. Je tourne très délicatement la poignée, avec une ferveur d’enfant.
J’entr’ouvre le battant avec précaution, le tire vers moi, je m’avance dans la pénombre, et je regarde longuement sans être vu. J’avais raison, ma maitresse est là, paisiblement étendue, la tête enfouie dans ses draps, et je soulève délicatement le tissu pour découvrir son visage. Elle est si belle, toutes mes maîtresses le sont. Je peux voir qu’elle ne dort pas, ses yeux sont ouverts, une ombre de sourire découvre des dents courtes, et la vision de ses lèvres rose pâle fait battre mon coeur, plus lourdement, par la promesse d’un délicieux abandon.
Je soulève son corps, agrandissant doucement et fermement l'espace entre ses cuisses. Celle-là m'opposera-t-elle une faible résistance ? S'offrira-t-elle de bon cœur ou faudra-t-il la forcer un peu ? Restera-t-elle un peu raidie sous mes premières caresses, ou bien sa chair amollie fondra-t-elle sous la mienne ? C’est dans cette incertitude que réside tout le plaisir de mon aventure, ce poison délicieux qui court dans mes veines. Je m'enhardis toujours très vite, ma main brûlante s'insinue, écarte ou déchire, le tissu blanc n'est jamais longtemps un obstacle à la fureur de mon désir. Ma bouche happe et mord à présent, mes dents crissent sur la fibre des cheveux, ivre d’un parfum qui rend fou.
Une fois ma maîtresse comblée, je ne m'attarde pas auprès d'elle, d'autres sont là, tout près, derrière d'autres cloisons, d'autres qui ne m'attendent pas et qui pourtant m'accueilleront sans retenue, tendues ou alanguies, me laissant dès la première caresse ou après une courte lutte user de tout leur corps à ma fantaisie.
Mes maitresses sont belles et je les aime. Je me partage entre elles d'autant plus volontiers qu'aucune jalousie ne les anime, aucune mauvaise pensée ne les traverse.
Je les aime toute la nuit, et ce n'est qu’aux premières lueurs du jour que je ferme la porte derrière moi et que je franchis, le cœur léger et le sang apaisé, les trois marches en marbre blanc de l'Institut médico-légal.
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