Mes idées ?

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Ecrire un peu, beaucoup, passionnément, à la folie... et parfois pas du tout : dessiner, photographier, jouer - danser, Puis écrire à nouveau. Recommencer. Et regarder ailleurs  [+]

Un type marchait par là qui cherchait des idées.
On voyait bien qu’il était pauvre et sans identité.
Il s’escrimait à paraître commun et à passer pour un sans-grade, un sans-gêne, un sans-nom. Mais les regards qu’il laissait traîner en disaient trop pour me laisser distrait. Mes idées sont à moi, et qui sait si un jour je n’en aurai pas l’usage ?

Certes c’est assez égoïste et sans doute un peu prioritaire, car ce type saurait peut-être faire beaucoup mieux que moi avec mes idées. C’est vrai, je ne nie pas, jusqu’ici je n’en ai rien fait. Ni mausolée d’Halicarnasse, ni rade de Brest. Ni colosse de Rhodes ni Saint Pée sur Nivelle. Elles restent à l’état stationnaire mais qui sait ? On a vu des idées se révéler d’un jour sur l’autre et progresser d’une traite, de façon sensationnelle. C’est ce qu’on raconte. D’autres végètent, bien sûr, sans doute, et d’autres même finissent tout à l’égout, voire pire.

Mais que ne va-t-il à l’égout, ce type ? Un fainéant, pour sûr, qui ne s’imagine pas travailler de ses mains mais préfère s’ingénier à manier mes idées. Mes idées, de celles que je viens d’à peine formuler, je sens qu’il veut les prendre avant que je ne m’y attache, avant presque qu’on soit capable de les reconnaître. Mes idées.
Je n’aimerais pas qu’il tue des bêtes avec. Mais j’apprécierais qu’il construise un élément de mobilier avec. Ou une rivière, mais ce type n’a pas une tête à en faire une rivière.
J’aimerais qu’il détourne une rivière.
Si j’étais plus malin, j’attendrais qu’il s’éloigne, je lui ferais un croc-en-jambe et lui ferais les poches. Mais ce n’est pas une idée à moi, celle-là.

Tout de même, s’il se forçait, ou se laissait aller, il en trouverait bien une, d’idée. Et une ça peut suffire, parfois, pour la vie tout entière. Si l’on sait s’en servir. Si c’est un spécialiste.
Peut-être lui a-t-on chipé, précisément, son idée ! Oh !!, quel acte malveillant ce serait, dans quel trouble cela doit vous jeter !!! Une idée, ce n’est pas rien, jusqu’à preuve du contraire, et personne ne veut s’en séparer sans une contrepartie. Non, même pour se venger, ce n’est pas beau de venir accaparer les idées des quidams, quand bien même elles sont inutiles pour l’instant et traînent un peu nonchalamment.

S’il détournait une rivière, avec une de mes idées, pour sûr qu’il deviendrait le roi du monde. Un roi du pétrole. Les idées c’est comme tout, ça s’emboîte. La première, c’est celle-ci qui est difficile à faire naître. Puis à faire exister, c’est du boulot, certes, c’est vrai. Je ne dis pas qu’il ne fait rien, mais ce n’est pas une raison pour s’arroger la totalité des bénéfices.
S’il parvenait à détourner une rivière, je le vois d’ici, il en profiterait pour développer le transport, ouvrir de nouvelles voies commerciales, installer des comptoirs. Et il pourrait la faire fructifier, mon idée, ce serait sa monnaie d’échange. La base de sa pyramide. L’étincelle suffisante pour enflammer l’étoupe de laquelle il embraserait le vaste océan où son emprise s’exercerait bientôt. Brasier dont les lueurs toucheraient les deux Hémisphères simultanément. Tout un Empire fondé sur mon idée.

S’il venait me le demander, m’expliquer quelque peu son projet, ce qu’il voit comme futur et comme arborescence, je suis sûr que je pourrais me laisser convaincre et la lui céder, mon idée. Mais qu’il ne la prenne pas au milieu de tant d’autres, sans presque la voir, pour en faire des mélanges tant et plus qu’on n’en reconnaîtra plus l’une de l’autre.

Moi je voudrais, je voudrais bien m’occuper de mes idées, mais je suis sûr qu’il les voit mieux que moi. Si on a l’œil, on distingue vite laquelle a du devenir et lesquelles ont du plomb dans les ailes. Et moi je ne sais pas, je ne connais que les miennes, et encore. Il faut de l’expérience, du bagout, et puis un peu d’impondérable. Mais avoir des repères surtout, pouvoir comparer.
Si j’avais une seconde, ou deux mètres, de libres devant moi, ce serait volontiers que je m’attellerais à les trier, les nettoyer, les harnacher, les peigner et en faire des chevaux de course. Histoire de savoir ce qu’elles valent, ces idées. Le point ce serait dans un premier temps d’en isoler une, pour s’en occuper délicatement. Mais laquelle ? Laquelle...

Qu’en ferait-il, donc ? Peut-être que je n’en saurais rien, et ce serait piteux. Que pourrait-il en faire ? Saurait-il en faire quelquechose que je n’arrive pas même à entr’apercevoir ?

Tiens le voilà je crois qui vient d’en piocher dans le crâne de cette petite fille. Il hésite, il doit se demander s’il n’y a pas moyen d’en tirer un peu plus, et encore un peu plus. Cette petite ne s’en sera même pas douté qu’elle se retrouvera dépossédée et presque nue de l’intérieur. C’est insensible, et cependant voilà peut-être que le meilleur d’elle-même n’existera jamais. Il ne pioche pas au hasard, c’est clair qu’il identifie les personnes prometteuses, qui promettent. Cette petite fille, là, avait vraisemblablement le it, le in, ce qui fait la différence, quoi.

Mais ça ne lui suffit pas, voilà qu’il persiste à tourner au milieu des passants.

Si j’osais j’irais lui adresser la parole. Sans doute qu’il refuserait.

Ah, pouah.

Mais... Hé ! Eh ! Mais c’est chez moi, par là !
Pas le droit, pas le droit de...

’Damned, l’audacieux...

...et je l’avais à l’œil, pourtant
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prijgany prijgany · il y a
T'as un fan : moi. nouveau vote.
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Rosine • · il y a
Eh bien moi , j'aime bien votre idée d'avoir écrit un texte qui parle d'une idée qui viendrait pas ou peut être que si. Et puis votre idée de fin, elle m'a fait sourire ! +1