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Mes dollars

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Juliane Ginger

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J’entends des cris, une voix forte et un énorme fracas qui ressemble à des tiroirs qu’on ouvre et referme violemment.

J’observe du haut des escaliers le spectacle, j’ai un bon angle, depuis ces marches, je vois son bureau où se sont amoncelés des tas de papiers de toutes tailles, j’aperçois même la poubelle qui, remplie, déborde de toutes sortes de choses. C’est un capharnaüm, un dédale de dossiers, de pochettes, de feuilles.

Les cris continuent, on y repère un mot ici et là, on devine l’énervement, j’imagine un drame, ce doit être important mais je reste à mon poste d’observation.

Sa main agrippe le téléphone, il hurle dans un espagnol tranché, puis le combiné claque sur le bureau. Il jette un œil à son écran d’où il observe chaque mouvement de son personnel dans son hôtel.

Des pas au loin se font entendre dans le hall, on s’agite en bas, les pas se rapprochent, ils sont plusieurs, je les devine avant de les sentir dans les escaliers qui mènent à lui.

L’affolement provoqué par les éclats de voix précipite plusieurs personnes dans l’encadrement de la porte, tant est si bien que personne ne parvient de suite à entrer, les épaules côte à côte ne passent pas.

La panique est générale, la tension à son comble, tout le monde essaie de comprendre, et cherche quelque chose.

Je vois sa bouche se déformer d’amertume, de colère, mais le pire est à venir.

Le mépris que j’y lis et qui transpire dans ses insultes qu’il adresse à son personnel.

Sa main saisit des papiers qu’il jette au sol et il ordonne qu’on ramasse immédiatement.

Thérèse est la première à se pencher, fluette, le visage fermé, la peur se ressent dans tout son corps qui se raidit.

Tous les noms d’oiseaux fusent, il parle parfois français, parfois espagnol.

Ils sont désormais 4 à être entrés, les plus attachés à ce patron que je juge déjà démoniaque par les mots qu’il emploie à leur égard.

« Vous êtes des connards, bandes de connards de macaques »,

Je suis sûre qu’ils le comprennent tout en espérant que non.

Puis soudain, il poursuit, « on m’a volé mes dollars » avec un ton qui appuie fortement sur le ar.

« On m’a volé 5000 dollars, qu’est ce que vous avez fait de mes dollars » ?

« Je vous fiche tous à la porte bande de nuls » , je vois des mains qui soulèvent les tas à la recherche de ce qui semble être perdu ou égaré ou volé. La poubelle est inspectée, leurs mains plongent, tournent, sortent, c’est l’affolement, le chaos.

Soudain, les cris s’arrêtent j’entends le cliquetis de métal, et une molette qui se tourne, une porte au fond s’ouvre, celle du coffre fort, je vois ses mains anguleuses, vieilles, tachetées, hideuses qui serrent une enveloppe frénétiquement contre son torse.

Il se retourne, et met tout le monde dehors d’un geste de la main.

Je vois sa bouche qui laisse passer un sourire quand il ouvre l’enveloppe, des billets verts en sortent, il les porte à son nez, les respire, il se frotte même la joue avec.

Il jubile.

Le connard a retrouvé ses dollars.
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