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FINALISTE
Sélection Public

Non. Raymond n'est pas cocu.
Le village est menteur.
Elle en est effondrée.
Comment ose-t-on, sans savoir, dire de telles grossièretés ?
Raymond est son mari, son amour adoré, son doux, son « tout tendre ».
Ah ! qu'elle aime son Raymond !
La rumeur circule. Elle s'insinue partout.
Sauf dans la vie de Raymond qui en ignore tout.

Non. Raymond n'est pas cocu.
Voilà qu'elle se fâche maintenant. Elle est rouge de colère.
Qui ose la calomnier ainsi ? Qui la connaît assez ?
Depuis le temps qu'ils sont tels des « copier-coller », qu'ils se bécotent toujours malgré l'usure des ans.
Combien dure une passion ?
Certains disent une année, d'autres bien moins longtemps.
Pour eux, c'est le premier jour...
Ils s'en souviennent tellement.
Un regard a suffi et c'était pour la vie.
C'était il y a dix ans et ils en avaient vingt.
Que le temps passe vite quand les sentiments suivent.

Une seule ombre au tableau de leurs jours sans nuages.
Pas de petit Raymond.
Pas de bébé braillard, de bambin souriant.
Qu'ils en ont donc rêvé ! Ils désespèrent un peu.
Ils y pensent sans cesse. Cela devient malsain.

Qu'il serait beau, celui-là !
Il aurait des fossettes, tout comme son cher papa.
Un homme troué aux joues, de minuscules cratères, qui se plissent de joie quand un sourire l'éclaire.
De voir des fossettes la fait fondre, c'est sûr.

Non. Raymond n'est pas cocu.
Qui peut affirmer ça ?
La voilà triste maintenant.
Cette méchanceté l'abat.
Raymond est tout pour elle, et depuis si longtemps !
Beaucoup de temps passé et des larmes plus tard, elle se désole toujours de toutes ces médisances.

Non. Raymond n'est pas cocu.
Pourtant, dans sa mémoire, mais c'était pas si grave, elle s'est laissé aller à un penchant câlin.
Une effusion des sens, le spasme d'une entente, c'est tout.
Si bref, si rapide, qu'on peut juste en gommer le souvenir.
Ce n'était pas Raymond mais il lui ressemblait.
Des fossettes rieuses sur sa peau noire de jais.
Rencontre de passage dans un pays de chaud.
Et c'est si loin, là-bas. La distance efface tout.
Raymond n'en a rien su.

Non. Raymond n'est pas cocu.
Il ne faut pas y croire.
Rien ne doit l'alerter.
C'est un homme si parfait, si gentil, passionné.
Il est dans ses pensées comme il est dans son lit.
Et c'est un homme heureux.
C'est à présent certain, un bébé est en route.
Raymond, tout comme elle, nage dans un bonheur radieux.
L'enfant tant attendu va leur tendre ses bras.

Et voilà, il est là... leur petit à tous deux.
Dans son berceau tout blanc, il jure quand même un peu.
Nourrisson si joli à la peau mâtinée...
Comment est-ce possible ?
Son écart de conduite serait-il un mensonge ?
Un mensonge si petit et qui est en couleur...

PRIX

Image de Hiver 2018
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Y.EL.BAKRI · il y a
Ce texte original et touchant est vraiment un baume pour les cœurs meurtris, avec un sens d'humour triomphant. J'adore, je m'abonne. Une invitation à venir vous s'immerger dans mon univers mélancolique mais d'une mélancolie bleue sainte et poétique, j'espère que cela vous plaise !
https://short-edition.com/fr/auteur/y-el-bakri

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Atanir Furelli · il y a
C’est bien écrit, amusant. J’ai eu ma dose de rire. Un péché si mignon ...
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre passage sur ma page... j'apprécie!
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RAC · il y a
Un récit bien tourné porté par un style original, bravo !
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre passage ici... j'ai vu que vous participiez à bcq de concours... je voir ça de près. Le poème sur la marmotte m'a déjà plu!
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RAC · il y a
Avec plaisir ! Côté concours, on fait s'qu'on peut... ça dépend des sujets...et donc des Muses... A bientôt...
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Renise Charles · il y a
Bah ! Raymond, c'est un gars bien... il prendra le cadeau. ;)
Très agréable à lire. Joliment écrit. J'ai honte de découvrir ce texte si tard.

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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour ton passage ici... lecture et commentaire sont tjrs agréables à prendre, qu'importe l'heure! Joyeuses fêtes de Pâques.
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Arletyna · il y a
Que c'est joliment raconté avec délicatesse et humour, cet amour trahi par un tout petit écart. J'ai lu d'une traite, le sourire aux lèvres, attendrie et la chute m'a ravie et surprise à la fois.
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre passage sur ma page... et pas qu'une fois!. A bientôt...
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Chateaubriante · il y a
le fruit de ce tout petit mensonge par omission révèle par sa couleur de peau un tout petit écart au pays des chaleurs et fait de la rumeur, évidente réalité qui fera le malheur de Raymond, risée de tout le village et de sa femme mal avisée de nier ; il reste à craindre que l'amour en ce cas ne rimera pas avec toujours
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Ginette Vijaya · il y a
Une virtuosité que de trouver une chute pleine de verve à cette histoire de moeurs .
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Champolion · il y a
Bel exercice de style pour ce texte à la fois profond et léger.Mes voix
Champolion

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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre passage, Champolion... ce texte ne concourt plus depuis longtemps, mais j'apprécie votre venue sur ma page après que je sois passée vous lire.
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Asleon50 · il y a
Léger, j'ai aimé l'anaphore "Non, Raymond n'est pas cocu" qui rythme bien l'histoire !
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour lecture et commentaire Asleon50...
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Franfran · il y a
Raymond est un bienheureux..au village tout le monde le sait. Joli style. Leger, bien rythmé. J'ai beaucoup aimé.
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci Franfran pour ce gentil compliment...
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