Melor

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J’aime écrire, et lire plus encore. J’aime les histoires bien ficelées, celles un peu étranges qui donnent des frissons ; qui donnent envie de crier et/ou de pleurer. J’aime aussi les  [+]

Il ne fallait rien attendre de sensationnel venant de lui. C'était un bon garçon mais il n'avait franchement rien à faire en Afrique. Un matin, son patron lui avait dit : tu remplaces Danil et tu y vas avec Aleksei. Il avait acquiescé, oublié de demander ce qu'il y ferait. Deux jours après, il n'y avait plus pensé et les journées avaient défilé. Le soleil se levait, se couchait et il se contentait de l'imiter. La veille du départ, il avait reçu un message : huit heures à l'aéroport, apporte tes recherches sur le sujet, et il n'avait pas su quoi répondre. Il s'était assis devant sa télévision éteinte et il n'avait plus bougé pendant une heure. Finalement, il lui avait demandé : tu bosses sur quel sujet toi ?, puis il avait attendu. L'heure du dîner avait sonné, son portable aussi et la réponse de Aleksei avait doucement brillé dans le noir : c'est l'art en Afrique, on a le même. Alors il avait dressé la table, s'était servi ses pâtes et puis il s'était assis. C'était qu'il était journaliste sportif lui.

L'aéroport avait été bruyant et bondé. Les passagers avaient couru, crié et lui s'était contenté d'attendre près de la porte d'embarquement. Son sac avait pesé lourd sur son épaule et à chaque gorgée, son café lui avait brûlé la langue puis la gorge. Une heure et demi était passé et puis Aleksei était enfin arrivé, sa carte de presse bien mise en évidence contre sa poitrine. Il avait espéré que la sienne était bien quelque part au fond de son sac puis l'avion avait décollé. Il avait fait chaud. Le temps s'était étiré et il s'était tellement ennuyé qu'il avait commencé à faire quelques recherches. Aleksei avait semblé étonner par son assiduité et il n'avait pas cherché à le détromper. L'avion s'était enfin posé sur terre et ils étaient sortis de l'aéroport.

Alors, oui. Il n'avait rien à faire en Afrique. Il y faisait beaucoup trop chaud et tout était sec et lourd. Il regretta la pluie, l'humidité dans l'air et le froid de l'hiver. Une petite fourgonnette bleue défoncée s'était arrêtée devant eux et le chauffeur leur avait crié d'y monter dans un anglais approximatif. Les sièges étaient vieux, le sol poussiéreux et cela sentait les épices et la sueur. L'homme avait un grand sourire et une peau dorée par le soleil ; il ne s'arrêtait jamais de parler. Il le trouva sympathique et Aleksei fit la conversation. Il retira son pull et le posa sur sa valise à ses pieds. Son tee-shirt lui collait à la peau. Les secousses faisaient cogner sa tête contre le dessus de la fenêtre. Aleksei lui apprit qu'ils se rendaient dans leur hôtel pour déjeuner et qu'ensuite, ils iraient voir un vernissage.

L'hôtel avait été petit mais propre et le séjour s'était déroulé comme dans un rêve. Il s'était contenté de suivre Aleksei partout et de faire quelques recherches quand il le fallait. Il s'était fait tellement petit et invisible qu'il avait presque douté de sa propre existence. Mais le soleil avait été là, comme pour être sûr qu'il ne se perdrait pas. Alors il s'était levé puis couché à son rythme. Il avait visité un nombre incalculable de vernissages et de musées, et maintenant qu'il était rentré, les souvenirs commençaient à doucement s'estomper. Il se souvenait encore de la chaleur et du bruit, de la voix grave d'Aleksei et de l'odeur de la peinture fraîche quand ils visitaient des ateliers. Il se rappelait aussi du poids de son appareil photo entre ses mains. Parce que c'était une sensation qui ne le quittait jamais.

Alors, voilà. Il ne fallait rien attendre de sensationnel venant de lui. Un matin, son patron lui avait dit qu'il irait en Afrique et il avait acquiescé. Le soleil s'était levé puis couché de la même manière partout dans le monde et lui, il s'était contenté de l'imiter.
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