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Mélie

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Romain Ruffiot

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Il aimait l'avoir à ses cotés, sentir avec lui sa présence. Des fois, il se disait qu'il voulait rester auprès d'elle pour l'éternité. Elle avait toujours ce doux regard, un peu alerte, qui savait faire chavirer le plus rocailleux des cœurs. Ses longs cheveux blonds en cascade sur ses frêles épaules demeuraient toujours brillants comme des champs de blé éclairés par les derniers rayons rasants de l'astre du jour.
C'est du moins ce qu'il en pensait. Elle avait rougi en lui rendant un sourire gêné lorsqu'il lui avait dit pour la première fois. Maintenant elle ne rougissait plus. La force de l'habitude, pensait-il en riant.
Il l'avait rencontré de façon tout à fait banale. Elle faisait la queue pour acheter son pain. Il s'était retrouvé derrière elle quand des petites pièces de monnaie était tombées de sa main. Il les avait ramassé et lui avait rendu. D'accord cela faisait cliché de dire qu'au moment où leurs mains s'étaient touchées, il avait ressenti comme, vous savez, ce genre de décharge d’électricité statique. Il l'avait reçu à l'échelle même de son corps et quand ses yeux avait croisé ceux de sa bien aimée, il avait succombé à son charme. Le cliché, pour lui, était devenu une réalité. Elle l'avait remercié de sa voix si agréable et lui avait vaguement rendu son sourire béat. Puis elle était partie.
L'essaim de papillon qui volait dans son ventre ne s'était cependant pas évanoui aussi vite que la présence de la jeune femme. Il avait envie de la revoir. Il fallait qu'il la revoie. Ce n'était pas un besoin vital cependant il avait ressenti un frisson d'aventure, une sensation qui lui avait soufflé de sortir de sa routine et de tenter quelque chose avec cette jolie fille qui lui avait si gentiment souris. Il savait qu’interpréter ce signe comme le témoignage d'une quelconque attirance envers lui était ridicule. Il avait juste eu l'impression qu'il y avait "un truc" entre eux. C'était une sorte d'intuition tenace. Alors il s'était promis que s'il la croisait à nouveau, il établirait le contact. En attendant, il allait retourner à son quotidien monotone. Il exerçait un métier aussi peu commun qu'extrêmement répétitif et peu valorisant. Qui donc aimait les taxidermistes !
Néanmoins, une semaine plus tard, il recroisa la jeune femme. Bien sur il respecta la promesse qu'il s'était faite et alla lui parler. Il l'avait salué, demander un faux renseignement (c'était sa technique favorite) et avait embrayé sur comment elle allait. Elle ne semblait pas vraiment à l'aise et elle le fut encore moins quand il là complimenta avant de lui souhaiter une bonne journée et s'en aller. A premier abord il faut toujours rester sobre ! La prochaine fois, s'était-il dit, je lui proposerais de venir boire un thé à la maison. Il avait déjà fait cela. Généralement cela marchait. Il avait l'avantage d'avoir un aspect assez charmeur. Peu de femme lui résistait.
Il était rentré chez lui, content que le hasard avait bien fait les choses. Certes, il avait un peu forcé la chance. Certains qualifierait cela d'espionnage, d'autres aurait parlé de voyeurisme.Ce ne sont que des mots. Lui il pensait juste s'être donné les moyens de la retrouver. Il ferait pareil dans deux jours et il l'inviterait chez lui. Cette fois, il avait l'impression que ce n'était pas comme avec les autres, qu'il ne s'en lasserait pas au bout de quelques semaines. Ça dépassait le simple stade de l'attirance physique. Il devait donner le meilleur de lui même. Aller chez le coiffeur c'était fait, ranger sa maison il l'avait fait. Ce n'était pas un homme bordélique au contraire, il était très organisé, très méthodique ; il y avait donc que peu de choses à ranger. Il rangea entre autre son renard empaillé. Seul les chasseurs et les taxidermistes étaient capable de s'extasier devant de telles choses. Selon lui, elle n'était ni l'un, ni l'autre et trouverait ça sûrement glauque. Il l'avait donc descendu a la cave avec ses autres "créations".
Il l'avait donc bien recroisé deux jours plus tard. Tout s'était bien déroulé, elle l'avait complimenté sur sa nouvelle coupe de cheveux et buvait ses paroles. Ils étaient rentrés dans sa "chambre" et il n'avait pas eu de mal à faire ses petites affaires, elle n'avait pas vraiment opposé de résistance. Maintenant elle était avec lui, il pouvait la serrer dans ses bras pour toujours, la contempler, même lui parler des heures et des heures. Certes elle n'allait pas lui répondre.
Ses yeux bleus le fixait toujours. D'habitude, avec les animaux il les remplaçait par des billes de verres. Là, il avait voulu conserver les originaux pour une question d'esthétique, il s'était énormément appliqué et était très fier de lui. Un chef d'œuvre. Il la posa sur un socle et scotcha dessus l'étiquette portant son nom : "Mélie".
Il la descendit à la cave. Décidément, se disait-il, sa place est parfaite entre le renard et la rousse de la dernière fois !
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