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J'ai toujours su qu'un jour je dirais NON Ce jour est venu le 1er octobre 2015 Voilà Il ne faut savoir que cela  [+]

Pas à pas, sur le trottoir des jours, s’écoule la vie. Elle dégouline au caniveau vers la bouche avaloir qui ne se rassasie jamais. Peu importe les feuilles agglutinées d’un automne échevelé par le vent d’un hiver précoce, cette bouche avale tout. Mégots et crachats, papiers froissés aux mots perdus, tout est emporté par les flots d’une pluie d’orage qui n’a cure de leur histoire.

Le rinçage de cette machinerie infernale lessive. La nature balaie. Résister est inutile. Alors, sur cette feuille fragile d’un blanc livide, je peux écrire ce qui ne sera jamais lu. Je peux y tenter des vers insipides ou puissants, de la promesse à la faiblesse au désamour, je peux y poser de la poésie médiocre ou de la philosophie de comptoir, des contes et légendes féériques ou diaboliques.

Je peux tout.

Parce que je sais que la bouche avalera aujourd’hui et demain, comme furent avalés hier et sa phrase d’avant, écrite d’une encre diluée de larmes placides, lâchant prise au premier souffle de tempête.

Tout ceci n’a aucun sens. Ou plutôt celui de l’interdit, frappé de rouge et d’un rectangle blanc, comme les films d’antan, interdits aux yeux de l’enfant bulle que je ne suis plus.

Personne n’y comprend rien, sauf celles et ceux qui ont déjà vu la bouche en question, dont la grille en forme de dents, déchiquète, avant de conduire la mélasse dans les égouts d’une puanteur fétide. C’est le sens de la saignée de folles humeurs qui est censée guérir du vain désespoir.

Dans ce cirque, même Big Ben ne sonne plus. Et le papillon, qui a le malheur de se poser, est emporté, lui aussi, par un minuit qui se lève à chaque heure du jour et de la nuit. Sur le banc de la renaissance, en douceurs, une vie s’assoit et me regarde, comme les peintres regardent la déesse qui les inspire, pour que la palette explose à mes yeux éblouis.

Trouver le chemin, ce n’est pas grand-chose par les temps qui courent. Et si une bague forgée pour l’éternité étreint mon doigt dans sa nappe de noces, alors suis-je condamné à l’expiation de l’inspiration.

Je tente de me ressaisir dans le clair-obscur du jour noir d’une nuit blanche. Mais derrière le mur, anges et démons ricanent. Leurs rires me conduisent à la grève d’une plage où s’éteint toute flamme.

Moi, j’aurais aimé marcher encore. Mais, malheureusement, la roue tourne à rendre fou celui qui cherche sans trouver. Je n’ai plus rien à dire, et pourtant je ne ferme pas ma gueule. Je suis un zéro, un infini héros inachevé, imprégné des quatre fantastiques pour vomir le goût de verre de cette bouche vorace.

Je ne partirai pas en route vers le dernier envol, même si je suis un Y anonyme, et que je ne sais pas où va le monde. Le regard bizarre imprime en moi un commencement, comme une hantise qui jette ses antis à la face des curieux, qui n’ont pour seuls tics que leurs pitoyables tocs.

Je veux dire NON.

Encore et encore.

Un non entropique qui enfreint des règles incertaines qui s’opposent à la variation. Armé de cette courageuse intuition, je me relève, et fais face au vent. Je prends les trois à bras le corps, passé, présent et futur, et leur dis merde. L’ultime combat d’un dragon, peut-être le dernier, le tournis infernal de l’électron qui foudroie une tulipe rouge sang, sont en moi.

Et par ce geste d’affront, je vois.

Je vois, au coin de la rue, un espoir. Je garde l’espoir. Parce que l’espoir, c’est trouver que tout est beau. Que la création n’est belle que si on sait qu’elle est.

Imaginez.

Quand la cécité se sera estompée, vous verrez ce que je vois. Je vois la vie, tout autour, avec sa délicatesse, sa fragilité et sa force mêlées, son éternelle puissance renouvelée d’éphémère en éphémère.

Je vois la vie comme je te vois...

Toi, là, ici et maintenant.

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