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Méditations philosophiques sur liberté et esprit, sur l'amitié

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Lucie Sedraine

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J’avais atteint, me semble-t-il, une compréhension de la liberté de l’Esprit, d’une profondeur telle que, lorsqu’on plonge à l’intérieur on ne peut en atteindre le fond. Pourtant lorsque je voulus l’écrire, cette
« Liberté-là », tout avait fondu en moi, comme un soufflet au fromage que l’on retire du four. Sous la pression de la chaleur il avait gonflé, était monté formant un dôme appétissant bien arrondi qui s’était coloré d’une belle teinte dorée. Une fois extrait de cet endroit clos et protégé, retiré de cette chaleur soutenue du feu qui couve, il s’était aplati, creusé, rapetissé. Ma compréhension, ou du moins le sentiment qui était né en moi, qui avait occupé tout l’espace de cet entendement, qui s’était nourri des paroles entendues par le prêtre qui prêchait, qui avait, dans un premier temps, atteint l’ultime limite de mon espace intérieur, et dans un second temps, l’avait largement dépassé pour s’amplifier et emplir l’espace extérieur, tout cela avait fondu comme neige au soleil. Elle ressemblait au soufflé au fromage sorti du four ! Comment expliquer alors le mot « Liberté » quand il s’associe à « l’Esprit » ? Lorsqu’on le rattache à quelque chose de matériel, comme dans l’expression « La liberté d’esprit » c’était donner à cette liberté des limites, des contraintes, telles les autres expressions « la liberté de langage » ou « la liberté de mouvement » ou « la liberté d’action». Alors que le mot « Esprit » de même que « mon Esprit », tous deux ensemble, ne pouvaient se satisfaire de cette liberté de laquelle on se permet d’enlever ou de supprimer des éléments gênants. La Liberté en elle-même ne doit contenir aucune forme d’oppression, d’entrave ou de servitude ! La Liberté était donc un tout immuable et non une composition hétéroclite ou même homogène de divers éléments incontrôlables, dont on peut, sous l’influence de la volonté de chacun, l’amputer de certains d’entre eux ou l’amplifier en lui en adjoignant certains autres. De même le mot Esprit ! Liberté et Esprit étaient donc pour moi, une même entité. Ils se renforçaient l’un, l’autre, pour atteindre la plus haute méditation, la transcendance la plus extrême. Dans la perspective de « hauteur » l’Espace était l’endroit privilégié dans lequel l’une et l’autre de ces deux entités circulaient librement, sans aucun obstacle, sans aucune matérialité. C’est pourquoi, dans ce monde matériel au centre duquel les humains sont catapultés, trop de bornes, trop de champs visuels limités, trop de barrières auditives infranchissables, trop d’embarras encombrant le psychisme des hommes nous soumettent à la perfection divine pour nous montrer notre faillibilité humaine. Le rapprochement dans cet espace incommensurable, du créateur, nous procure un état privilégié et particulier dans lequel notre Esprit s’élève et se meut hors des réalités sensorielles.
Cette Liberté, elle avait surgi avec une force et une grandeur insoupçonnées dans mon Esprit prêt à la transcender. Elle avait des allures de profondeur et d’immensité telles que même lorsque plus tard je voulais les revivre en pensée, je ne retrouvais qu’un minuscule reflet de celles-ci. Tout s’était rétréci, amoindri et au prix de maints efforts je ne pus ressentir cet état particulier qui avait grandi au fond de moi.
Cette Liberté, enfin, y en a-t-il qui l’atteigne comme je l’ai atteinte rarement ! Rarement parce que pour y parvenir certaines conditions sont indispensables, comme le silence, l’abstraction de tout ce qui est matériel et l’abstraction de toutes pensées vers un être humain. La nourriture qui engendre cette élévation de la pensée vers des sphères inaccessibles d’ordinaire provient essentiellement de textes bibliques, ou de sermons fondés sur ces textes, ou encore de penseurs ayant médité sur l’Esprit.

QUANT A L’AMITIE

L’amitié est peut-être un sentiment ou peut-être une dépendance à quelqu’un. Quel est le lien de l’amitié ? Quel est l’Etat de dépendance ?
Le lien de l’amitié est équivalant à ce fil invisible qui rattache quelqu’un à quelqu’un, sans pour cela que l’on puisse parler d’amour, de sympathie ou d’admiration.
L’Etat de dépendance est ce fil invisible qui rattache deux personnes à condition que l’une soit supposée être dépendante de l’autre, tout en étant l’une et l’autre indépendamment libres.
L’obligation de protection de l’une par rapport à l’autre, le dévouement, voilà le lien de dépendance. Mais peut-on parler d’amour amical, de sympathie admirative pour une personne que l’on a connue mais que l’on ne connaît plus telle qu’elle était autrefois ?
Très objectivement, le lien de l’enfance demeure entre deux personnes mais il n’est plus ce qu’il était. Il reste un rappel ancien et indélébile certes mais le vivre ou le revivre tel qu’il fut autrefois est impossible. L’existence impose à chacun des circuits de vie et des conceptions différentes. Elle façonne chaque être humain à partir de la pâte dont il est constitué, mais elle adopte des formes et des contours que les événements vécus par le sujet lui imposent. La vie sculpte la matière, forge le caractère, et la nouvelle personne qui jaillit devant vous un certain jour après des années d’absence, si elle porte le même nom et le même prénom qu’autrefois, elle n’en est pas moins une inconnue.

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