Max et la nuit

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Je marchais sur une plage de galets, les vagues caressaient mes jambes nues jusqu'aux mollets, mes pensées dérivaient à mesure que j'avançais. Max courait à mes côtés, dans le vent salé, sous le ciel azuré. Je me lassais d'aimer, me languissais de me laisser aller au rythme des marées. Je criais après Max sans qu'il ne puisse m'entendre, lui parlais comme s'il pouvait comprendre.
-Qui suis-je au fond ? Suis-je aussi banale que j'en ai l'impression ? Suis-je quelqu'un de bien ?
Max ne dit bien-sûr rien, il me regardait langue pendante, l'attente faisait son quotidien. Assise face à la mer, je regardais l'écume s'évaporer comme les souvenirs d'hiver, comme mon désir de revenir en arrière. Rien ne troublait les rouleaux, qui chatouillaient mes orteils, ni leur chant qui parvenait paisiblement à mes oreilles.

En haut de la crête, les arbres nous entouraient, sapins et feuillus, chemins de traverses et de terre battue. L'herbe verte sous les pieds, perdus sur un adret, c'était ainsi que nous nous étions connus. Max était jeune et beau, il m'avait tout de suite plu. Nous étions restés plusieurs heures sur un petit banc de bois, entre tendresse et paresse, jusqu'à ce qu'il s'endorme dans mes bras. Au soleil couchant, j'avais eu l'intuition que ce jour était important et je me fis la promesse que rien ne serait plus jamais comme avant. Les étoiles avaient commencé à parsemer le ciel d'été quand nous avait recouvert le voile de l'intimité.

Les bûches crépitaient doucement dans la cheminée, le petit sapin pétillant de guirlandes électriques trônait dans l'entrée. Max somnolait sur mon fauteuil, dans la lumière des flammes, près du bureau croulant sous les feuilles. Je caressais doucement sa tête, brûlant d'envie de faire la fête. Il n'en fut rien, Max s'était endormi, un sourire en coin. La table basse débordait de restes, petits-fours et canapés, topinambours et crustacés. Les bougies s'éteignaient peu à peu, laissant derrière elles des coulées de cires. Max, alangui sur mes genoux, rêvait à ses plaisirs et je l'accompagnais dans mes désirs. Il avait été un temps où nous partagions fous rires et sourires mais à cet instant, tout n'était que dérive amère. Et si la flamme de l'amour ne scintillait plus au fond de mes yeux ? Si le brasier des beaux jours devenait silencieux ?

Le vrombissement du moteur et le vent s'engouffrant dans l'habitacle faisaient frissonner mes tympans. Je retenais mes vomissements, refoulais mes peurs au fond de mon estomac. Hop. Légère comme une plume, tombant comme une enclume, je découvrais les airs entre ciel et terre. Portée par le vent, bercée par son chant, j'en oubliais presque que ce magnifique moment prendrait fin dans un instant. J’apercevais Max, tout petit au milieu de la prairie. Il ne devait distinguer que ma silhouette, tourbillonnant comme une girouette, comme un poisson au milieu des mouettes. Je descendais du septième ciel, côtoyais les hirondelles et volais autour d'elles. Mon regard se perdait à l'horizon, entre les montagnes et les vallons, la campagne et les lagons. Je retrouvais le sol, au milieu des tournesols, Max courait vers moi avec un sourire maladroit. Je le serrais dans mes bras en pensant à mi-voix. Un jour je ferai le grand saut, du bas vers le haut.

Max partage mon lit, c'est mon mari endormi, celui qui n'a jamais rien compris à tout ce que je lui ai dit. Aujourd'hui je suis bien loin des vagues et du sable fin, loin de la drague et des sourires badins. Ces désirs que j'ai longtemps fuis reviennent me hanter la nuit pour me rappeler que je n'ai jamais suivi mes envies. Je cherche à m'endormir, regarde le sablier se remplir, et songe à tout ce que je n'ai pas pu réussir. Je suis au crépuscule de ma vie, je sais que je vais bientôt mourir, et une question tord mon esprit. Ai-je pour me tenir compagnie, assez de souvenirs qui me font sourire ?
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