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Mauvais moment !

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Thami Kamil

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Je marchais tranquillement sans direction. J'avais besoin de me dégourdir les jambes. Voilà plus de deux mois que je n'avais pas eu un seul client, aucun projet! Bref, je chômais dur. Et quand on chôme, on prend de mauvaises habitudes.
En l'occurrence, le moral baissait au fur et à mesure que les semaines passaient et le lit ainsi que le sofa étaient durement sollicités. Une spirale du moindre effort s'installait et les kilos s'invitaient sans gêne dans mon abdomen.
J'aimais flâner dans les rues lorsque le soleil tirait sa révérence. J'accueillis volontiers une petite brise rafraîchissante qui rencontra mon visage jaunâtre. Ce teint moisi, je le devais à cette hibernation liée à ma non-activité professionnelle. Quand ça ne va pas fort, les volets de mon appartement sont fermés, matin et soir.
De retour de cette petite mise en jambe, je passai chez l'épicier du coin pour me ravitailler en "junk-food".
Et, dans une ruelle, j'entendis un âne qui gémissait sous les coups incessants de son maître qui tractait une charrette remplie de bouteilles en plastique, de morceaux de cartons et des détritus de tout genre. Ce misérable allait revendre au kilo sa récolte pour des clopinettes.
Voici les acteurs de l'écologie à la marocaine, de pauvres âmes qui inhalaient à longueur de journée et à pleins poumons les différents produits toxiques dans les bennes à ordures. Sans aucune couverture sociale, ils semblaient condamnés à une vieillesse compliquée.
Cette scène de la pauvre bête subissant les violents coups de fouets, me mit hors de moi et sans me rendre compte je levai la voix :
" arrête !!! Tu vas le tuer! C'est Haram de traiter une créature de Dieu de la sorte !
L’homme cagoulé laissait juste apparaître ses yeux et sa bouche pour protéger son visage des odeurs. Une combinaison d'infortune. Il n'apprécia pas du tout ma réprimande corsée et leva son fouet en hurlant :
" Tais-toi ! Occupe-toi de tes affaires". Il frappa de plus belle son outil de travail et disparu dans cette nouvelle nuit.
En l'espace de deux coups de fouets, je passai du dégoût à la peur. Assis sur un banc, je me remis de mes émotions.
Cet "éboueur-recycleur" brailla de toute son âme et son état émotionnel me glaça. J'étais face à un individu déshumanisé par cette société marocaine qui ne laisse plus aucune place aux égarés. Un système autoritaire foudroyant où les valeurs de solidarité encouragées par la tradition islamique semblait de plus en plus menacé.
Le sermonner sur le droit des animaux, alors qu'il était lui-même terrassé par le système. Un manque de pédagogie évident. Le résultat fut contre-productif. C'était comme prêcher l'islam à un drogué en pleine défonce.
Avant de faire la morale, il faut être muni d'une certaine sagesse pour délivrer des conseils pertinents: les bons mots au bon moment. Gardons à l'esprit qu'une vérité mal dite tend à être considérée comme une tromperie.

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