Mausolée

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En compétition

Bonjour, Je me présente...Moi, c'est JD alias JiJinou. J'aime tout...Et, son contraire! Je vais, je viens, je vis et j'écris pour le plaisi  [+]

Image de Été 2020

« Vous n’êtes RIEN ! Transparente ma pauvre fille ! »

Voilà cinq ans qu’Élise était au service de Madame De obéissant à ses moindres caprices. Retoucher une robe vieille de trente ans, dans laquelle elle ne rentrait plus depuis bien longtemps, prendre des rendez-vous multiples chez le chirurgien esthétique des stars, organiser des sorties shoppings nocturnes dans les plus grandes boutiques seniors. L’assistante s’efforçait de satisfaire un agenda épais comme un dictionnaire qui jamais ne s’effeuillait. Mais, ces derniers temps, elle se sentait oppressée par ce top-modèle sur le retour qu’elle avait tant admiré sur papier glacé.
Alors, un jour, lasse d’être malmenée, Élise l’enferma à double tour dans son immense dressing. La jeune femme le fit machinalement sans réellement préméditer son geste. Ce matin-là, elle changeait les draps souillés et voulait juste lui faire un peu peur. Dame De passait des journées entières à s’admirer, entourée de ses collections haute couture, dans cette pièce aveugle, attenante à sa chambre. Plus les signes de vieillesse avancée modifiaient son corps, plus elle était odieuse :

« Transparente. Inutile. Bête. Incapable. Bonne à rien ! »

Ces mots couperets résonnaient encore dans toute la villa lorsqu’elle tourna la clé dans la serrure trois points. À cet instant précis, Élise se souvint du jour où cette diablesse l’avait surprise en train de jouer les mannequins dans l’antichambre de la mode. Tout un après-midi, elle s’était amusée à changer de tenues, d’accessoires lors de défilés imaginaires où un public fortuné la dévorait des yeux. En découvrant que sa soubrette voulait devenir reine des podiums, la furie l’avait jetée sans aucun ménagement hors de son sanctuaire ! Ses brimades étaient continuelles alors, profitant de ses deux seules semaines de vacances, Élise commit le crime de lèse-majesté en l’emmurant vivante dans son dressing chéri !
Guidée par un instinct primaire, elle se terra dans sa chambre sous les toits et attendit, avec une certaine impatience, que les parasites habituels fassent leurs apparitions. Ils savaient que Dame De avait l’habitude de faire sa cure thermale spéciale « fashion week ». Comme elle l’avait prévu, ils ne tardèrent pas à défiler les uns après les autres : son ex-mari qui emprunta sa carte bleue au passage, son nègre préférant une biographie posthume signée de sa main, son coach sportif, accessoire sexuel occasionnel et grand amateur de beaux objets chinés à droite et à gauche dans la maison. Allaient-ils la dénoncer pour couvrir leurs méfaits ?
Aucun d’entre eux ne donna l’alerte. Pourtant, tous entendirent les supplications à travers les cloisons. Pas un seul ne prévint la police ou n’essaya d’aider l’emmurée. Ils sont même repartis de la chambre le pas plus alerte qu’à leur arrivée !

Bien cachée dans son antre, transparente aux yeux des autres, Élise rêvait souvent d’elle. À chaque fois, l’ancien top-modèle jouait à s’étouffer avec un de ces fameux carrés Hermès ou se plantait par inadvertance un de ses vertigineux talons aiguilles dans l’œil, pour se punir d’avoir été si cruelle avec les petites gens.
Malgré tout, un minimum de respect s’imposait ! Madame De restait une icône vénérée et influente ! Le comble du mauvais goût aurait été de retrouver son corps desséché dans une tenue inappropriée. Cette égérie qui avait tant donné au monde de la mode ne pouvait pas mourir dans de telles circonstances sans être parfaitement apprêtée. Alors, celle qu’elle n’écoutait jamais, qu’elle ne voyait même pas, lui a gentiment chuchoté des conseils en ce sens à travers les murs blindés.
S’ensuivirent quinze jours de paix retrouvée, entrecoupés de plaintes à peine audibles et de longs râles. Elle regrettait déjà la fin de ses congés, mais l’odeur devenait insupportable.

Lorsqu’on lui annonça son placement en garde à vue sur dénonciation post-mortem, le sourire carnassier d’Élise en effraya plus d’un.
Dans une lettre confiée à sa nutritionniste personnelle, dealer de compléments alimentaires trafiqués, Madame De la désignait comme une arriviste, une petite « chose » sournoise et perfide qui s’immisçait chaque jour un peu plus dans son intimité. La gente dame se sentait vulnérable et craignait pour sa vie ! Mais, ces accusations grotesques importaient peu. Élise n’avait qu’une obsession, savoir ce que la vieille pouvait bien porter pour son dernier défilé. Avait-elle choisi la sobriété d’un tailleur Yves Saint Laurent ou l’extravagance d’une marinière Jean-Paul Gaultier ?

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jc jr · il y a
J'ai l'impression d'avoir lu un conte pour les grands, dont on ne sait pas si la ffin est un juste retour des choses. J'ai aimé. JC
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Thara · il y a
Une mort atroce, pour une habituée des podiums...
Personne de son entourage ne s'est souciée d'elle, c'est dire ce qu'ils pensaient d'elle !

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Eva Dayer · il y a
Une nouvelle bien caustique , de quoi inquiéter toutes les fashionistas et autres ''influenceuses '' !
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JD Valentine · il y a
Un grand merci Eva… Oui, j'y avais pas pensé mais les influenceuses et leurs tutos ci, tutos ça, tutos par ci, tutos par là. Bonne idée.
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Joëlle Brethes · il y a
Oups... L'horrible mégère a apparemment rendu folle cette pauvre Elise à la fois coupable et victime de son employeuse !
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JD Valentine · il y a
Merci d'être passée Joëlle.
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Extrême, j'ai aimé, mon vote
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Albane Charieau · il y a
Le diable s'habille toujours en Prada, c'est bien connu.
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JD Valentine · il y a
Oui on peut dire cela… Merci d'être passée Albane.
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Fred Panassac · il y a
La vengeance d’Elise est bien menée et prouve à quel point il est dangereux d’humilier les subalternes quand on est une ancienne top model sans valeurs humaines.
La diva n’a guère su se faire apprécier de son cercle d’amis intéressés, qui ne sont pas intervenus. Peinture du grand monde et de son vernis vite écaillé, de sa poudre aux yeux.

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JD Valentine · il y a
La vengeance est un plat qui se mange froid. Vous avez tout à fait raison. Elise à son contact a aussi perdu de son humanité. Merci Fred pour votre passage toujours agréable.
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Mel Klein · il y a
On ne sait si on aime ou on déteste Elise.... mais on lit tout d’une traite!
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Boubacar Mamoudou · il y a
Très classique !
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Vrac · il y a
Cette nouvelle bonne de Genet s'habille de façon très chic...

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