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Matin satin

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Matin satin.

Anne et Elisabeth s'aimaient de plus en plus fort, charnellement, spirituellement. Les deux jeunes femmes avaient d'abord été amies, puis elles s'étaient confiées, livrées l'une à l'autre.Lorsque les deux âmes soeurs se reconnurent, elles basculèrent ensemble dans l'Amour.
Ce matin-là, Anne s'étirait dans le lit et Elisabeth prenait la pose, entièrement nue, devant le miroir.
Leur corps palpitait encore du plaisir qu'elles s'étaient données.
_Il faudra que je capte toutes les zones de mon corps, si je veux réussir cette sculpture de moi, pour te l'offrir ensuite. C'est bien ça , que tu veux? Interrogea Elisabeth.
Son regard de biche , brillant, obliquait vers la gauche. Une pluie de boucles brunes ajoutait de la douceur à son visage. Sa peau satinée, d'ivoire , luisait dans le miroir.La fragilité et la finesse de son port de tête, s'opposait à son épaule. Elle l' exhibait comme un étendart. Sur l'épaule, un tatouage noir dessinait un bouclier romain. Un bouclier pour faire l'amour, pas la guerre. Au dessus du poignet fleurissait un autre tatouage, représentant un bracelet, fait de formes animales et florales.
Le regard d'Elisabeth revint vers son amante, l'air inquiet, préssée de recevoir une réponse:
_Oui, c'est tout à fait ça!Je rêve d'une statue te représentant. Si ça peut t'aider, je prends une photo......suggera Anne.
Elisabeth hocha la tête et ses boucles perlèrent sur son minois, son nez en trompette les refoula. Le sourire rosé de ses lèvres pulpeuses illumina son visage. Anne attrapa son I phone sur le rebord de la table de nuit, et flacha une fois sa dulcinée. Ca y est, le portrait était dans la boîte.
_ Très beau! S'exclama Anne en regardant la photo.

Elle compara le modèle à l'image, et revint avec plaisir sur l'original, Elisabeth en tenue d'Eve.
Elisabeth gardait encore la pose. Pour une fois , elle n'était pas dans la peau du sculpteur. Elle regardait l'arrondi de son épaule, qui faisait saillir son muscle.
_Ton épaule est douce et forte à la fois, c'est sublime! Anne était conquise.
Cette dernière baissa son regard sur la cuisse d'Elisabeth, elle connaissait le tatouage qui s'y logeait: un vase antique. Ce tatouage donnait l'illusion d'un bas gravé dans sa peau. C'était très sensuel. Le vase lui rappelait aussi qu'Elisabeth était une femme fontaine. Son plaisir était visible et abondant, ce qui flattait sa compagne. Ainsi, il représentait le réceptacle de ses effluves jouissives. Anne en sourit, tant elle sentait qu'elle prenait du plaisir à cette vue. Et les jambes d'Elisabeth, fines et veloutées, remontaient jusqu'à son intimité, toujours languissante.
Anne eut violemment envie d'attirer Elisabeth dans le lit. Mais, elle se retint.C'était égoïste de garder sa compagne ce matin: elle avait tant de choses à faire. Anne remonta son regard sur le ventre plat de cette sculpture vivante. Son nombril était fascinant. Le monde s'arrêta de tourner pour Anne, elle était obsédée par ce creux , au centre d'un lac immobile: son ventre. Elisabeth avait enfanté trois fois. Son corps n'en avait subi aucune modification et ses hanches, taillées à la hache, n'en délivraient aucune surcharge charnelle.C'était fabuleux!
D 'un autre côté, Anne connaissait le peu d'appétit de sa compagne, et son désinterêt pour la nourriture. Parfois Elisabeth perdait sa belle énergie, en raison d'une sous-alimentation. Anne lui mitonnait alors des petits plats sucrés salés auxquels elle ne résistait pas, et la belle jeune femme retrouvait toute sa lumière.Ce point restait discordant entre elles, Anne était épicurienne dans l'art de bien manger. L'autre minaudait devant une assiette, et avait du mal à s'y pencher. Cette dissonance, lui en rappela une autre. Ses enfants.
Tu vas sculpter à l'atelier, cet après-midi? Demande Anne.
Non, je ne peux pas. Je récupère les enfants, c'est ma semaine.
Tu es magnifique! souffla Anne , allongée.
Elisabeth tenait encore la pose, suspendant le temps dans une bulle de rêve.Rien ne pouvait arriver à cet instant, ce moment fantastique leur appartenait, à elles deux.

Anne songea à nouveau aux enfants.Pendant cette semaine, la venue des petits ferait d'elle une personna non grata.Aux yeux de sa progéniture, Anne tenait lieu et place de la sorcière qui avait enlevée leur Maman au Papa. C'etait simpliste, mais pour les enfants il fallait un bouc emissaire.
Cette situation emplissait Anne de mal-être, d'angoisse. Elisabeth lui avait avoué que ses enfants passeraient avant elle, tant qu'ils étaient petits. Anne avait bien essayé de les apprivoiser, de se faire aimer d'eux, mais sans succès.Elle n'avait pas d'enfant, elle aurait bien aimé adopter ceux-ci. Ces enfants avaient déjà un père et une mère.Cette deuxième différence, avec Elisabeth, devenait une souffrance insurmontable.Anne comprit sur- le- champ qu'elle allait quitter cet amour, se détacher de ces yeux de braise, de ce corps au parfum vanillé.Anne allait perdre ce coeur palpitant, au bord des lèvres, au creux des reins. Elle affronterait le pire: l'absence d'Elisabeth.
Anne se tut. Elle goûta les derniers instants de bonheur:
_ Je vais me doucher, m'habiller, puis je file à l'école,lança Elisabeth joyeusement.
_Bonne journée à toi, moi je vais lire un peu, et faire des tirages photos de ta pose de ce matin.
Anne, photographe de métier, faisait aussi de l'Art avec ses clichés.Elle ne vivait pas de cette passion, mais cela la faisait progresser dans sa branche. Elle essaierait de faire avec cette photo le moment de sa vie le plus lumineux.L'art pourrait il supplanter l'absence et l'attente ?s'inquiéta -t'elle.

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Fabienne Pigionanti · il y a
Merci pour ce beau commentaire, j'osais espérer que l'art puisse supplanter l'absence, mais votre affirmation me donne l'espoir de convictions.C'est une joie, pour ce début d'année, meilleurs voeux! Oui, je reviendrai vous lire!
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HarukoSan · il y a
Bonsoir, je vous découvre et je trouve votre texte sensuel et délicat comme je les aime...pour la question en dernière ligne je dirai que l'Art se glisse entre les deux et peut faire supporter l'absence et rendre plus douce l'attente...mais ce n'est là qu'un avis personnel-:) ma page vous est ouverte avec plaisir.
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Fabienne Pigionanti · il y a
Merci infiniment.Je vous souhaite également une belle journée d'hiver. Bien cordialement.
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Evadailleurs · il y a
Une écriture agréable à lire pour ce moment de sensualité .
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Fabienne Pigionanti · il y a
Oui l'art divertit, mais le manque justifie une pluie de nuits où plus rien ne luit.Le moyen d'expression de l'espoir, dans ce noir, c'est entrer en résilience...essayons au moins d'y croire.Belle matinée à vous.
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Fanyan · il y a
l art divertit peut être l attente ,mais ne supplante pas l absence..il devient alors moyen d expression
d une souffrance ou celui d un espoir.
L ecriture est juste ,le décor et les personnages sont décrits avec finesse et sensualité..

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Fabienne Pigionanti · il y a
Je vous rejoins sur la question finale, la sculpture ne remplace pas la nature, Elisabeth. l'amour passion de l'une s'oppose à celui charnel de l'autre.Merci pour les conseils.
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Françoise Grand'Homme · il y a
À la question finale je dirai que non.
Un texte bien écrit. L'amour de l'une est trop intense. Un peu de déséquilibre dans la relation de ces deux femmes peut-être.
Vous pouvez remplacer les tirets bas par un trait de dialogue : Alt 0151

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