Matin de mai

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Ado de 18 ans aimant en vrac : les livres, écrire, le jazz, les mangas, les chiens, le saxophone, l'aïkido, partager et discuter des idées ! Et surtout qui n'a hélas pas beaucoup le temps  [+]

Image de Eté 2016
Se réveiller. Sentir, par la fenêtre ouverte, l’air frais du jour qui pointe, caresser les rayons naissant d’un astre qui se lève, depuis ses orteils engourdis enfouis sous la couverture, au fond du lit. Ouvrir les yeux. Contempler longuement le plafond blanc. Tourner la tête. La regarder. Lui sourire. S’émerveiller. Dévisager chaque fossette de son sourire, chaque cil de son regard, chaque coin de sa peau. Pivoter le bassin. Lui faire face. Soupirer.
Enfin, s’assoir. La regarder faire de même, avec une grâce de félin, engourdi encore par un sommeil paisible de rêves abstraits. Retrouver ses pensées, ses envies, ses devoirs. Être prêt à les affronter. Se lever. Enfiler ses chaussons doux, reposants les pieds dans un cocon de fils de laine éméchés. Se diriger vers la porte. Enfiler une robe de chambre, passer un poncho sur ses épaules à elle, fines et musclées. Ouvrir la porte. Marcher jusque dans la cuisine. Laisser se faufiler, par la porte du balcon, la caresse froide du vent d’été du matin, pure et apaisante.
Ouvrir un placard. Sortir deux bols, souvenirs ramenés d’instants de bonheurs purs, d’une île continentale, à l’Ouest de la France. Préparer, dans la cafetière italienne de voyage, trois cuillères de poudre noire qui embaume en quelques instants la pièce. Un arôme fort et puissant, qui rappelle presque instinctivement des images, des ficelles de pensées qui deviennent des fils, puis des cordes, des câbles de souvenirs qui s’accrochent au passé.

Se déshabiller. Entrer dans la douche. Faire ruisseler l’eau sur la peau, l’arroser de chaleur mouillée. La frotter vigoureusement, pour faire partir, provisoirement du moins, les dernières bribes de fatigue. Sortir. S’essuyer, avec une douce serviette, qui revigore un instant. Enfiler le pantalon, la chemise choisie, par elle, en Angleterre.
Chercher une cravate. La croiser dans le couloir. L’embrasser tendrement, mais repartir, tiré par les obligations. Trouver la cravate. La nouer devant un miroir. Ajuster le col. Enfiler une veste. Mettre ses chaussures. Passer un coup de brosse, pour les lustrer. Chercher ses clés. Sortir enfin. Refermer la porte, après un dernier « Bonne journée. »

Ouvrir la porte de l’immeuble. Éviter les crottes, abondantes sur le trottoir sale des rues de la ville, où ne règnent que pollutions, noirceurs et fumées. Tourner au coin de la rue. Éviter les deux jeunes étudiants, qui rentrent d’une soirée bien trop arrosée. Donner une pièce à un clochard. Traverser. Entendre des cris de femme, sûrement à propos d’un bébé qui s’éloigne.

Voler. Voir le ciel défiler au-dessus de sa tête, les nuages tourbillonner. Sentir le bitume contre son coude, son épaule, sa nuque, ses hanches... Sentir la douleur. Brève, rapide, fulgurante. Puis plus rien. Juste, une douce sensation de paix. Deviner, dans les brumes qui peuplent le ciel, une forme, invisible aux yeux des autres, mais si belle pourtant... Sourire. Voir, à travers un visage penché sur sa tête, son visage, à elle. Les courbes de sa mâchoire, les fossettes au coin de sa bouche. Entendre le chant des oiseaux, les bruits des voitures, les claquements des pas. Sentir l’odeur du pain chaud, sorti tout droit du four, l’imaginer craquant, moelleux à l’intérieur. Toucher presque une douce couverture, au fond de laquelle on se blottit, après une journée épuisante. Dans laquelle, après s’être étendu, on frissonne et puis, tout doucement, on ferme les yeux.

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