2
min

Mariage princier

Image de Feursy

Feursy

4 lectures

0

Le soir, après le diner, tandis que nous jouions avec mon frère ainé dans notre chambre, papa s’installait sur le canapé pour lire ses deux quotidiens, tout en fumant sa pipe d’amsterdamer. Pour moi, les souvenirs d’enfance sont souvent liés à des odeurs et le parfum de miel dégagé par la pipe de papa me rappelle instantanément ces soirées où nous étions tout simplement bien en famille tous les quatre.
Après avoir rangé la vaisselle, maman venait le rejoindre et elle se plongeait dans son Point de vue, images du monde de la semaine. Le seul magazine qui permettait de suivre l’actualité des familles royales et du gotha. Maman était passionnée par la vie des princes, princesses, rois, reines et autres têtes couronnées.
Après la couture, c’était sa seconde spécialité, comme le disait souvent, papa, pour la taquiner,
- Dommage que ce ne soit pas enseigné à l’université, ma chérie, car tu aurais été, une professeure émérite.
Papa plaisantait, mais chaque année, pour la fête des Mères, il n’oubliait pas d’offrir à maman son abonnement à Point de vue, avec un bouquet de roses rouges, « pour ma princesse », disait-il.
Elle était capable de vous réciter l’arbre généalogique de n’importe quel souverain. Dès qu’une grossesse était confirmée, elle suivait semaine après semaine les nouvelles de la future maman. Mais le summum, le Graal, c’était lorsque les fiançailles d’un prince ou d’une princesse étaient annoncées.
Maman savourait d’avance le numéro spécial que Point de vue ne manquerait pas de sortir pour l’occasion. Et ensuite, il y aurait le mariage alors là... C’était l’effervescence des préparatifs, les supputations sur la forme de la robe et la longueur de la traine, la coiffure, le voile et les toilettes des invitées.

Le jour J, la machine Singer et la radiocassette restaient silencieuses. Dès son réveil maman allumait la télévision, bien avant le début de la retransmission de la cérémonie, comme si le mariage risquait de commencer avant l’heure prévue. Au fur et à mesure de l’arrivée des invités de rang royal, maman nous les présentait comme l’huissier de la galerie des Glaces, un soir de bal, au château de Versailles. « Voilà Baudoin le roi des Belges et sa femme Fabiola de Mora y Aragón. » Elle ajoutait un petit commentaire, ou une anecdote en attendant la voiture suivante, « ils n’ont jamais pu avoir d’enfant, la reine Fabiola a fait plusieurs fausses couches, quelle tristesse ! »
Elle aurait pu remplacer au pied levé les deux journalistes de la première chaine chargés de nous faire vivre en direct l’évènement. Maman était une très bonne cuisinière, mais ce jour-là pour le déjeuner c’était plateau-repas pour tout le monde.
Avec Gilles, même si le mariage ne nous intéressait pas spécialement, nous restions devant la télévision pour partager l’enthousiasme et la joie de maman. Après le diner, elle était à nouveau devant l’écran pour regarder le journal télévisé et revivre les meilleurs moments. Je suis persuadé que la nuit, pendant son sommeil, elle devait se repasser les images en boucle, et peut-être même s’imaginer faire partie de la noce.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,