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Mariage pour tous

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LaylaD

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BorderLine Schizophrène et Schizophrène Pervers sont sur une barque.
L’une tient la voile tandis que l’autre gouverne, le cap est commun, pas les manières.

Lorsque le souffle déserte, BorderLine rame et Pervers, discrètement, freine, creuse un trou dans la coque, jette l’ancre au hasard, pèse de tout son poids pour immobiliser l’équipage.

Alors Jonas se penche, rejoint par la baleine qui, faisant lever les flots l’avale et le recrache.
Le radeau, allégé, repart dans son sillage.

Aux abords de l’île aux Sirènes, Ariane pose ses mains, douces,
sur les oreilles d’Ulysse et, sans témoins, converse avec Éros qu’elle pose sur sa langue. Sarment d’eau douce qui ruisselle et l’enflamme, la flamme le gagne aussi, le rendant sourd à toute plainte, aveugle, comme délivré de ses chaînes, offert à ce qui est, libre et révélé.

Puis le souffle revient qui les berce de lames, profondes, venues des hauts fonds, les poussant vers le large où rien ne les atteint, que le sel des embruns qu’ils transforment en extases, sucrées, sur leurs peaux frissonnantes.

Au passage des estuaires, la barque devient bac.
Pour le chien, Cerbère, qui les guette, du bord de son regard
elle recrée la nuit et l’endort en rêvant le reflet d’Eurydice et
le doux chant d’Orphée.

Nul ne se retourne, l’océan est immense, à quoi bon le mesurer ?

La barque jamais n’aborde la terre où tout est mortel.
L’éternité est son rythme, la tempête le sait.
Lorsqu’elle se dresse, tonitruante, BorderLine, replie la voile, devient le bois de carène et tire Pervers par la manche, jusqu’à ce qu’il s’allonge et tapisse avec elle le fond qui commence à craquer.
Ensemble il font corps en carénage, bouchent les failles, liment les échardes, polissent les travers, refont l’étanchéité.

Le calme revenu, Pervers plonge et s’éloigne, s’abandonnant aux courants qui semblables au filet le ramènent,
aimanté par sa main légère, qui le pêche et le remet au sec,
étendu au soleil.
Quand il est bien grillé, brûlant comme une pierre,
elle devient ce voile qui l’enveloppe de fraîches ténèbres
et l’éclabousse de la lumière, douce et pénétrante, d’une lune pleine.

BorderLine Schizophrène et Schizophrène Pervers
sont sur une barque, seuls, et voguent, et pêchent,
accomplissant leurs êtres dans l’ombre et la clarté,
sans entraves, livrés aux caprices de l’aigle à deux têtes,
unique figure de proue de l’esquif qui, d’île en estuaire,
a pour boussole Le phare, et pour cap la liberté d’être entier.
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